Dans mon service où-tout-est-génial, dans ma périph' où-tout-est-génial, il faut évidemment des internes la nuit pour assurer les soins des patients consultant aux urgences.
Hier soir : première garde d'interne. (Enorme détail à préciser : fierté maximum!).
J'avais déjà fait la journée aux urgences en traumato (fractures, sutures, plaies, trauma en tout genre), et à 18h30 je passais du côté médecine pour le restant de la nuit.

    C'est déjà rassurant de faire ses gardes dans son service : on connaît le matériel, le fonctionnement du service et du logiciel informatique (enfin, là, encore besoin d'approfondissement), le personnel paramédical...
Toujours partante pour cette ambiance familiale qui me ravit tant.

    Avant toute chose médicale, un commentaire très gamin, mais qui fait tellement de bien : celui de voir son nom écrit sur les ordonnances, les prescriptions, les examens demandés etc...
"Compte-rendu édité par Dr M... " Super fière.
(Cela étant dit, mes co-internes étaient comme moi).

    Enchaîner 24h, je l'avais déjà fait en tant qu'externe. C'était en stage de gynéco un samedi, et j'étais morte de trouille. Parce que c'était ma première garde, parce que j'enchaînais 24h non-stop pour la première fois, parce que ma chef avait la réputation d'être horrible, parce que tout cela accumulé, c'est flippant.
J'avais déjeuné à 17h, juste après une césarienne au bloc où j'ai vraiment cru que j'allais tomber dans les pommes tellement j'avais faim. Au moment où le bébé sort, je me dis "ouf, c'est bientôt fini". La chef me tend le nouveau-né et me balance sèchement : "emmène-le en salle de naissance, et surtout ne tombe pas".
Ne me demandez pas pourquoi elle m'a dit cette phrase-choc à ce moment, mais j'ai vraiment eu peur de tomber quand j'ai marché avec le bébé tout gesticulant dans les bras. Soyez rassurés, j'ai su rester debout...

    Hier, c'était différent. Parce que maintenant je suis interne (je ne vais pas me lasser de l'écrire), que je suis libre dans ma pratique et que j'ai plus de responsabilités qu'avant, et parce que c'est un super service d'urgences.
Encadrés par un chef génialissime, mon co-interne et moi, qui entamions notre première garde, on n'a pas chômé. On n'a quasiment pas dormi, mais la nuit qu'on a passée en valait le coup.
Soirée à thème : le diabète. (Le diabète pour les nuls : trop de sucre dans le sang dû à une carence en insuline)
C'est marrant d'avoir des journées ou des soirées à thème, mais ça arrive vraiment dans la vie. Comme si les patients se donnaient le mot et se disaient que, cette nuit, ils allaient tous décompenser leur diabète et aller ensemble dans le même service d'urgences.

    J'ai adoré dire "bonjour, je suis l'interne" en rentrant dans les box pour examiner mes patients. Parce qu'en général, ils savent que l'interne, c'est le docteur. C'est lui qui va les soigner, qui va faire leurs ordonnances et à qui ils auront à faire durant leur prise en charge. Sauf problème, auquel cas le chef viendra l'épauler.
Se présenter en tant qu'externe, c'est déjà plus difficile, parce que les gens ne connaissent pas trop le terme et me demandaient souvent si c'était après l'interne. "Euh non, c'est avant..." Regard dubitatif en guise de réponse, qui devait témoigner dans la grande majorité des cas d'une réflexion du patient au plus profond de lui-même : "mais pourquoi il vient me voir lui alors ? c'est pas un docteur !"

    Je me sens déjà plus crédible en me présentant en tant qu'interne. Pour l'instant, ma crédibilité s'arrête là, parce qu'il me reste du chemin à parcourir et de l'expérience à acquérir pour gérer 100% de mes patients toute seule.
Là, globalement, j'ai dû gérer 20% de mes patients entièrement seule, sans aucun appui de mon chef. Ok, c'était des motifs de consultation complètement foireux, et franchement, même un externe de D2 aurait pu gérer facilement le cas.

    Une des caractéristiques des périph', c'est que l'interne de garde doit gérer les problèmes dans les étages de l'hôpital. Dès qu'une infirmière se sent débordé par un patient, elle n'hésite généralement pas à appeler aux urgences pour avoir l'avis de l'interne.
Appel de la pneumo. C'était le piège de la soirée, je n'aurais pas dû répondre... j'ai passé ma nuit à me balader dans les couloirs pour aller voir mon patient de pneumo, ou alors à être au téléphone avec l'infirmière de la pneumo à propos dudit patient.
Homme de 56 ans, tabagique, alcoolique chronique, socialement défavorisé, hospitalisé pour une pneumopathie grave. L'infirmière m'appelle parce que Mr O. se plaint de douleur abdominale résistante à la morphine, et surtout qu'il commence à tenir des propos incohérents.
Ok, je pars super motivée en me disant que j'suis super fière d'aller donner mon premier avis. J'ai déchanté assez vite... Mon avis ? J'sais paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas !!!
Après le premier moment de panique passé, j'essaie tant bien que mal de remettre mes neurones en place et leur demande de bien vouloir se concentrer avec moi pour trouver une solution.

    Oui, le patient est confus. Je rechigne donc à le shooter avec une benzo (médicament qui fait dormir).
Oui, sa pneumopathie a l'air grave. Je veux une radio thoracique et des gaz du sang (idée gentiment soufflée par mon chef...)
Oui, il a l'air d'avoir très mal au ventre. Je continue la prescription de morphine.
Oui, il est déshydraté et c'est un alcoolique, donc je l'hydrate avec du sérum phy que je complète avec vitamine B1 (merci les réflexes de l'ECN !)
Après, je cours voir mon chef pour lui parler du dossier, même si hiérarchiquement parlant, j'aurais dû en parler au réanimateur de garde. Pas le courage d'appeler le réa à 1h pour lui parler de mon patient n'importe comment...
Bon, j'ai finalement appelé la réa de garde, parce que le patient n'était pas très bien. Il était hypoxique (manque d'oxygène dans le sang), donc mise sous oxygène. Changement d'antibiotique du même coup, parce qu'une monothérapie par Amox pour un pneumocoque sans amélioration clinique, j'étais pas très motivée.
L'infirmière me rappelle encore une fois pour me dire que maintenant, il devient violent.
...
"Shoote le !"
J'avoue, il est 4h du mat', j'aimerais juste aller manger un morceau.
Je suis retournée le voir, il était attaché dans son lit, parce qu'il n'arrêtait pas d'arracher tous ses tuyaux en place et il devenait agressif. Ni une ni deux, appel de la sécurité. 

    J'me suis bien amusée à me balader, même si je pense que l'infirmière n'était pas réellement rassurée par ma visite... J'ai essayé de faire de mon mieux, et surtout j'ai mis mon chef sur le coup, pour être sûre de ne pas passer à côté d'une complication.

    Repos de 5h30 à 7h. On enchaîne avec l'arrivée de 2 SMUR : un OAP (oedème aigu du poumon) et une détresse respiratoire aiguë.
Euh... vous voulez pas attendre 2 secondes que j'arrive juste à ouvrir mes yeux ?
Mise des patients au déchocage et j'ai géré royalement l'OAP. Bon, ok, mon chef se promenait non loin de là...

    Suis sortie à 10h sur mon petit nuage.
Mon thème du jour : happy  :).