L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

29 novembre 2008

Déprime d'automne

   
galerie_membre_automne_feuille_d_automne    A partir de la D3, j'ai compris le terme de "dépression saisonnière".
Je n'avais jamais connu de changement d'humeur auparavant, et mon premier contact avec cette fameuse déprime du mois de novembre m'a bien refroidie.
Fatiguée, tout le temps.
Pas le moral, tout le temps.
Envie de rien, tout le temps. A part rester sous ma couette et dormir.
Me forcer à bosser, à aller en stage, en conf... à reculons, tout le temps.

    En D4, ma déprime d'automne a atteint des sommets.
Des larmes, des envies de rien sauf de rester cloîtrée chez moi bien au chaud.
Malheureusement, mon concours continuait de se profiler tranquillement au mois de juin, et je ne devais pas faiblir. Je ne pouvais pas me replier sur moi-même et arrêter de bosser.
Cette période a été inhumaine.

   Heureusement, cette année, je ne l'ai pas rencontrée, cette chère déprime. Je l'ai laissée dans son coin, pour d'autres personnes un peu fragiles en cette période pas toujours très gaie.
J'ai abandonné l'externat, et surtout, surtout, cette préparation d'un concours - injuste, forcément - qui vient vous titiller dans vos plus profondes valeurs et convictions sur la vie, un concours qui vous amène à vous poser des questions existentielles... un concours qui vous déprime pendant au moins une année, tout simplement.

    Je suis en T1 (troisième cycle des études médicales, première année), et je n'ai pas vu mon mois de novembre passer. Je suis déjà installée dans mon stage depuis 4 semaines, et j'ai oublié toutes ces fameuses questions qu'on ressasse inlassablement dans sa petite tête quand on passe son temps le nez dans les bouquins.
Enfin du concret !
Enfin de la pratique !
Enfin des vrais patients, qui ont des vrais symptômes avec une vraie maladie, et qui nous posent de vrais problèmes !

   Comme je ne regrette pas cette partie atroce de l'externat, qu'est la préparation de l'ECN...
C'est bien derrière moi, et ça fait du bien d'avancer.

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21 novembre 2008

Sculptures

    Encore un message rien à voir avec la médecine, mais parfois ça fait du bien !

    Juste pour parler de l'art de Toutain, que j'ai découvert lors de mon séjour au Parc du Futuroscope. Une dizaine de sculptures sont exposées en plein air partout dans le Parc, et j'ai complètement craqué dessus.
Elles donnent une espèce de vision calme et reposante, douce et arrondie de certaines scènes de la vie quotidienne.

    Un vrai régal !

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Vie de famille

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La vie est belle

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Deux amoureux

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Ballon

    Et plein d'autres choses à découvrir ici.

Posté par docmarie à 21:07 - Ma vie à côté de la médecine - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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20 novembre 2008

Solidarité

    Changeons un peu de sujet, laissons la médecine de côté le temps d'un mot.
Un blog sponsorisé par Orange, créé par Miss Pénélope Bagieu, permettra de verser à la Croix-Rouge une somme dépendante du nombre de visiteurs : plus il y a du monde qui vient voir, plus la somme sera élevée.
Une occasion de faire une jolie action, tout en regardant des BD rigolotes sur le thème de Noël.

    Faites passer l'information. Un peu de solidarité pendant une période pas toujours facile pour tous.

    Mon beau sapin

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Posté par docmarie à 22:13 - Ma vie à côté de la médecine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2008

Jouer au docteur

    Il y a des jours comme ça, où on n'a pas la frite.
Lundi, je l'avais pas, mais alors, pas du tout, cette fameuse frite.
Je n'étais pas vraiment dans l'ambiance, et pas très motivée... avouons-le.
J'ai pourtant essayé de faire mon travail, en essayant de me concentrer et de réfléchir posément devant chaque problème qui m'était posé.

