L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

30 mars 2009

Choix de stage, deuxième partie

    Aujourd'hui, moment très stressant et très angoissant pour tout étudiant en médecine, qu'il soit externe ou interne : le fameux choix de stage hospitalier.
Déjà, pour mes stages d'externat, j'arrivais à me ronger les sangs sur mon futur terrain professionnel, alors que j'étais loin de jouer ma vie et mon avenir... Et pourtant, j'ai réussi à avoir toujours ce qui m'intéressait, ou presque toujours.

    Pour mon premier stage, je suis ravie et ne regrette absolument pas mon choix. Évidemment, avant de choisir, j'étais super angoissée, alors que j'avais préparé une liste infinie de stages par ordre de préférence !
Aucun regret pour mon stage d'urgence.

    Et me revoici aujourd'hui, sortant d'une garde atroce où je n'ai pas fermé l'oeil une minute, pour de nouveau aller m'enfermer dans les sous-sols de la DRASS pour choisir mon deuxième semestre.
Rien qu'à entrer dans la salle, on sent une tension indescriptible, comme si chacun jouait sa vie lors de ce choix.
En même temps, on pensait avoir plus de choix, ou du moins, plus de postes dans certains stages. Les semestres avant nous ont choisi probablement les stages les plus intéressants, et nous, jeunes semestres tout neufs et tout stressés, nous prions pour que ceux classés avant nous choisissent un terrain de stage à l'autre bout de l'île de France...
D'ailleurs, j'ai été étonnée et agréablement surprise de constater que ce ne sont pas toujours les stages de Paris intra-muros qui partent en premier. Pour ma part, chacun connaît mon avis, depuis que j'ai goûté aux hopîtaux périphériques !

    C'est un moment particulier de nos études, ce choix de stage. C'est comme une gigantesque loterie, un immense loto, où chacun note fébrilement sur ses cahiers le stage qui vient d'être choisi.
On barre les stages où tout a été pris, on diminue les postes dans les autres stages, et surtout, on continue de prier irrationnellement pour celui qu'on vise comme le messie soit boudé par l'ensemble de nos collègues.
   C'est étrange, parce que dans 90% des cas, les gens sont heureux de leur stage. J'ai toujours été convaincue qu'une évaluation de stage ne dépend que des étudiants qui y ont été, et que c'est nous en y allant, qui fabriquons nous-mêmes l'ambiance et le sentiment d'être bien dans ce stage. Il suffit d'un zeste de motivation, agrémenté de bonne humeur et saupoudré de bonne volonté...

    Un loterie qui décide un peu de nos avenirs, de nos vies. Certes, les stages se valent à quelques détails près, mais je me plais à croire qu'une rencontre dans un stage peut encore bouleverser nos jeunes carrières. Un gériatre passionné par ses patients, un infectiologue amoureux de ses microbes, un urgentiste toujours d'attaque, un nutritionniste motivé...
J'ai la chance d'avoir une panoplie de spécialisations devant moi, et je dois avouer que certains jours, je me pose sérieusement la question de compléter ma formation de généraliste afin de faire plusieurs carrières dans ma vie.
Bien-sûr, mon premier amour vers lequel je reviendrai éternellement est la médecine ambulatoire, en cabinet. Mais pourquoi ne pas vivre plusieurs vies ? Quelques années urgentiste ? Ou alors ajouter un peu d'infectieux à mon bagage médical ? Ou plein de choses encore...

    C'est finalement un pari de choisir tel ou tel stage. Cet instant à la fois redouté et tant attendu nous permet de partir à la découverte d'un nouvel hôpital, de nouvelles équipes, de nouvelles pratiques médicales, et pourquoi pas, d'un nouvel avenir.
Le stress est ainsi de mise !
Je croise les doigts...

15 mars 2009

... ou avec !

    Journée plus marquante, parce que j'étais avec. Avec de la motivation, de l'assurance et de l'envie.

    Un jeune homme d'à peine cinquante ans qui vient parce qu'il a une douleur thoracique atypique qui est en cours d'exploration par son médecin traitant, qui lui a fait faire une prise de sang qui est normale, et qui tente de le soigner avec des médicaments protecteurs gastriques. Déjà, ce genre d'histoire atypique me met systématiquement la puce à l'oreille. On m'a bien appris que les gens ne se présentent jamais avec la clinique typique qu'on nous rabache dans les bouquins, donc je sais qu'il faut se méfier de tout !

    Là, le gentil monsieur est amené par les pompiers pour malaise. Juste au moment où je m'apprête à entrer dans le box pour l'interroger et l'examiner, un autre patient est amené au déchocage. Ce monsieur-là est un vrai schtroumpf, il est tout bleu. Branle-bas de combat au déchoc, toute l'équipe est avec lui pour le bilanter, le perfuser, l'oxygéner, appeler le réanimateur...   

