27 octobre 2008
Bienvenue !
Samedi matin très tôt, surprise.
Surprise attendue depuis quasiment 9 mois, mais un peu en avance sur la date prévue.
Un petit bout de chou a décidé de sortir de son cocon dans le ventre de sa maman pour venir montrer son joli minois sur notre belle planète.
Accouchement sans gros souci particulier.
Le bébé et la maman vont bien.
Aujourd'hui je suis allée le voir. Magnifique crevette !
Félicitations aux parents et à lui d'être aussi courageux pour naître durant cette période difficile de crise...
Bienvenue à toi, cher E., je te souhaite tout le bonheur que tu mérites, et une vie bien remplie.
23 octobre 2008
Erreur de jeunesse
Avant d'être externe, on est "étudiant hospitalier". En langage médical, on est P2 (2e année).
On est dans un état d'euphorie totale, parce qu'on a réussi le concours P1, on fait partie des "meilleurs des meilleurs". Le concours a écrémé les moins bosseurs, les plus nuls, ceux qui n'arrivent pas à apprendre vite et bien... on se la joue, quoi. Il n'y a pas vraiment beaucoup de mérite, car c'est un concours, donc par définition injuste. Certes, il faut apprendre, gober, avaler et digérer des tonnes d'informations, tout en les organisant dans notre mémoire, en les comprenant et en sachant les utiliser à bon escient. Mais il faut savoir rester concentré pendant les épreuves, être bien, et surtout avoir de la chance.
Après ce passage obligé, on fait partie de l'élite. On est les plus forts, on est les plus intelligents, on va tout écraser sur notre passage ! C'est vrai, quoi, on est les futurs médecins du pays ! C'est pas n'importe quoi.
On arrive alors plein de bonnes (ou mauvaises ?) intentions dans le milieu hospitalier.
P2. Premier contact avec ce milieu particulier : le stage infirmier, qui dure un mois. Chacun d'entre nous est catapulté dans un service de l'hôpital, n'importe lequel, que ce soit de la médecine, de la chirurgie, de la consultation... On peut débarquer n'importe où.
Ce stage est mis en place pour sensibiliser les futurs médecins au travail paramédical. L'étudiant est sous la responsabilité des infirmières, et aide le personnel à chacun des gestes, tout en les apprenant.
Pour ma part, j'ai effectué ce stage dans un service de chirurgie orthopédique. L'équipe était géniale, tout le monde s'est super bien occupé de moi, et c'est là que j'ai commencé à comprendre qu'en s'investissant un minimum, on s'ouvre un maximum de portes.
J'ai accompagné les aides-soignants désinfecter les chambres, laver les personnes âgées ; j'ai appris avec les infirmières à faire des piqûres, à poser une perfusion... J'ai même eu l'opportunité d'aller au bloc assister à la pose d'une prothèse de hanche.
Super expérience. (Je m'étais même persuadée que j'allais devenir chirurgien...)
P2 toujours. Durant l'année, une fois par semaine, on joue au docteur à l'hôpital. On déboule par groupe de minimum 6 étudiants, jeunes, innocents, naïfs. Trop, peut-être. Notre mission : tenir les murs, et thromboser (boucher) les couloirs.
Les médecins, tout comme les patients, doivent redouter ce passage obligé pour tout futur médecin. Il en faut du courage pour nos chefs de clinique pour s'occuper de nous, dès le début !
Apprentissage de la sémiologie (en gros, des symptômes).
Apprentissage de la base de toute observation : l'interrogatoire et l'examen clinique.
Apprentissage pratique : rencontre réelle avec des vrais patients.
Mettons-nous à la place du patient. Déjà, c'est pas hyper réjouissant d'être à l'hôpital. En principe, on n'est pas bien quand on y va. Si on y reste, c'est que le problème est grave, ou alors qu'il va se régler avec des soins hospitaliers.
L'équipe a beau être compétente et sympathique, si le patient voit s'engluer dans sa minuscule chambre 6 étudiants prépubères, en pseudo-blouse blanche, avec les mains dans les poches... il soupire inexorablement.
"Venez écouter les crépitants de Mr. X !"