    Prescrire mes bilans, cocher les bonnes cases. Cette gymnastique a l'air facile à première vue, en réalité j'ai plutôt l'impression de jouer au docteur depuis ces 2 semaines. Je n'ai absolument pas confiance en moi, mais j'essaie de faire des efforts et de jouer le jeu. A chaque bilan que je coche, je me demande réellement ce que j'en attends, et si le résultat va m'apporter des informations susceptibles de modifier ma prise en charge.
J'ai néanmoins la sensation de n'avoir pas fait de médecine depuis 6 mois, puisque mon expérience au Sénégal ne colle pas vraiment avec la manière de faire française...

   Jouer au docteur. C'est con, dit comme ça, mais je réalise que c'est ce que je ressens. C'est paradoxal, parce que j'essaie vraiment de faire de mon mieux et d'apprendre à chaque nouveau patient !
Je demande l'aval de mon chef presque toujours, de peur de passer à côté de quelque chose d'important, et également pour acquérir de l'expérience.
Par exemple, une mamie qui vient pour rectorragie (saignement rectal). Je l'examine, et je conclue à des hémorroïdes... Le problème, c'est que mes petits yeux n'en ont pas vues beaucoup, et je trouve celles-ci quelque peu... étranges. Elles ont pas vraiment la même tête que les rares que j'ai pu voir.
Je préfère tout de même aller voir mon chef, afin qu'il examine la patiente et me confirme mon diagnostic.
Justement, j'ai très bien fait de lui demander son avis, car ce n'était pas des hémorroïdes ! Il s'agissait d'un rectocèle (descente du rectum), et ce n'est pas du tout la même prise en charge pour la patiente.
Sur ce coup-là, j'ai bien agi. Le regard de mon chef est beaucoup plus expérimenté que moi. Maintenant, je saurais faire la différence.

    Lundi, je n'ai pas cessé de harceler mes chefs. Si je fais le compte, j'ai dû en gérer un toute seule. Statistique déplorable.
Là où je me suis sentie le plus mal, c'est pour une petite mamie toute mignonne qui vient consulter pour difficulté respiratoire, assez bien tolérée, mais quand même. Je pense évidemment à une poussée d'insuffisance cardiaque avec un oedème du poumon probable, mais dans mon fameux bilan, j'ai oublié de cocher un truc très important.
Heureusement que j'ai exposé le dossier à mon chef, parce que je sentais que quelque chose clochait, et je n'avais pas très envie de renvoyer ma petite mamie à la maison.
Grand bien me fasse !!! L'une des premières questions qu'il me pose est si j'ai dosé le fameux truc que j'ai oublié.
J'ai vraiment senti le sang se vider de ma tête et une petite voix qui me disait "quelle c... !"
J'ai represcrit ce put... de bilan et au final, le dosage était au plafond, donc évidemment que non, on n'a pas fait sortir la mamie.

    Je pense que ça doit être flippant de lire les pensées d'une jeune interne aux urgences. En même temps, je suis là pour apprendre, et j'ai encore un énorme chemin devant moi. Heureusement que je me trouve au sein d'un service et d'une équipe très soudée, avec des gens qui nous encadrent constamment.
Heureusement pour les patients.

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15 novembre 2008

Emotion

     Il y a des gens, des histoires qui vous marquent.
On ne sait pas vraiment pourquoi. Peut-être qu'on s'identifie à ces personnes, ou alors on est fortement touché par leur vécu ?... Sûrement les deux à la fois.
Ce genre de rencontres a une dimension bouleversante, et émouvante. Une chose est sûre : elle marque.

    Ma première du genre dans mon nouveau stage est une jeune femme de 32 ans qui consulte pour céphalées. Je prends le dossier et l'appelle pour l'installer dans un box.
C'est une jolie blonde, habillée à la "working-girl". Elle n'a pas l'air trop douloureuse, mais il faut que je l'examine pour me faire une idée plus précise.
Déjà, un premier point m'interpelle : elle a les yeux rouges.
Grosse douleur ?

    Je me présente et lui demande de me raconter la raison de sa venue aux urgences. Elle me dit qu'elle a déjà vu la psychologue du service, qui l'a ensuite envoyée voir le psychiatre.
Ah. Bon.
Je me suis trompée, j'ai pris un dossier de psy ?
Je vérifie. Non, il y a bien écrit "céphalées" pour le motif de consultation.
Elle me montre l'ordonnance que le psychiatre lui a déjà faite : un anxiolytique pour ses angoisses, un somnifère et un antidépresseur.
Hum. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise devant ce genre de traitement... Y a-t-il un rapport avec ces maux de tête ?