    Je m'éclipse discrètement pour aller voir mon patient. Après tout, ce n'est pas moi qui gère la déchoc, donc je ne vais pas négliger mon travail juste pour assister à la résurrection d'un schtroumpf.. J'arrive à capter une infirmière au passage pour qu'elle m'aide à faire son ECG, puis à le piquer pour un bilan.

    J'interroge le monsieur au fur et à mesure qu'on le déshabille et qu'on lui colle des patchs pour lui faire l'électro.Déjà, tout commence à se préciser : il a fait une syncope à l'emporte-pièce.Tilt. Mon alarme personnelle s'allume immédiatement. Il va falloir que je sois concentrée sur son tracé d'électro. Puis, il me raconte un peu plus précisément sa douleur qu'il traîne depuis 10 jours. C'est assez atypique, mais ça ressemble méchamment à une douleur coronarienne.

    Silence. On enregistre son électrocardiogramme. Tilt !! Tilt !!Y'a vraiment des ondes qui ne me plaisent pas sur votre tracé, cher monsieur...

Je bredouille avoir besoin de matériel pour sortir vivement faxer ce tracé au cardiologue. Je capte l'infirmière aupassage pour lui demander de bilanter rapidement le patient. Sauf que, manque de bol, on l'appelle au déchoc pour aider à soigner Mr Schtroumpf.

Je dois sûrement manquer d'assurance parfois, voire même souvent, mais là j'ai haussé le ton pour lui faire comprendre que le patient dans le box, qui n'est pas bleu, doit néanmoins être pris en charge rapidement. Je devais peut-être avoir un air un peu paniqué, parce qu'elle s'est arrêtée, m'a fixée, puis est retournée dans le box pour prélever le patient. J'entre au déchoc pour trouver mon chef et lui montrer le tracé. Sa réaction ne se fait pas attendre, et je lui explique que j'ai déjà mis le cardiologue et une infirmière sur le coup. Il me regarde, amusé.

    J'appelle le cardiologue, qui me dit d'accompagner le patient en USIC. Au milieu du brouhaha des urgences, je tente d'expliquer ce qu'il en est au patient, histoire de le rassurer un minimum. Je n'aimerais pas être à sa place. Il consulte pour un malaise et une douleur qu'il traîne depuis plusieurs jours, et soudain il se retrouve au milieu d'une effervescence et d'un bordel sans nom. 

    Effectivement, le patient passera sur la table de coronarographie dans l'heure.   

    Et moi, même si le cheminement était facile, et que tout le monde aurait fait la même chose, cette histoire m'a rendu heureuse de faire ce si beau métier, et utile concrètement, parce que j'ai vraiment le sentiment d'avoir rendu service au patient. Ce n'était pas forcément gagné, car cette urgence est arrivée en même temps que Mr Schtroumpf... Lequel des deux patients gérer en premier ? Heureusement que nous disposons d'une super équipe très compétente, car on a pu prendre en charge les deux urgences de la matinée parallèlement.   

   Sentiment d'utilité, de plénitude, de bonheur quoi. Je fais un beau métier finalement.

Posté par docmarie à 20:54 - Exercice quotidien - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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10 mars 2009

Journée sans...

    Y'a des journées avec et des journées sans. Aujourd'hui, c'était...sans.
Sans quoi...
Sans envie, sans motivation ?
Ou alors sans recul, sans professionnalisme ?
Ou juste sans... ça me plaît mieux, ça.
Sans moi, tout simplement.

    C'est difficile de rester toujours constant dans son métier, d'être toujours au top, et toujours efficace. Toujours plein d'entrain...
Pas aujourd'hui.
Rien de particulier pourtant... juste des accumulations, des difficultés que je rencontre chaque jour.
Aujourd'hui pas de patience. Juste de l'absence.

    Le coup de grâce.
Une petite mamie que j'ai pris en charge depuis tôt dans la matinée.
Elle vient pour une douleur basithoracique gauche débutée à 6h ce matin, sans facteur déclenchant, sans irradiation, sans signe associé... sa douleur est comme un coup de poignard, dure quelques secondes puis cède spontanément. Et recommence quelques minutes plus tard.
Elle a rapporté un ECG fait l'an dernier, et celui réalisé aux urgences lui est superposable.
Ok, donc on est parti pour un bilan sanguin, une radio de thorax, et puis on va essayer de soulager sa douleur.
On commence... test au natispray ? Négatif.
Antalgiques usuels ? Négatif.
Gastroprotecteurs ? Négatif.
Anti-inflammatoires ? Négatif.
On passe à la case "chef".
Il reprend tout le bilan sanguin de la patiente, qui est revenu normal, et attrape sa radio de thorax.