Et bim ! le pauvre papi voit se déployer devant lui plusieurs stéthoscopes flambants neufs, de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et pour la plupart, mis à l'envers (dans les oreilles évidemment). Rectification du chef de clinique, et hop!, on est paré pour tout écouter et tout entendre.
Défilement de stéthos froids et maladroits dans son dos... Le papi, qui était déjà bien fatigué par son hospitalisation et sa décompensation cardiaque, commence à voir sa vie défiler devant ses yeux.
Vient mon tour. Souvenir tellement angoissant, tellement humiliant, mais finalement tellement réel et risible quelques années plus tard. (Je reste persuadée à ce jour que je ne suis pas la seule à qui ce mauvais tour est arrivé.)
Je pose mon stétho rouge tout beau tout neuf sur mon premier vrai patient. J'avais déjà écouté les poumons de mes co-externes pour commencer. Mais là, je suis docteur, j'ai un patient à soigner. Je vais entendre quelque chose de pathologique dans mes oreilles, ce ne sera pas une auscultation normale. Pression...
...
Rien. Bon, c'est bizarre, normalement il y a toujours un petit bruit de respiration... (plus professionnellement appelé "murmure vésiculaire", mais je le retiendrais plus tard.)
Je ne panique pas... je repose mon stétho ailleurs. J'ai dû le poser trop bas...
Ou alors le papi n'a plus de poumon, et c'est là le piège ??!!
Non, je persiste. A gauche. En haut. A droite.
Rien.
Merde ! Je tente un regard vers ma chef de clinique, qui me sourit et m'encourage à continuer.
Mais qu'est-ce qu'ils ont entendu les autres ????? J'entends même pas ce qui devrait être normal !
Je vois ma chef qui fronce les sourcils en ma direction. Elle doit sentir qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Bah non, ça va pas, votre papi, là, il a pas de poumon !
Je regarde l'extrémité de mon stétho (le truc au premier plan sur la photo). Il n'est pas percé, il a l'air de fonctionner...
Je tapote dessus pour voir si j'entends le bruit de mon doigt dessus.
Rien.
C'est bizarre qu'il ne marche plus, je viens juste de l'acheter...
"Il faut juste que tu tournes l'extrémité de ton stétho."
...
Eh oui, car il faut savoir qu'on peut écouter avec les 2 faces de l'extrémité du stétho. Une grande membrane pour les poumons, les coeurs... et la plus petite pour les artères par exemple.
J'avais juste tourné par mégarde l'extrémité de mon stétho, et forcément, je ne pouvais rien entendre avec la grande membrane.
Moment de solitude. Je sens mes collègues sourire et les moqueries qui vont suivre, mais surtout le papi qui soupire, exaspéré.
Je me demande ce qu'il a pu penser de moi. Sûrement que j'étais l'étudiante en médecine la plus débile qu'il ait jamais vue.
N'empêche. Je suis sûre que certains de mes collègues ont, comme moi, appris ce jour-là qu'on pouvait tourner un stétho.
C'est en faisant des erreurs qu'on avance...
22 octobre 2008
Courrier surprise
Petits extraits de la lettre adressée par le coordonnateur du DES de médecine générale à tous les nouveaux internes :
"Les récents Etats Généraux de l’Organisation des Soins (EGOS) confirment le rôle central du médecin généraliste dans le système de soins. Ses missions sont confirmées et détaillées. Il importe donc que les jeunes professionnels que vous allez devenir bénéficient d’une formation adaptée à ces missions et soient capables de délivrer des soins de qualité à la population."
"Vous intégrez le DES à un moment
où la médecine générale est confortée dans un rôle central dans le système de
soins et où la filière universitaire se
construit. A l’avenir elle ne peut que se développer.
Est-ce que c'est un courrier pour encourager les plus démotivés ? Ou pour renforcer des vocations ? En tout cas, ça me plaît... Je rentre dans une formation qui se trouve être en plein essor, et qui va nous offrir au fur et à mesure de notre cursus une multitude de possibilités pour l'avenir.
Des choix, tant dans la vie personnelle que professionnelle. Du développement. De
la
recherche. Du bonheur, quoi !
20 octobre 2008
Docteur ou malade ?
Période hivernale = viroses à gogo !