    Je lui demande donc enfin pourquoi l'infirmière d'accueil lui a proposé de voir la psychologue avant de voir le médecin.
Elle me raconte qu'elle traverse une période difficile depuis 3 ans, depuis le jour où son mari est mort d'un accident de la route qu'il n'a pas provoqué.
Elle me dit que le procès du responsable de l'accident vient de se dérouler, plus de 3 ans après les faits, et qu'elle a l'impression d'avoir replongé dans l'horreur du passé.
Elle essaie de garder le cap, d'aller travailler tous les matins, et surtout de s'occuper de ses gamins. 3 et 6 ans. Le petit n'a jamais connu son père, qui est décédé alors que sa femme était enceinte.
Les larmes ne cessent de couler sur ses joues pendant qu'elle me raconte son histoire atroce. Voilà ce qui explique les yeux rouges, elle ne peut entamer une phrase concernant son état de santé sans fondre en larmes.

    Je suis encore moins à l'aise qu'au début.
Je me demande bien quel mot je peux employer pour essayer d'atténuer cette souffrance intense qu'elle ressent depuis ce jour maudit, il y a plus de 3 ans.
Je lui demande timidement si elle a été suivie par un psychologue ou psychiatre après l'accident. Elle me répond que non, elle a été arrêtée 10 jours par son médecin, puis a préféré reprendre son travail et se noyer dans le quotidien pour tenter d'oublier.
Une fuite en avant, ça s'appelle. Ce n'est pas la solution. Même si cela semble être le moins difficile, c'est en réalité l'inverse, avec une incapacité à se reformer et à se reprendre en main.

    Je l'examine, vu qu'elle vient tout de même pour céphalées. Mon diagnostic aboutit à une crise migraineuse simple sans aura.
Je pense qu'elle a suffisamment de circonstances atténuantes en ce moment pour craquer et se taper une bonne migraine.
Comme, décidément, je ne suis toujours pas à l'aise, je préfère aller en parler à mon chef.
Il me dit que, de toute façon, aucun médecin ne peut être à l'aise devant des céphalées. C'est un de ces motifs de consultation foireux, qui nécessite un examen clinique soigneux et parfois des examens complémentaires, qui n'apporteront pas toujours un diagnostic final.
Il préfère venir voir la patiente, pour se faire une idée, et m'approuver dans ma démarche. Evidemment, avant d'entrer dans le box, je lui ai exposé le contexte de vie de ma patiente.
Il a été parfait, il a employé des mots justes, utilisés avec précaution mais avec conviction. Ma patiente n'a pu se retenir de pleurer, mais elle semble avoir été vraisemblablement touchée par son attitude, et peut-être - j'aime à le croire - par la mienne.

    Elle est repartie avec ses ordonnances, celle du psychiatre et la mienne, contenant des antalgiques. Elle est repartie également avec un nom de psychologue libérale, pour essayer de remonter la pente et se recentrer sur elle-même. Essayer de tourner la page, et de reconsidérer l'avenir. Elle, et ses enfants.

    Je suis restée songeuse le reste de l'après-midi. Je ne pouvais m'empêcher de repenser à son histoire. Elle était heureuse, à l'apogée de son bonheur, avec un enfant né et un autre en route, amoureuse. Et on ne sait pourquoi, tout a volé en éclat.
Je sais bien que personne n'est éternel, qu'il faut savoir profiter du moment présent...
Mais je ne sais expliquer pourquoi elle, pourquoi son histoire m'a touchée et bouleversée à ce point.
J'espère en tout cas qu'elle arrivera à trouver le courage d'être suivie par cette psychologue et qu'elle sortira la tête de l'eau.
Je l'espère sincèrement.


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12 novembre 2008

Garde à thème

    Pour rester dans l'ambiance du mot précédent, voici rapidement le thème de ma garde d'hier : grossesse ou pas grossesse ?

