L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

11 mai 2009

C'est la vie...

    Une semaine pour se déshabituer des vieilles habitudes, et s'habituer en moins de deux à de nouvelles.
Et finalement on prend rapidement le pli.
Nouvelles têtes, nouveau rythme... cool...

    Punaise, que ça change des urgences ! Tout est lent, on prend son temps, on réfléchit, on se pose, on discute, on hypothèse, on tente, on teste, on examine, on rediscute, on se repose, on reréfléchit...
Oh, il pourrait sortir lui... mais non, attends, il y a un week-end de 3 jours, on ne va pas faire sortir les gens tout de même... ça ferait trop de boulot pour le personnel d'astreinte...

    Mauvaise langue. Parce que ça me plaît de changer d'endroit, de voir et découvrir une nouvelle façon de bosser. C'est hyper enrichissant pour moi, future généraliste. Et c'est plaisant d'avoir du temps pour se poser, pour réfléchir à la prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients. On a le temps de discuter, de retourner le problème dans tous les sens.
Le lendemain, je retrouve les mêmes patients, je les connais et eux aussi ils me connaissent. Bon, je ne suis pas sûre qu'ils aient tous compris que j'étais le docteur mais bon... ^^
Je suis plus sereine, je sais que même si j'arrive crevée le matin, personne ne m'agressera pour me dépêcher.
J'ai le temps...

    Des patients variés, des diagnostics qui vont de la fameuse AEG, au bilan de chute, à la sciatique hyperalgique, et même au mélanome métastatique. De tout et de rien ! De la psy, de l'ortho, de la rhumato, de l'infectieux, de la cardio...
Je renoue avec ma passion première qui est la médecine générale : tout et rien. Ne pas se limiter à la seule prise en charge urgente, mais pourvoir se poser et réfléchir comme avant. Revoir des maladies et des traitements oubliés, réviser des pathologies que j'ai enfouies au plus profond de mon cerveau, et tout cela avec un café à la main, parce qu'il ne faut pas déconner, hein, on a le temps après tout.

    Des gens qui me touchent aussi. Un patient en particulier, que je ne suis même pas sûre de retrouver le lendemain. Mon côté jeune semestre est ici visible, sans doute trop.
Je suis entière, du côté personnel, mais finalement aussi du côté professionnel. Sûrement dommageable pour moi, certainement marquant.
Ici, j'ai le temps de passer du temps avec mes patients. Discuter avec eux, apprendre à les connaître, essayer de les rassurer du mieux que je peux, alors que l'expression de mes yeux dévoile le contraire.
Non, vous n'allez pas bien, et non vous n'irez pas mieux. Même si ma voix tremblotante essaie de vous convaincre de l'opposé.
Je ne suis pas certaine que vous passerez une nuit supplémentaire, et me voilà submergée par de l'émotion.
Complètement débile de nous apprendre à être "empathique". Ne pas être sympathique ni antipathique avec le patient, il faut savoir être au milieu.
Bah non, moi je n'y arrive pas. Je ne peux pas être au milieu, le cul entre deux chaises, et garder une distance. Merde, on est aussi des êtres humains, on n'est pas des robots.

    C'est dur, finalement le stage dans un service de médecine.
Trop de contacts, trop de temps pour s'attacher, et au bout trop de déception. Comme si on n'avait pas réussi notre pari.
Pari sur la vie des gens. Sur leur mort, aussi. Thème si vaste...

    C'est la vie...


Posté par docmarie à 18:59 - Exercice quotidien - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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