J'étais contente, parce que je passais au travers des gouttes de virus depuis pas mal de temps, étant donné l'entière majorité de mes proches malades...
Eh bien ça y est, c'est mon tour !
Virose ORL avec fébricule, odynophagie, rhinorrhée bilatérale claire alternant avec obstruction nasale à bascule...
Que de mots compliqués pour expliquer que j'me mouche toutes les 5 minutes, et que parfois j'ai une narine bouchée, puis l'autre ; et que j'ai mal à la gorge quand je déglutis !
Diagnostic ? Je suppose rhinopharyngite virale non compliquée... mais super chiante !!
Et est-ce que je me soigne ? Voyons, comme dirait le vieux proverbe et accessoirement Tam, ce sont les cordonniers les plus mal chaussés !
Traitement = symptomatique, c'est-à-dire gouttes pour le nez, anti-inflammatoires...
Pronostic = bon, a priori !
Evolution = le plus vite possible, j'aime pô être "balade" sniffff...
18 octobre 2008
Soirée de départ
Hier soir, j'avais une soirée organisée par plusieurs copines de promo qui partent faire leur internat hors de Paris. La plupart des gens de ma promo étaient là, et c'était sympa de se retrouver pour fêter leur départ.
La question qui résonnait tout le temps durant la soirée : "alors qu'est-ce que tu fais ? tu vas où ?"
Il y a pas mal de personnes qui partent en province, soit par choix personnel, soit par "contrainte" à cause de leur classement ; mais dans l'ensemble on est une petite moitié à rester sur la capitale.
Tout le monde avait l'air content de son choix, ce qui me conforte dans l'idée qu'arrivé à un certain niveau de notre cursus, on sera heureux quoi qu'il se passe !
Que ce soit spécialité, chirurgie, médecine du travail, gynéco, pédiatrie, médecine générale...
Les plus déçus ont "digéré" leur classement et accepté leur avenir qui s'éloigne un peu du but de départ.
Une de mes copines part dans le sud faire médecine du travail, et elle avait l'air super contente. Elle m'a expliqué la maquette (c'est-à-dire les stages obligatoires à faire durant son internat) et surtout la multitude d'options qui s'ouvrent à elle pour l'avenir, à savoir travailler dans des boîtes internationales pour voyager dans le monde, ou alors dans un gros labo pharmaceutique pour gagner plein de fric ;), ou tout simplement dans une boîte française, avec ses différentes missions.
Elle a hésité avec médecine générale, mais finalement le nombre de portes ouvertes étant plus important dans la médecine du travail, elle a changé d'avis.
En tout cas, moi je ne regrette pas mon choix, et face à certains qui restaient sceptiques quant à ce choix libre, je partais dans mon envolée lyrique en expliquant pourquoi cette spécialité était pour moi la plus intéressante et la plus épanouissante. Certes, chacun son avis, mais j'essaie de leur apporter les quelques informations que j'ai pu avoir sur cette filière.
Et il paraît que mes yeux pétillent quand j'en parle...
17 octobre 2008
Choix de stage
Hier commençaient les choix de stage pour les premiers semestres en médecine générale à Paris.
Lieu : la DRASS d'Île de France, paumée dans le nord du 19e.
Plus exactement, dans une salle au sous-sol.
Organisation : assez bordélique !
Comme toutes nos démarches depuis le début, d'ailleurs.
Il s'agit d'une salle remplie de tables et de chaises, avec toutes les actualités affichées au mur : la liste d'appel, en vérifiant que notre nom est bien inscrit ; et ensuite tous les postes restants dans les différents stages.
Autant avoir une très bonne vue ! Les postes déjà pris sont surlignés, et les restants sont encore vierges.
Une fois le principe compris, on attend patiemment que notre nom soit appelé, pour passer dans la salle d'à côté annoncer notre choix définitif.
Il reste essentiellement des postes dans des services d'urgence pour les premiers semestres, les autres stages validant la maquette du DES sont pour la plupart déjà pourvus par les internes plus gradés que nous.
Et tant qu'à être originale, j'ai pris moi aussi un stage d'urgence ! Plus précisément urgences-SMUR, qui a fait pencher nettement la balance.
