L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

29 avril 2009

Progrès

    Journée galère aux urgences...

    Tout commence avec les patients transmis de la nuit, qu'il faut de nouveau gérer du début. Réinterroger, réexaminer, réévaluer les examens complémentaires et compléter.
Ensuite, les patients lourds de la salle de déchocage, qu'il faut prendre en charge de A à Z.
Et enfin, tous les nouveaux qui viennent d'arriver !

    Etant donné qu'un des chefs et ma co-interne s'occupent de la déchoc, et que l'autre chef s'occupe des gens à revoir, il ne reste que moi et mes minuscules épaules pour gérer la vague de fous furieux qui déboulent aux urgences pour des motifs divers et variés.
Et aujourd'hui, les gens s'étaient donné le mot pour tomber malade en même temps.
C'était super hard...

    J'ai tourné à 8 patients d'un coup, et honnêtement mon sourire avait perdu pas mal de son ampleur.
Et c'est à ce moment que mon chef me demande comment je gère.
Mmmmh super bien, pourquoi ? J'adore gérer seule l'effervescence des urgences !
Là, il me rappelle ce qu'il m'avait dit au début du stage. Comme quoi au début je suis censée galérer, et tourner avec 2 patients ou 3 maximum. Je suis limite obligée de me sentir dépassée au début. Puis je dois évoluer progressivement, jusqu'à arriver à jongler avec 5-6 patients en même temps.

    Il était tout content de me ressortir ça. Genre avec un petit pincement au coeur. Genre tout ému de constater que sa prédiction se révélait vraie, et qu'il était ne serait-ce qu'un peu fier de moi.
Au moins, ça m'a remonté le moral.

    On progresse, lentement mais sûrement !

Posté par docmarie à 21:31 - Exercice quotidien - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 avril 2009

Ambiance nocturne

    J'aime bien l'ambiance des urgences la nuit. Peut-être que je dis ça parce que je connais le fonctionnement du service le jour.
La nuit, tout devient différent.
Au changement d'équipe à 19h, on sent un vent nouveau.
C'est la nuit.

    Ce n'est pas que ça se calme, parfois loin de là. C'est juste que l'atmosphère est plus apaisante. A une certaine heure, tout devient moins dense.
Comme si tout se ralentissait soudainement.
Les heures passent, les patients sont fatigués tout comme l'équipe soignante, les gens baillent. On m'excusera même de m'assoir dans le box pour interroger mon patient, parce qu'à partir d'un certain moment, je suis un peu à côté de mes pompes.
Tout devient plus intimiste.
Il y a de moins en moins de bruit.
On va installer les patients qui restent pour la nuit dans des box libres, en éteignant la lumière, histoire qu'ils puissent bénéficier d'un minimum de repos.

    C'est très crevant d'enchaîner 24h, mais chaque nuit je me fais la même réflexion : je comprends les infirmières qui ne souhaitent bosser que la nuit.
Tout change... Je n'arrive pas à trouver les mots exacts, mais c'est toute une atmosphère, tout un univers qui se révèle différent du jour.

    Quand je traverse les couloirs déserts de l'hôpital pour aller donner un avis, ou pour faire un constat de décès, c'est à cet instant précis que je sens à quel point tout diffère.
Personne.
Je n'entends que mes propres pas, qui viennent atténuer ce silence.
La nuit emplit les baies vitrées, et quelques étoiles semblent éclairer les voitures garées sur le parking.
Un sentiment d'importance vient tout à coup : je suis l'un des médecins de la nuit. Si mon chef dort, et que mon co-interne est également parti se coucher, je me sens utile.
Bon, certes, je mets de côté un instant mes collègues de chirurgie et de réa, mais bon, ce ne sont pas eux qu'on appelle en premier dans les services...

    J'ai acquis de l'expérience en 6 mois, et peut-être même ai-je un peu plus confiance en moi. Je me demande néanmoins toujours si je peux paraître crédible auprès des patients, des familles, des équipes soignantes...