    A toutes les femmes jeunes en âge de procréer que j'ai vues, j'ai prescrit des ßHCG (hormone de la grossesse) : 2 d'entre elles sont venues pour malaise vagal avec vague douleur abdominale.
La hantise de chaque médecin, de chaque urgentiste, de chaque gynéco, et aussi un zéro pointé à la copie d'internat : la grossesse extra-utérine (GEU). Comme je n'avais quasiment rien à me mettre sous la dent quand je les examine, je décide de prescrire dans mon bilan : ßHCG, ça suffira. Et un petit électrocardiogramme, juste parce que c'est médico-légal quand quelqu'un vient aux urgences pour malaise.
   
    Et enfin, la 3e, qui vient pour céphalées un peu foireuses, d'apparition progressive, de type non migraineuses... avec un retard de règles, un désir de grossesse et tous les signes avant-coureurs de grossesse (tension mammaire, nausées...).
Et là, enfin, j'ai pu annoncer une bonne nouvelle.
Y'a pas à dire, ça fait du bien d'annoncer de temps en temps des bonnes nouvelles à nos patients.

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10 novembre 2008

Journée à thème

    Les patients se passent vraiment le mot.
Quand ils ont décidé d'être tous malades en même temps, et en plus, de faire la même maladie, ça ne rate pas.

    Après ma première garde sur le diabète, voici une journée aux urgences sur les AVC (accidents vasculaires cérébraux).
En passant les détails, des histoires pas toujours très drôles avec des pronostics assez réservés, surtout au niveau fonctionnel.

    La première, une histoire triste finalement. Une mamie de 87 ans qui est tombée a priori sur la tête, et qui saigne dans son cerveau. Coma, pronostic extrêmement sombre. Sa famille vient la voir, et je ne me suis pas sentie d'aller leur parler. Je n'étais pas sûre de savoir trouver les mots... leur faire comprendre la gravité de la situation, tout en essayant de répondre à leurs questions et de savoir rester empathique.
Joli mot expliquant notre attitude face aux familles. Ne pas être "sympathique", encore moins "antipathique".
Au final, c'est super difficile. Peut-être est-ce parce que c'est le début de mon internat, et que je n'ai pas l'habitude de me mettre à la place de celle qui annonce la mauvaise nouvelle.
J'aurais pu assister à l'entrevue entre la famille et mon chef, mais par respect pour la famille déjà éprouvée, j'ai préféré m'éclipser. Je n'avais pas envie qu'ils encaissent la nouvelle avec moi à côté, en se demandant ce que je pouvais bien foutre là.

    Ensuite, une histoire un peu plus... moins triste en fait.
Patient de 70 ans avec des facteurs de risque cardio-vasculaire (diabétique, hypertendu, obèse et artéritique). L'infirmière d'accueil des urgences l'étiquette "douleur thoracique". En le réinterrogeant et l'examinant, il s'avère qu'il présente une douleur à l'épaule, mais n'a jamais ressenti la moindre douleur dans la poitrine. Tant pis, on a déjà fait l'ECG (électrocardiogramme), au cas où.
Il me raconte, dans un sens chronologique difficile à établir, la succession des évènements.
Alors, oui, hier soir, il se sentait vide. Il a mesuré sa glycémie : 0.5g (chiffre bas).
Alors, oui, il a mangé, parce qu'il avait déjà avalé son traitement pour le diabète.
Et puis après, il y a toujours cette main qui ne suit pas vraiment ses commandes.
Et là, ce matin, il s'est même coupé en se rasant !
Et cette nuit, en fait, il s'est réveillé à 3h du matin parce que son bras faisait des mouvements incontrôlés.
...

    En résumant, il a une gêne et des mouvements un peu incoordonnés au niveau de l'épaule droite depuis quelques mois, mais surtout il a une sensation de faiblesse dans tout l'hémicorps droit depuis cette nuit. Et depuis ce matin, des difficultés à articuler (dysarthrie pour les intimes).
Alors, oui, l'interne a prescrit son scanner cérébral pour visualiser ce qui peut bien se trafiquer dans son cerveau, au gentil môssieur.
Dommage, il est normal... ça n'élimine en rien le diagnostic. J'appelle le neurologue pour qu'il passe le voir, pour l'hospitaliser. Y'a pas moyen que je laisse sortir mon papi.