Je suis super contente, c'est le stage que je visais, et je l'ai eu ! J'avais pris toutes mes informations sur les divers stages qui m'intéressaient en appelant les internes directement. Ils étaient tous ravis de leur expérience, et relevaient seulement quelques détails négatifs.
Dans l'ensemble, tous les stages se valent, surtout au niveau de la formation, de l'encadrement par les seniors du service, du recrutement et des pathologies variées... Après, c'est un choix plus personnel, qui prend en compte la distance par rapport au domicile, les préférences, les rumeurs qui courent sur tel ou tel hôpital...
Gros électrochoc en perspective ! Je me lance aveuglément dans le bain, et pour une reprise, elle va être musclée !
Vivement début novembre, que je me remette enfin à fond dans la médecine, parce que mine de rien, ça me manque... ça fait 2 mois que je suis rentrée du Sénégal, j'en ai vraiment bien profité, et maintenant j'ai qu'une hâte : bosser !!!
A suivre, mes aventures mouvementées aux urgences-SMUR en banlieue parisienne...
15 octobre 2008
Stresssss...
Demain choix des stages.....
Je peux même pas réfléchir à tête reposée ce soir, parce qu'il y a encore la fin des 2e année qui choisissent demain matin !! Résultat, il faut que j'y aille dès le matin pour voir les postes qui resteront pour mon choix de l'après-midi...
Croisons les doigts pour que j'ai un super bon stage de la mort qui tue ! Y'a pas de raison, tous les internes que j'ai réussi à joindre au téléphone sont tous hyper ravis de leur stage.
Je crois qu'arrivé à l'internat, où qu'on soit en France, et quelle que soit la spécialité choisie, on sera heureux de toute façon. On avance dans notre cursus, dans nos vies, et on fait le métier qu'on aime, qu'importe sa forme.
Moment fatidique tout de même, j'ai envie d'en profiter un max, et c'est toujours plus facile et plus simple dans un stage qu'on a choisi par envie et non par défaut. Un stage qui suit un choix logique et personnel, qui correspond à nos critères à nous, bien définis par ailleurs.
RDV demain pour le fameux moment de vérité... mon premier stage d'interne... (petite larme d'émotion ;) )
14 octobre 2008
Syndiquera, syndiquera pas ?
Hier encore se déroulait une soirée d'accueil des futurs internes de médecine générale (IMG) par un autre syndicat.
Contrairement à la précédente, j'ai appris quelques infos non négligeables sur mon cursus et sur mon avenir...
Déjà, les 2 représentants du syndicat sont des IMG, chose normale, mais très appréciable parce qu'on peut leur poser toutes les questions qui nous passent par la tête, ils pourront répondre. Ils sont dans le bain, ils ont vécu leur internat ou sont en train de le terminer, ils savent de quoi ils parlent.
L'un d'eux entame son clinicat de MG à la rentrée, il a pu donc éclairer ma(nos) lanterne(s) sur le sujet.
Déjà que c'est extrêmement difficile d'accéder à un poste de chef de clinique, pour la bonne et simple raison qu'il y en a très peu vu que la filière est en plein développement : une dizaine seulement sur toute la France pour l'année 2008. C'est peu, très peu, trop peu, même insuffisant !
Ensuite, une petite remise à jour sur la question du secteur 1 et secteur 2. Pour résumer, l'ensemble des généralistes sont en secteur 1, c'est-à-dire conventionnés, et n'ont pas accès au secteur 2. Depuis l'ECN et la création de postes de chef de clinique en MG, quelques rares privilégiés pourront s'installer en secteur 2 (en gros, plus d'années d'étude pour gagner plus). Propos à nuancer considérablement, car cette division en secteurs 1 et 2 est très certainement vouée à disparaître dans l'avenir, avec toutes les questions de réforme de la Sécurité Sociale, et les tarifs hors conventionnement des médecins.
Détail intéressant, qui signifie que d'une part c'est difficile d'accéder au clinicat, et en plus, il ne nous promet pas forcément un avenir plus facile. C'est plus une passion pour l'enseignement et la recherche en MG qui pousse les rares motivés à pousser jusqu'au clinicat.
