L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

28 février 2009

Galerie photo

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Centre de santé municipal à Dakar


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CHU de Dakar


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Bâtiment des maladies infectieuses et tropicales, CHU Dakar


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Hôpital principal : hôpital militaire de Dakar


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Poste de santé de l'île de Gorée, Sénégal


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Unité de réanimation, Dakar


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Hôpital de Saint Louis, Sénégal


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Urgences, hôpital de Vientiane, Laos


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25 février 2009

Histoire pas drôle

    Il y a parfois des histoires glauques au SMUR. Parfois des trucs traumatisants, des histoires vraiment pas drôles. Et ce qui change des urgences, c'est qu'on rentre en plein dedans, dans l'histoire pas drôle, parce qu'on rentre chez les gens, dans leur maison, dans leur propre histoire pas drôle.

    Chaque médecin ou futur médecin a sa propre histoire personnelle, ses propres histoires pas drôles. Chacun d'entre nous a ses peurs, les plus profondes, les plus irrationnelles, les plus névrosées. Mais c'est comme tout le monde.
Il faut essayer de mettre son propre vécu de côté quand on intervient chez les gens. Il faudrait qu'on oublie qui l'on est véritablement, qu'on n'ait plus d'histoire, plus de passé, plus d'émotions.
Il faudrait qu'on devienne des médecins-robots, avec nos tenues blanches et flash, dès l'instant où la régulation nous a appelés pour une intervention.
Paf ! Brutalement, on oublie tout, on oublie nos histoires pas drôles pour aller s'immiscer dans celles des patients en détresse.

    Bah moi j'ai une histoire pas drôle que je trouve glauque, qui m'a toujours mise mal à l'aise, mais sans pour autant que j'arrive bien à comprendre pourquoi. Personne de mon entourage n'a connu ce genre de traumatisme, et je n'en ai jamais vu non plus, mais voilà... c'est le truc glauque que j'appréhendais le plus de voir avec le SMUR.
Oublier mes peurs, mes névroses pour rester professionnelle et tenter de sauver le corps inanimé qui est tombé de 3 étages il y a 15 minutes.
Sauf que mon coeur bat la chamade depuis le coup de fil, que je me retiens de vomir durant le trajet en camion, et qu'arrivés sur place, mes jambes n'arrivent plus à me maintenir debout.
J'ai du mal à respirer, j'ai des nausées abominables qui me tiraillent le bide, mais il faut que je fasse bonne figure. J'enfile le fameux blouson flash qui fait que tous les voisins me verront à des kilomètres à la ronde, et je descends du camion.
Les pompiers sont déjà là, et sont en train de masser le patient.
Là, curieusement, il y a une petite alarme qui retentit dans ma tête. Peut-être est-ce mon alarme professionnelle, celle qui doit retentir quand on doit rester professionnel et ne pas se laisser submerger par sa propre histoire.

    C'est grâce à mon alarme intérieure que je trouve la force de descendre du camion et de marcher, ou plutôt tituber avec une démarche peu assurée, jusqu'au patient.
J'approche lentement, essayant de me préparer à cette future vision qui, j'en suis persuadée, me hantera encore longtemps.
J'entends de loin l'infirmier du SMUR me dire "ah bah enfin, un défenestré propre !". Je souris faiblement, et repère les buissons dans lesquels je pourrais courir si je finis par vomir tripes et boyaux.
J'ai envie de sauver ce patient, j'ai envie de le masser, j'ai envie qu'il reparte et qu'il reste en vie. C'est mon alarme qui me remet les pendules à l'heure dans ma tête, et qui fait que j'ai envie de nouveau, de faire mon métier.

    Le médecin du SMUR branche le scope sur le patient, et retrouve un tracé plat.
Les pompiers massent depuis déjà un bon moment, et la décision d'arrêter la réanimation se prend à quelques centimètres de moi. J'ai du mal à suivre les conversations, les explications, les raisons médicales à ces actes.
Je suis dans mon nuage, je tente de me raccrocher à mon alarme qui me maintient dans la réalité et qui me fait presque garder mon sang froid.

    Et maintenant, il faut s'occuper de la famille, des parents. C'est un jeune patient, handicapé mental, qui vit chez ses parents. Il s'agirait apparemment d'une chute accidentelle.
Les officiers de police judiciaire sont là et montent dans l'appartement avec les parents, pour leur expliquer toute les démarches administratives à faire.