    Après plusieurs heures de cours intensifs (et une grosse migraine), je repasse dans le service, pour prendre des nouvelles de mon patient.
Transféré en unités de soins intensifs neurologiques.
Il a eu une IRM cérébrale qui a bien montré là où ça n'allait pas dans son petit cerveau.

Ah, les journées à thème...

Posté par docmarie à 20:26 - Vie hospitalière - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 novembre 2008

Bonjour, je suis l'interne...

    Dans mon service où-tout-est-génial, dans ma périph' où-tout-est-génial, il faut évidemment des internes la nuit pour assurer les soins des patients consultant aux urgences.
Hier soir : première garde d'interne. (Enorme détail à préciser : fierté maximum!).
J'avais déjà fait la journée aux urgences en traumato (fractures, sutures, plaies, trauma en tout genre), et à 18h30 je passais du côté médecine pour le restant de la nuit.

    C'est déjà rassurant de faire ses gardes dans son service : on connaît le matériel, le fonctionnement du service et du logiciel informatique (enfin, là, encore besoin d'approfondissement), le personnel paramédical...
Toujours partante pour cette ambiance familiale qui me ravit tant.

    Avant toute chose médicale, un commentaire très gamin, mais qui fait tellement de bien : celui de voir son nom écrit sur les ordonnances, les prescriptions, les examens demandés etc...
"Compte-rendu édité par Dr M... " Super fière.
(Cela étant dit, mes co-internes étaient comme moi).

    Enchaîner 24h, je l'avais déjà fait en tant qu'externe. C'était en stage de gynéco un samedi, et j'étais morte de trouille. Parce que c'était ma première garde, parce que j'enchaînais 24h non-stop pour la première fois, parce que ma chef avait la réputation d'être horrible, parce que tout cela accumulé, c'est flippant.
J'avais déjeuné à 17h, juste après une césarienne au bloc où j'ai vraiment cru que j'allais tomber dans les pommes tellement j'avais faim. Au moment où le bébé sort, je me dis "ouf, c'est bientôt fini". La chef me tend le nouveau-né et me balance sèchement : "emmène-le en salle de naissance, et surtout ne tombe pas".
Ne me demandez pas pourquoi elle m'a dit cette phrase-choc à ce moment, mais j'ai vraiment eu peur de tomber quand j'ai marché avec le bébé tout gesticulant dans les bras. Soyez rassurés, j'ai su rester debout...

    Hier, c'était différent. Parce que maintenant je suis interne (je ne vais pas me lasser de l'écrire), que je suis libre dans ma pratique et que j'ai plus de responsabilités qu'avant, et parce que c'est un super service d'urgences.
Encadrés par un chef génialissime, mon co-interne et moi, qui entamions notre première garde, on n'a pas chômé. On n'a quasiment pas dormi, mais la nuit qu'on a passée en valait le coup.
Soirée à thème : le diabète. (Le diabète pour les nuls : trop de sucre dans le sang dû à une carence en insuline)
C'est marrant d'avoir des journées ou des soirées à thème, mais ça arrive vraiment dans la vie. Comme si les patients se donnaient le mot et se disaient que, cette nuit, ils allaient tous décompenser leur diabète et aller ensemble dans le même service d'urgences.

    J'ai adoré dire "bonjour, je suis l'interne" en rentrant dans les box pour examiner mes patients. Parce qu'en général, ils savent que l'interne, c'est le docteur. C'est lui qui va les soigner, qui va faire leurs ordonnances et à qui ils auront à faire durant leur prise en charge. Sauf problème, auquel cas le chef viendra l'épauler.
Se présenter en tant qu'externe, c'est déjà plus difficile, parce que les gens ne connaissent pas trop le terme et me demandaient souvent si c'était après l'interne. "Euh non, c'est avant..." Regard dubitatif en guise de réponse, qui devait témoigner dans la grande majorité des cas d'une réflexion du patient au plus profond de lui-même : "mais pourquoi il vient me voir lui alors ? c'est pas un docteur !"