Quelques infos sur les stages chez le praticien (et j'ai vraiment hâte d'y être ^^), le fait que le premier stage peut être accessible dès le 2e semestre a fait "TILT" dans ma tête ! Mais les places sont chères, surtout qu'il y a un gros manque de maître de stage pour nous accueillir.
Et enfin, une info qui intéresse la majorité des nanas : le fait d'être enceinte pendant son internat ! Eh bien j'en ai appris de bien bonnes... Déjà, quand on fait la déclaration de grossesse à la DRASS, c'est fini pour nous. Il faut savoir que les internes enceintes, en gros, ils n'en veulent pas pour leurs stages. Alors ils font quelque chose qui a priori n'est pas légal : ils mettent l'interne enceinte "en surnombre" dans un stage. Ce qui veut dire qu'elle ne sera pas validée de son semestre, même si elle a travaillé le minimum de 4 mois requis pour la validation. Comment dire....
INJUSTICE TOTALE !!!!!!!
Alors le conseil de nos chers amis du syndicat : si vous faites un bébé, d'abord calculez bien la date... (hum ok, j'me vois bien avec mon calendrier et repérer LA date fatidique !) et ensuite... prévenez-nous !!! Histoire qu'on puisse voir si on peut vous aider et faire quelque chose...
Je ne sais pas encore dans quoi je m'engage, mais ça a l'air un peu brouillon. La filière de MG est certes en plein essor, mais la France reste l'un des pays d'Europe les plus en retard en la matière.
Avec la création des CHU (Centres Hospitalo-Universitaires) en 1958, le pays a privilégié les filières de spécialités, et on ne peut pas nier qu'on est quand même à la pointe de la connaissance à ce niveau-là. La plupart des services réalisent des études et publient leurs recherches dans des revues scientifiques très prisées.
Mais la recherche en médecine générale a débuté depuis seulement quelques années, et les premières publications vraiment intéressantes en la matière datent de 3 ou 4 ans.
Si on veut comparer, c'est surtout chez les Anglais qu'il faut frapper, ou alors les Hollandais, qui semblent à la pointe de la recherche en médecine ambulatoire.
En gros, je suis dans une filière en développement, qui tatônne encore un peu, mais qui commence à avancer sérieusement. Au moins, j'aurais du travail, j'aurais le choix de faire ce que je veux, où je veux !
Mais avant ça... y'a du boulot !!
11 octobre 2008
Patients, médecins, qu’est ce que les nouvelles technologies ont changé pour vous ?
A ce titre du 3e carnaval des blogs médicaux, 2 réponses me viennent. D'abord, du côté patient, parce que moi aussi je vais consulter des docteurs quand je suis malade... (et quand j'étais plus jeune, et que je n'osais pas me faire des ordonnances toute seule !) Et puis aussi du côté soignant, même si je suis un "jeune" médecin, j'ai acquis certaines connaissances, habitudes qui m'ont fait avancer et devenir ce que je suis.
J'ai le souvenir d'un vieux généraliste que j'avais consulté il y a déjà pas mal d'années pour une belle rhinopharyngite compliquée d'otite, parce que mon médecin traitant était en congés cette semaine-là.
Il m'examine assez rapidement, me regarde à peine les oreilles... Je ne dis rien, mais je commence à devenir sceptique.
Il prend son ordonnancier en me disant que "oui, oui, effectivement, il y a une belle otite à gauche", et m'explique qu'il faut traiter par antibiothérapie. Bon, ok, je dois être en plein module d'infectieux, j'acquiesce en silence.
Il jette un coup d'oeil à son logiciel, peut-être pour confirmer qu'il me donne le bon médicament...
Je suis sortie de là avec un vieil antibiotique (une céphalosporine de 1ère génération), qu'a priori plus grand-monde ne prescrit.
N'allant pas mieux la semaine suivante, je suis allée voir mon médecin traitant, qui a bien ri de la prescription, en me disant que "son logiciel ne devait pas être à jour depuis bien longtemps"...
On comprend sans doute mieux l'intérêt de la formation médicale continue, histoire que nos médecins soient à jour des traitements ! Malheureusement, cette formation ne doit pas comprendre beaucoup de cours sur l'informatique... Dommage...