    Me revoilà de nouveau avec la nausée. Et le corps du jeune ?
Tout le monde s'en balance ou quoi ?
Je ne comprends pas tout ce qui se passe autour de moi, j'essaie de me concentrer pour rester debout et ne pas succomber à ce vertige de plus en plus intense qui s'empare de moi.
On rassure les parents, d'accord. On leur raconte ce qu'il s'est passé, d'accord. On leur explique la suite des évènements, d'accord.
Mais pendant ce temps, on laisse le corps à moitié nu de leur fils par terre, sur le bitume, sans même une couverture pour le recouvrir.
Ou alors un gentil pompier lui aura mis une couverture, que je n'aurais pas vue, avec ma vision trouble.

    Voilà, j'ai connu mon histoire pas drôle du SMUR.
J'espère que ce sera la seule...
Je n'ai pas assez de force pour en voir d'autres. Pas assez d'expérience, pas assez de bouteille pour pouvoir rire de ces situations. Je sais que c'est une profession difficile, où le recul est nécessaire, et la dérision une arme incontournable.
N'empêche, j'y arrive pas toujours.

Posté par docmarie à 17:22 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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19 février 2009

Cool Raoul...

    Journée entière de 24h, au SMUR d'une part, et aux urgences d'autre part.
   
    Pas un seul coup de fil du SAMU, donc aucune sortie pour la journée ! Je n'avais jamais connu une période aussi calme au SMUR... ça fait du bien. La journée a paru longue par moments, mais finalement, je me suis bien reposée avant ma garde aux urgences.

    Pas un seul patient entre 2h et 6h30 du matin ! Hallucinant, je n'avais jamais vu cela aux urgences ! Résultat, une nuit quasi normale, sans être surchargé de travail.
Seul hic : réveil pour un constat de décès, avec obligation de prévenir le fils du patient... gloups... N'ayant jamais fait cela, ce n'était pas très évident.
Difficile de trouver les mots, difficile d'appréhender les réactions du fils, en sachant que je ne connaissais pas son père et que je n'ai pas pu trop le rassurer.
J'ai essayé de m'imaginer à sa place, tentant de me demander ce que j'aimerais que le médecin à l'autre bout du fil me dise.
Devient-on meilleur dans ce genre de circonstances avec l'expérience ? Pas sûr.

    Des 24h comme celles-ci, j'achète de nouveau, quand vous voulez !

Posté par docmarie à 12:41 - Vie hospitalière - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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12 février 2009

Mr Cafard

    Mon expérience au SMUR me permet d'appréhender la médecine différemment. On entre au sein de l'intimité des gens, chez eux, dans leurs murs, dans leur vie.
C'est une prise en charge pré-hospitalière, avec quelques aides techniques mais qui restent limitées : pas de labo pour avoir une troponine en urgence par exemple, pas de plateau technique radiologique pour un scanner ou une radio...
C'est un exercice qui me rapproche un peu de la médecine de ville, où le principal tient dans l'interrogatoire et l'examen clinique policier.

    Quelques exemples, juste pour voir...

    Appel pour une fausse route dans un grand restaurant connu pour servir de très bonnes (et énormes) viandes. A notre arrivée, la patiente va super bien, elle est toute rose et respire normalement. Son mari n'a pas hésité à plonger au fond de sa gorge pour retirer l'imposant morceau de viande qui n'avait rien à faire là.
Le serveur du restaurant est venu me demander quoi faire s'il avait un client qui s'étouffait à nouveau...
Je pense qu'une formation serait nécessaire pour les serveurs de ce genre de restaurant !

    Une douleur thoracique atypique avec une dyspnée de repos chez un monsieur de 58 ans qui en fait facilement 10 de plus, et absolument pas suivi sur le point médical. Il doit présenter tous les facteurs de risque cardio-vasculaire du monde, mais a priori non connus ni suivis.
Il refuse initialement toute prise en charge médicale, mais revient sur sa décision, quand il constate, piteux, qu'il n'arrive même pas à se relever tout seul du canapé à cause de ses difficultés respiratoires.
Dans le camion, chacun y est allé de son point de vue : infection pulmonaire, insuffisance cardiaque, embolie pulmonaire, néoplasie pulmonaire...
Un loto totalement morbide !