    Je me sens déjà plus crédible en me présentant en tant qu'interne. Pour l'instant, ma crédibilité s'arrête là, parce qu'il me reste du chemin à parcourir et de l'expérience à acquérir pour gérer 100% de mes patients toute seule.
Là, globalement, j'ai dû gérer 20% de mes patients entièrement seule, sans aucun appui de mon chef. Ok, c'était des motifs de consultation complètement foireux, et franchement, même un externe de D2 aurait pu gérer facilement le cas.

    Une des caractéristiques des périph', c'est que l'interne de garde doit gérer les problèmes dans les étages de l'hôpital. Dès qu'une infirmière se sent débordé par un patient, elle n'hésite généralement pas à appeler aux urgences pour avoir l'avis de l'interne.
Appel de la pneumo. C'était le piège de la soirée, je n'aurais pas dû répondre... j'ai passé ma nuit à me balader dans les couloirs pour aller voir mon patient de pneumo, ou alors à être au téléphone avec l'infirmière de la pneumo à propos dudit patient.
Homme de 56 ans, tabagique, alcoolique chronique, socialement défavorisé, hospitalisé pour une pneumopathie grave. L'infirmière m'appelle parce que Mr O. se plaint de douleur abdominale résistante à la morphine, et surtout qu'il commence à tenir des propos incohérents.
Ok, je pars super motivée en me disant que j'suis super fière d'aller donner mon premier avis. J'ai déchanté assez vite... Mon avis ? J'sais paaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaas !!!
Après le premier moment de panique passé, j'essaie tant bien que mal de remettre mes neurones en place et leur demande de bien vouloir se concentrer avec moi pour trouver une solution.

    Oui, le patient est confus. Je rechigne donc à le shooter avec une benzo (médicament qui fait dormir).
Oui, sa pneumopathie a l'air grave. Je veux une radio thoracique et des gaz du sang (idée gentiment soufflée par mon chef...)
Oui, il a l'air d'avoir très mal au ventre. Je continue la prescription de morphine.
Oui, il est déshydraté et c'est un alcoolique, donc je l'hydrate avec du sérum phy que je complète avec vitamine B1 (merci les réflexes de l'ECN !)
Après, je cours voir mon chef pour lui parler du dossier, même si hiérarchiquement parlant, j'aurais dû en parler au réanimateur de garde. Pas le courage d'appeler le réa à 1h pour lui parler de mon patient n'importe comment...
Bon, j'ai finalement appelé la réa de garde, parce que le patient n'était pas très bien. Il était hypoxique (manque d'oxygène dans le sang), donc mise sous oxygène. Changement d'antibiotique du même coup, parce qu'une monothérapie par Amox pour un pneumocoque sans amélioration clinique, j'étais pas très motivée.
L'infirmière me rappelle encore une fois pour me dire que maintenant, il devient violent.
...
"Shoote le !"
J'avoue, il est 4h du mat', j'aimerais juste aller manger un morceau.
Je suis retournée le voir, il était attaché dans son lit, parce qu'il n'arrêtait pas d'arracher tous ses tuyaux en place et il devenait agressif. Ni une ni deux, appel de la sécurité. 

    J'me suis bien amusée à me balader, même si je pense que l'infirmière n'était pas réellement rassurée par ma visite... J'ai essayé de faire de mon mieux, et surtout j'ai mis mon chef sur le coup, pour être sûre de ne pas passer à côté d'une complication.

    Repos de 5h30 à 7h. On enchaîne avec l'arrivée de 2 SMUR : un OAP (oedème aigu du poumon) et une détresse respiratoire aiguë.
Euh... vous voulez pas attendre 2 secondes que j'arrive juste à ouvrir mes yeux ?
Mise des patients au déchocage et j'ai géré royalement l'OAP. Bon, ok, mon chef se promenait non loin de là...

    Suis sortie à 10h sur mon petit nuage.
Mon thème du jour : happy  :).