On a besoin des nouvelles technologies, mais mieux vaut savoir s'en servir à bon escient.
Maintenant, mon point de vue du côté face : moi, médecin.
Je suis partie cet été faire mon stage hospitalier à Dakar, et l'une des choses qui m'a le plus frappée est évidemment le manque de moyens, et le fait que le médecin ne dispose que de ses petites mains pour faire un diagnostic.
En France, j'ai pris l'habitude (une mauvaise ?) d'appuyer chacun des diagnostics qu'on suspecte par plusieurs examens complémentaires. Biologie, imagerie... soit pour "confirmer" le diagnostic, ou pour "éliminer" un diagnostic différentiel ou une urgence, ou encore "avancer" sur le diagnostic pour dépister les complications.
En Afrique, j'ai réalisé à quel point la clinique et la sémiologie sont primordiales. J'ai révisé, j'ai réappris et même appris des nouveaux gestes, des nouveaux signes cliniques spécifiques à telle ou telle maladie. Là-bas, très peu de moyens et pas de Sécu : c'est le patient qui paye tout. Avant chaque examen, même la plus minuscule des prises de sang, on doit aller demander l'accord du patient et de sa famille, en lui disant le prix de l'examen. Et s'il n'y a pas assez d'argent, tant pis.
On se base sur notre examen clinique, qui est le plus pointilleux que j'ai jamais vu, comme celui de l'époque de Trousseau... celui que nos anciens professeurs maîtrisaient parfaitement et essayaient en vain de nous inculquer en stage.
Tout passait par les mains, comme disait Mondor pour acquérir "l'intelligence de la main", pour toucher, palper, sentir chaque détail du corps pour en déduire la pathologie sous-jacente.
Aujourd'hui, l'examen clinique ne doit pas être banni de la pratique médicale, ou fait à la va-vite. Il est important pour guider les explorations nécessaires à effectuer. Il reste le principal outil pour faire un diagnostic de synthèse. La première impression, l'instinct, ou l'idée qu'on se fait sur un diagnostic qu'on est en train de chercher, tout cela passe d'abord par le contact direct avec le patient.
Les examens complémentaires portent bien leur nom : ils complètent ce qu'on cherche avec nos mains. On ne trouve que ce que l'on cherche, et on ne cherche que ce que l'on connaît...
Comme quoi, il reste fondamental pour nous, jeunes médecins, au milieu de cette ère d'examens paracliniques, de continuer à apprendre la sémiologie et la clinique au cours de nos stages hospitaliers. Pour devenir de bons cliniciens, mais surtout de bons médecins.
"La médecine est l'art de l'incertitude et la science de la probabilité" écrivait Osler... on a toujours besoin des nouvelles technologies, mais sans jamais oublier l'importance de la clinique.
10 octobre 2008
Avant-goût
Hier, j'ai eu l'opportunité et la chance inouïe de passer une journée entière auprès d'un généraliste installé en libéral.
J'ai eu cette brillante idée grâce à l'un de mes anciens internes en MG qui est en ce moment en stage chez lui, et à qui j'avais soumis mes inquiétudes quant à l'exercice libéral auquel je n'avais jamais été confrontée. Il m'a alors proposé de venir assister à une journée chez l'un de ses praticiens du moment, qu'il respecte énormément pour leur savoir et leur pratique, en me précisant que c'était l'un des meilleurs généralistes qu'il eût connu dans son parcours.
Il n'en fallait pas plus pour me motiver ! J'étais très enjouée par cette expérience, en me disant qu'elle allait représenter un test : avais-je fais le bon pari sur l'avenir, en misant sur la MG et l'exercice libéral sur le long terme ?
Ce MG est effectivement génialissime. Il est très pédagogue, il a passé son temps à me poser des questions sur tout et n'importe quoi : la sémiologie (ça ne m'a pas fait de mal de réviser un peu), la clinique, les symptômes, les nouvelles recommandations sur tel ou tel traitement (que je connaissais pour l'ECN, mais que j'ai bien oubliées !!!)... et dès que je lui avouais ne pas savoir, aucune pression de sa part, vraiment tout pour me mettre à l'aise.