    Il la regarde longuement au négatoscope.
Je montre l'endroit précis de sa douleur sur la radio.
Et c'est alors que je vois cette forme bizarre, arrondie, énorme.
Tellement énorme que je ne l'ai pas vue la première fois que j'ai regardé la radio.
Tellement énorme que j'ai l'impression de ne voir plus qu'elle à présent.
Tellement énorme que ma sonnette d'alarme se met à retentir dans ma tête... puis s'arrête, comme pour me dire que, quelque part, c'est trop tard.

    On part en radio pour montrer cette fameuse radio et cette fameuse forme arrondie qui a l'air d'être dépendante de l'aorte.
Suspicion d'anevrysme aortique.
Tellement énorme qu'on dirait un ballon.
Tellement énorme qu'on dirait un ballon prêt à exploser.

    Un scanner thoracique est demandé.
Ma patiente va bien, elle a une bonne tension, elle se plaint juste de la persistance de sa douleur.
Je me sens comme dans un état second, je m'en veux, je suis en colère contre moi-même.
Putain, j'ai failli passer à côté d'un truc super grave. Elle aurait rompu son anevrysme, elle y serait restée dans la minute.
Je me sens comme dans une bulle, mais mal à l'aise.
Je dois expliquer à ma patiente et à sa fille la suite des évènements, et ce fameux scanner qu'il faut passer.
Je n'ose pas leur dire que je n'ai pas vu tout de suite cet énorme ballon sur la radio.

    Puis je ne tiens plus. Il faut que je sorte, il faut que je fasse une pause, il faut que je me réajuste.
Je dois pleurer.
Je pars pleurer.
Puis ça passe. Je souffle une fois, deux fois, trois fois.
Merde, je ne vais pas baisser les bras comme ça. Ma patiente va bien, je lui ai fait perdre au maximum 2 heures dans la prise en charge hypothétique de son anevrysme. C'est peut-être, tout simplement, une découverte fortuite, et sa douleur est secondaire à autre chose...
J'ai d'autres patients, assez graves, à gérer. Je ne peux pas les laisser livrés à eux-mêmes, il faut que j'avance leur situation, tout en restant attentive à chaque détail. Surtout la radio de thorax.

    L'équipe de mon hôpital est géniale. Mon infirmière préférée a lu sur ma tête et dans mon départ précipité pour m'isoler que ça ne va pas.
Mon chef l'a remarqué aussi.
Ils me demandent comment ça va... et me rassurent. Ils me répètent que je suis interne de premier semestre, je suis là pour apprendre. Personne ne peut m'en vouloir de passer à côté de quelque chose, j'ai toujours un chef avec moi, qui est là pour me rattraper...

    Le scanner montrera simplement une hernie hiatale. Aucune trace d'anevrysme.
Indescriptible soulagement.
Mais énorme leçon pour moi : toujours regarder deux fois la radio de thorax... ^^


   

Posté par docmarie à 21:59 - Exercice quotidien - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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08 mars 2009

Retour aux urgences

    Après mon passage mémorable au SMUR, me revoici de retour aux urgences.
C'est marrant, parce qu'au tout début du stage, j'étais un peu stressée d'être "aux urgences" : c'est vrai, je devais être capable de gérer n'importe quel patient arrivant dans le service pour n'importe quelle urgence, qu'elle soit cardiologique, pneumologique, ou neurologique...
Et puis j'ai découvert petit à petit qu'il y a essentiellement des consultations de médecine de ville, et pas seulement des vraies urgences vitales que je me voyais déjà en train de soigner.
Et puis je suis passée au SMUR... et là ! J'ai encore relativisé. Arriver en premier lieu au domicile des gens, les prendre en charge puis secondairement, les emmener aux urgences...

    J'ai pris de la bouteille en 4 mois, finalement...
Mais je ne suis pas mécontente d'être revenue aux urgences de médecine. Je m'y sens bien...

    Le SMUR. Expérience qui m'a marquée.
Expérience que j'avais néanmoins envie de faire, au moins une fois dans ma vie.
Expérience finie, et qui je pense, ne sera jamais renouvelée...
C'est super formateur, super intéressant et fondamental, ne serait-ce que pour chaque médecin qui se destine à une pratique de ville, car il peut à tout moment de sa carrière être confronté à une situation d'urgence. C'est fondamental de connaître certains gestes, certaines pratiques, et surtout, savoir que l'on n'est jamais seul. Il y a toujours le 15, avec un confrère au bout du fil qui peut nous conseiller, ou nous envoyer de l'aide.

   J'avance... petit à petit, mais j'avance.

Posté par docmarie à 20:10 - Exercice quotidien - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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