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Périp(c)hérie

    Première impression : vive la périphérie.
J'ai fait l'intégralité de mes stages en CHU, dans un milieu parfois très élitiste, dans d'assez grands services, où c'est difficile de connaître tout le personnel et de tisser des liens avec chacun d'entre eux.
C'est également un monde où l'anonymat est de mise : on ne dit bonjour qu'à ceux que l'on connaît ET que l'on apprécie. Les externes qui thrombosent les couloirs ? Pas vraiment.
C'est paradoxalement éprouvant de travailler dans un service réputé, parce que certains patients  viennent justement trouver ici le meilleur endroit pour être soigné... et savent le faire comprendre en manquant subtilement de politesse ou d'humanité.

    En périphérie, sans être péjorative le moins du monde, c'est comme le degré en-dessous.
C'est déjà plus petit, l'hôpital ne dispose pas toujours de tous les services de médecine et de chirurgie. Les services eux-mêmes sont plus petits, ce qui fait que tout le monde se connaît.
Pas d'anonymat, plus de légèreté. On fait tous partie de la même équipe, on travaille tous ensemble, et ce, pour soigner les patients.
Peut-être moins d'hypocrisie ? Je ne sais pas, cela dépend de chaque équipe...

    Mon service d'urgences adultes : gé-nial.
Mon chef de service est jeune, dynamique et très attentif à l'encadrement de ses nouveaux internes tout neuf, tous premier semestre.
L'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale se révèle accueillante, souriante, et nous guide dans nos premiers pas timides dans leur "famille".
C'est en tout cas ma première impression, celle d'avoir intégré une équipe, certes, mais même au-delà, comme si je faisais maintenant partie de cette famille de soignants qui travaille pour autrui. Rien que cette atmosphère change tout au travail. Comment y aller à reculons ? C'est impossible.
C'est une ambiance nouvelle, à laquelle je n'avais jamais été confrontée. Je suis heureuse de la connaître ici, à ce niveau de mes études, au moment où je prends du galon, où j'acquiers de nouvelles responsabilités. Je trouve que mon travail n'en est que plus passionnant, et que cette motivation puissante permet de mieux prendre en charge les patients.

    C'est ça la périphérie : c'est plus petit, plus intime, moins élitiste et surtout moins anonyme. Ce qui ne veut pas dire que les gens ne sont pas bien soignés... Ils sont pris en charge d'une manière plus humaine, plus globale. Je ne trouve pas les mots pour exprimer précisément mon idée, mais je pense qu'une fois qu'on a goûté aux stages et à l'ambiance de travail des hôpitaux de périphérie, on n'en démord pas.

    En tout cas, pour ma part, aucun regret pour ce choix de stage.
Vive la périphérie !


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02 novembre 2008

J-1

    J-1 avant mon premier jour, avant le début de mes nouvelles fonctions et de ma nouvelle vie.
Ces mots sont peut-être exagérés, mais en même temps, c'est réel.
On quitte notre petite carapace d'externe-bon-à-tout-faire, qui a encore le droit de faire et dire plein de conneries, pour endosser (enfin !) notre jolie blouse blanche d'interne.
Bon, tout ceci est à nuancer évidemment... comme si la transition allait se faire aussi facilement et aussi rapidement ! Il va m'en falloir du temps avant d'avoir confiance en moi au point de ne plus faire appel à mes chefs... Je sens que je vais rester un boulet encore quelques temps avant de me sentir responsable dans mon domaine.

    Question de personnalité ? Sûrement. Mais c'est le cas de tout le monde, j'en suis persuadée. On ne peut pas se sentir prêt comme ça, avec un claquement de doigts. Certes, on a appris beaucoup de choses durant l'externat, mais il en reste encore un paquet à découvrir pendant l'internat.
Et la confiance en soi, je pense que c'est la plus longue des étapes qu'il reste à apprivoiser.

    On en reparle demain...
J'ai hâte, et je suis morte de trouille en même temps.
Je vais enfin retrouver mes patients, mes habitudes, mes doutes... mon job, quoi. Enfin !

Posté par docmarie à 14:19 - Vie hospitalière - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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