J'ai réalisé que je n'avais finalement pas tout oublié, et puis les souvenirs reviennent vite...
Il est passionné par son travail, et il a essayé de me montrer à quel point j'avais fait le bon choix.
La médecine générale se décompose en plusieurs parties distinctes : une médecine préventive, une médecine de suivi ou de long terme, une de santé publique, une d'urgence...
Bref, on devrait appeler cette spécialité "les médecines générales" !
Et en pratique, tout s'est vérifié :
- des consultations pour des certificats médicaux, avec un grand rôle du médecin sur la prévention
- des consult de suivi de patients hypertendus (LA première maladie en cabinet donc par coeuuuuuuuuuuur) ou diabétiques, chacun amenant ses prises de sang de contrôle ou ses chiffres d'automesure de la PA ; ou encore une vieille dame souffrant d'une AOMI stable avec un bilan cardiaque de suivi normal
- des consult d'urgence d'enfant pour gastro-entérite aiguë, avec un petit rappel sur les vaccins, ni vu ni connu
- d'autres sur des symptômes précis : une douleur et un épanchement articulaire du genou post-arthroscopie, un kyste synovial et une tendinite bilatérale, une migraine, des malaises vagaux à répétition...
Bref, que du bonheur. Des pathologies variées, des patients variés, des buts différents selon les consultations...
A chaque nouveau patient, on ignore ce qui va nous arriver. Pourquoi cette jeune fille est-elle là ? Certificat médical, contraception, symptôme précis ??
Et malgré ce motif de consultation, il faut toujours gratter un peu pour découvrir ce qui se cache derrière. Rechercher des signes caractéristiques de dépression chez cette vieille patiente qui consulte pour un RGO... ou alors faire préciser le malaise à un jeune homme, terriblement stressé par une nouvelle promotion...
J'ai découvert une façon de faire différente de celle à laquelle je suis sensibilisée. J'ai la connaissance, mais je l'ai acquise pour une pratique hospitalière. Pas du tout adaptée à un exercice de ville.
Exemple : comment voir si un enfant est à jour de ses vaccinations super rapidement ?...
Tinininininin... je me souviens (vaguement) les dates des vaccins : 2e,3e,4e mois, puis rappel à un an, puis rappel à 5 ans... euh non, 2 rappels à 5ans, puis tous les 10 ans !
Super fière de sortir ça ! (comme quoi, je m'en souviens super bien du fameux item 76...^^)
Et lui me regarde, goguenard.
"Et c'est rapide, ça ?"
"Euh..."
A vrai dire, pas du tout. Si je fais ça à chaque gamin, j'suis pas sortie de l'auberge.
"Et ça fait combien d'injections en tout si t'as 21 ans ?"
1,2,3...
"ça fait 7. Alors tu comptes le nombre d'injections écrites sur le carnet de santé, et s'il y en a 7, notre jeune patiente est à jour."
C'est vrai que ce n'est pas du grand art, mais en tout cas c'est un tuyau bon à prendre pour gagner du temps tout en étant consciencieux dans son travail.
Et la journée a été riche en petits tuyaux de ce genre...
J'ai adoré cette journée. Elle m'a confirmée que je ne m'étais pas trompée. J'ai fait un pari sur l'avenir en choisissant MG et en me voyant sur le long terme travaillant en cabinet, et allant voir mes patients...
J'ai fait le bon choix, aucun souci.
Le travail en cabinet est riche lui-aussi, il y a plusieurs facettes dans cette profession. On revêt plusieurs casquettes, on a plusieurs rôles... Et on ne sait jamais lequel on va jouer face au nouveau patient.
Et surtout il ne faut jamais oublier de penser à tout !!!! Dit comme ça, c'est compliqué...
Toujours examiner ses patients à fond, ne passer à côté de rien. Même eux sont rassurés par cette démarche, et parfois ils se souviennent que oui, ils ont aussi mal au genou... ou alors une grosseur apparue récemment là, dans le dos...
Que du bonheur !
Le fait de refaire de la médecine depuis plus de 2 mois a dû énormément jouer aussi... j'ai réalisé à quel point cela m'avait manquée.
Vivement novembre... (et vivement mon installation future aussi !)