    Dans une semaine, je serais interne de 2e semestre.
Je découvrirai une nouvelle ambiance de nuit, dans un autre hôpital.
J'ai l'impression que je retrouverai le même sentiment agréable que j'ai ressenti toutes les nuits où j'ai bossé.
Comme si le temps s'arrêtait, et que tout devenait plus léger.
Comme dans du coton.

   

Posté par docmarie à 15:09 - Vie hospitalière - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 avril 2009

Une pause

    Une pause, un break. J'en avais bien besoin...
4 jours sans voir l'hôpital !
J'ai fait un million d'autre chose que j'avais prévu de faire depuis si longtemps !
Du rangement, de la cuisine, du sport, de la bronzette... appeler mon nouveau chef de service aussi, qui désire me rencontrer avant le début de mon stage.

    Retour aux urgences demain pour 24h...
J'ai fait des cookies pour me remonter le moral !
^^

Posté par docmarie à 20:35 - Ma vie à côté de la médecine - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

17 avril 2009

Snif, ça sent la fin...

    Plus que 2 semaines et j'aurais validé mon premier semestre.
Plus que 2 semaines et je quitterais ce stage... où j'ai fait mon petit nid douillet dans lequel je me suis tranquillement installée, et que je vais devoir abandonner pour en former un nouveau dans un nouveau service, avec une nouvelle équipe, une nouvelle ambiance...
Tout est à refaire, tout est à reconquérir.
C'est marrant comme challenge, mais flippant.
Et j'ai pas envie de quitter cette ambiance et cette équipe à laquelle je me suis finalement tant attachée.

    Mais... ça sent la fin.
Evaluation par le chef de service.
Ce point-là annonce définitivement la fin du stage.
Des points positifs de sa part, et des points positifs de ma part. Très peu de choses à redire, même s'il y a sûrement des détails à changer afin que tout fonctionne parfaitement.
De mon regard à moi, je ne trouve que quelques infimes minuscules points à revoir.
Il me félicite, et me lit l'évaluation faite par mes chefs.
C'est sympa, et ça me fait chaud au coeur. Je me dis que tout a été réciproque, on a tous apprécié travailler avec les uns et les autres.
Un mot revient souvent dans les commentaires de mes chefs : "souriante". C'est con, mais ça me fait plaisir. C'est toujours plus sympa de bosser dans une ambiance détendue. En tout cas, moi j'aime bien.

    Je sors ce matin-même d'une garde... comment dire... assez calme point de vue patient, mais très agitée point de vue personnel des urgences.
C'était la dernière garde de mon co-interne, et les infirmières ont monté un complot contre nous. Vol de matelas, bataille de serum phy dans toutes les urgences...
On a bien rigolé. Pas trop dormi, mais en tout cas bien rigolé.
C'était très cool, bonne ambiance et bonne humeur.

     Snif...

Posté par docmarie à 12:03 - Vie hospitalière - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

08 avril 2009

Injustice

   Les urgences pédiatriques sont à côté des urgences adulte. La salle de déchocage sert à la fois pour la médecine, la chirurgie et la pédiatrie, même si la plupart du temps, c'est la médecine qui l'emporte.

    Je suis en train de rédiger une observation dans le poste de soin, quand mon co-interne qui sort du déchoc me dit : "oh là là, y'a une gamine au déchoc, ils sont en train de la masser".
Mmmh ok, je vais éviter d'entrer au déchoc durant les prochaines minutes. Il y a toujours trop de monde pendant une réanimation, et je n'imagine même pas le nombre de personne lors d'une réanimation pédiatrique.
Aucune envie d'assister à cela, ce doit être assez difficile.

    J'entends au fur et à mesure des gens qui sortent du déchoc la suite des évènements. Les chefs de médecine sont venus aider les pédiatres, qui semblent impuissants face à cette gamine. Elle a 2 ans, elle est amenée par ses parents pour asthénie depuis 3 jours.
Puis soudain, elle somnole puis arrêt cardio-respiratoire.
Les pédiatres sont dubitatifs, et tentent de comprendre ce qui a bien pu se passer.
La réanimation s'éternise.
La tension est à son comble au déchoc. L'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale tente le tout pour le tout... personne ne comprend pourquoi cette fillette sombre petit à petit vers la mort, et surtout personne ne veut arrêter la réanimation. L'espoir persistera jusqu'au bout.