    Et enfin, notre grand gagnant (pour l'instant en tout cas) :
Appel pour des difficultés respiratoires chez un papi de 84 ans, dans un immeuble en face de l'hôpital. Les pompiers sont déjà sur place, et demandent néanmoins une aide médicale mobile, plutôt que de prendre le risque d'amener eux-mêmes le patient.
Nous arrivons dans un quartier assez populaire, dans un immeuble peu entretenu.
Le pire est à venir.
Nous montons au 3e étage et pénétrons dans l'appartement du patient.
Direction la chambre du monsieur pour l'examiner et le prendre en charge rapidement.
Je me concentre tout d'abord sur le patient, et l'observe pour me faire une idée première sur la gravité clinique. Il est déjà sous oxygène depuis l'arrivée des pompiers, mais a toujours du mal à respirer. Il tire et lutte, il est polypnéique et en sueurs.
On tente de l'assoir pour l'aider à mieux respirer, et c'est à ce moment que je le voie. Un énorme cafard qui se promène sur le matelas du patient, pour disparaître sous son oreiller.
...
Et là, je prends conscience de l'environnement du patient.
Hallucinant.
Indescriptible.
Moi-même, il m'arrive de ne pas ranger mon appartement, ou d'avoir un peu de bordel qui traîne. Mais là ! Sans vouloir juger, il n'y avait aucune hygiène dans ce logement.

    Après cette vision intéressante, disons que la suite de l'examen clinique a été... difficile.
Quoi qu'il en soit, direction les urgences pour essayer de bien soigner le patient, et de probablement entamer un processus de placement.

    C'est parfois gênant d'entrer dans la vie des gens comme ça... et parfois très bizarre.

Posté par docmarie à 19:07 - Exercice quotidien - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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06 février 2009

SMURiste stagiaire

    Me voici propulsée dans un nouveau monde, dans une nouvelle manière de faire de la médecine. Une médecine d'urgence de proximité... le SMUR !

    Me voici tout de blanc vêtue, avec ma polaire blanche parce qu'il fait froid dehors au mois de février. Un manteau jaune et orange flash sur le dos, histoire de bien me faire remarquer !

    Me voici confrontée à de nouveaux problèmes de prise en charge médicale, une toute autre médecine que je découvre. C'est... passionnant.
On vit au rythme des appels, chaque jour ne ressemble en rien au précédent.
On appréhende différemment les choses, on part à toute vitesse toute sirène hurlante vers une adresse donnée par téléphone avec quelques renseignements médicaux : une douleur thoracique, un pendu, une dyspnée...
Et le reste ? On découvrira tout cela sur place.
On pénètre chez les gens, au sein de leur vie, de leur intimité, de leurs souvenirs. C'est parfois dérangeant, j'ai l'impression qu'on déboule tous avec nos gros sabots, comme des éléphants dans un magasin de porcelaine...

    Me voici trimbalée à l'arrière du camion, essayant désespérément de m'accrocher et de ne pas vomir...
La première fois que je suis montée et que la sirène a retenti, j'ai vu le regard des gens dans la rue ou dans les voitures qui nous laissaient passer. Un regard de profond respect, d'admiration, et parfois de peur. Comme si on représentait des super-héros, ceux qui volent au secours des gens en détresse...
C'était curieux, et j'avais l'impression de voler la vedette. Moi ! Moi considérée comme une super-woman ?
Pas possible.
Je suis stagiaire, je suis médecin stagiaire du SMUR... Je trouve que ma place est dure à trouver, au sein de ces équipes aguerries qui travaillent dans ces conditions si particulières depuis longtemps. Mon rôle se restreint pour l'instant à observer... Je ne connais pas les habitudes, je ne connais pas le matériel, je ne connais pas encore tous les membres des équipes du SMUR, donc j'observe. Mon rôle se restreint à mes yeux.
Comment réussir à se retrouver dans le regard si profond des gens ?

    C'est une expérience fabuleuse, et je conseille à ceux qui ont le choix de le faire.
Juste pour quelques jours, histoire de se sentir comme un super-héros.

Posté par docmarie à 12:50 - Exercice quotidien - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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