    On arrête la réanimation. Il faut prévenir les parents, et discuter avec eux. Pour comprendre ce qu'il s'est passé, on a besoin d'explorations port-mortem.
Je n'ose imaginer l'état des parents. Rien ne laissait présager cette mort subite.

   Au bout d'une heure, je suis forcée de rentrer au déchoc. Je vois l'ensemble de l'équipe effondrée, réunie autour de ce petit corps inerte pour lequel tout le monde s'est battu.

    Le scanner cérébral montrera une grosse tumeur maligne de la fosse postérieure. Rien n'aurait pu la sauver, du moins à long terme. Aucun signe ne pouvait laisser apercevoir ce sombre pronostic.
Je suis limite soulagée qu'on ait découvert quelque chose qui explique le décès de l'enfant. C'est un sentiment inavouable, mais j'ai quand même l'impression que ça permet de comprendre. Pour la famille, et aussi pour les soignants.
Personne ne pouvait prévoir, personne n'a eu tort, personne n'a mal agi.

    Mais tout le monde en est sorti marqué au fer rouge.
Une réanimation pédiatrique, c'est rare. Pourvu que je n'en voie plus jamais.

Posté par docmarie à 13:14 - Exercice quotidien - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

05 avril 2009

Rester jeune... sinon rien

    C'est hallucinant de constater qu'on raye nos vieux de notre société.
Le pire patient qu'on peut recevoir aux urgences, c'est une personne âgée qui vient pour "altération de l'état général", c'est à dire en gros pour un placement.
Le médecin traitant n'a généralement plus le choix pour "sauver" la personne qui désire plus que tout au monde rester voire mourir chez elle, alors qu'elle ne peut plus subvenir à ses propres besoins même les plus basiques. Il adresse donc un courrier pour le gentil interne des urgences, en ajoutant parfois un symptôme, une fièvre, une confusion... ou une altération de l'état général.

    Vaste question.
Le processus hospitalier commence donc.
Le passage aux urgences, qui dure des heures, assis sur un brancard inconfortable, au milieu du couloir, entre un jeune qui se tord de douleur pour une colique néphrétique et un autre psychotique qui se masturbe tranquillement devant tout le monde.
Un interne qui tente de raccourcir au plus ce transit dans ce monde de fou, et qui se cogne aux dures lois de la réalité des services hospitaliers : plus de 75 ans, c'est foutu.
Aucun service n'a envie de collectionner des centenaires, parce qu'après, c'est la croix la bannière pour trouver un soin de suite, une maison de retraite, ou encore un centre de convalescence. Trop de vieux tue le vieux.

    T'es vieux, t'es grabataire, déjà tu pars mal. Si t'es au chaud dans ta maison de retraite, c'est déjà ça.
T'es vieux, t'es grabataire, et en plus tu te tapes un AVC hémorragique à 98 ans... t'es bon à foutre à la poubelle.
Tout le monde s'en tape qu'en fait tu ne sois pas vraiment grabataire, et que t'arrivais encore à marcher seul en déambulateur. Tout le monde s'en tape que t'étais encore à peu près lucide, et que la démence t'avait pour l'instant épargné.
Tout le monde s'en tape, parce que ton âge et ton diagnostic parlent pour toi : 98 ans, AVC. Point.
T'es foutu. Personne ne te massera si tu fais l'arrêt, pas d'acharnement. Ce que je peux comprendre.
Ce que je n'arrive toujours pas à avaler, c'est le fait qu'on ne te donne pas la chance et le droit de monter dans une chambre et d'être hospitalisé comme toute autre personne de moins de 98 ans qui fait un AVC.
Toi, on te met dans le couloir et on attend que tu crèves.

    Culte de la jeunesse au sein d'une société qui se gérontolise, qui vieillit de plus en plus.
C'est pas juste.
Pas d'acharnement, ça non. Mais juste de la considération et du respect pour nos vieux.
Juste un minimum.


Posté par docmarie à 21:27 - Exercice quotidien - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,



« Accueil  1