L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

31 mai 2009

Un gros "merde"...

    En cette période difficile, je souhaite de tout coeur beaucoup de courage, de chance et de réussite à tous ceux qui passent l'ECN dans 3 jours...

    Je n'ose me rappeler l'état de stress dans lequel j'étais plongée quelques jours avant le jour J.
Je pense que j'étais sous une telle pression, qu'au final j'étais dans un état second et que j'étais limite sereine.
Bientôt la fin !
Bientôt la libération !
Bientôt l'été, avec ma récompense, qui était mon voyage à Dakar...

    Punaise, déjà un an que je suis partie en Afrique...

    Chers D4, je vous dis un grand "merde", et quoi qu'il se passe, sachez que vous serez heureux quoi que vous fassiez.
Croyez-moi.
Enfin du concret, enfin des responsabilités, enfin un vrai exercice de la médecine. On réfléchit devant le patient, et moins sur des bouquins et autres cas cliniques qu'on a rabâché sans cesse depuis des mois.
On se sent enfin impliqué dans la prise en charge des malades, les gens nous appellent "docteur" quand on entre dans la chambre...
On a trop souffert de pression, de stress, et autre en préparant l'ECN. On en a oublié l'essentiel : on veut devenir médecin. Et qu'on soit généraliste, pédiatre, chirurgien ou néphrologue, on fera de la médecine. On s'occupera de patients, on sauvera des vies, on apportera notre maigre participation pour faire avancer les choses.

Et n'oubliez pas qu'on a toujours le choix.

Enfin, partez à l'autre bout de la planète après ce fichu concours !

    Que Dieu soit avec vous, Inch'Allah !

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25 mai 2009

Merci pour la bonne année

    Mr A. est un patient que je suis depuis mon arrivée dans le service. Il est entré quelques jours avant que je ne sois là pour un AVC hémorragique sévère. Sévère dans le sens où le monsieur est quasi un légume quand je le rencontre.
Le scanner cérébral initial montre une hémorragie diffuse, sans pourtant effet de masse ni engagement.
Je m'en occupe assez vaguement les premiers jours, car on a plusieurs obligations : la visite du service, le planning des gardes à faire tous ensemble...
Mes visites auprès de lui se cantonnent au début à passer rapidement le voir, sans même l'examiner à fond.

    Le second jour du stage, je remarque qu'il a l'abdomen ballonné, et qu'a priori il n'a pas eu de selles depuis une semaine.
Autre grand combat pour les gens hospitalisés, après la fameuse IU, c'est la constipation.
On tente un premier lavement, qui ne donne rien.
Le patient ne semble pas en occlusion, il continue à manger et n'a pas de nausées. Les bruits hydro-aériques sont présents, et cliniquement il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
Je demande un ASP en urgence, et appelle l'interne de chir pour avoir un avis.

    Comme je suis de garde le soir-même, je fais la contre-visite.
L'interne de chir me dit que le patient n'est pas inquiétant, et qu'il faut poursuivre les lavements, et le surveiller de ce côté-là.
Point, pas grand-chose à faire.
Je récupère l'ASP en fin d'après-midi, bien-sûr. Il y a quelques niveaux... je m'empare du cliché et court après un chirurgien pour avoir aussi son avis. Pas de panique, juste une sonde naso-gastrique et attendre que tout sorte...

    Un scanner abdominal est demandé, mais dans mon hôpital, il faut attendre une date de rendez-vous. Ma chef précise que c'est assez urgent, et le radiologue lui promet d'essayer de le caser sur son planning archi complet le lendemain.
C'est sur ces dernières nouvelles que je descends aux urgences pour ma garde.

    A 23h30, alors que je pense à tout sauf à mon patient, j'ai un coup de fil de l'interne de radiologie, affolée.
Elle m'explique qu'un patient a eu un scanner abdominal à 20h, et que personne ne semble intéressé de récupérer les images, alors qu'il présente un volvulus colique avec une distension du sigmoïde de 10 cm !
Hum. J'ai été doublée par la radiologie qui a pris mon patient sans me tenir au courant...
Appel de l'interne de chir qui le passe au bloc dans la nuit.

    10 jours plus tard, le patient est retransféré dans mon service pour suite de prise en charge de son AVC. L'histoire du volvulus est réglé, il a eu une sigmoïdectomie, et les suites opératoires ont été simples.
Au point de vue neurologique, le patient a récupéré la marche, la force, et même un peu la parole.
Sauf que... ça coince encore au niveau de la cohérence de ses propos.
Il part à chaque question dans une envolée lyrique, où il m'explique qu'il aimerait "comprendre pourquoi les produits n'ont pas été stockés et analysés comme il l'aurait fallu, surtout au 3e étage, parce que lui, il a l'habitude des logiciels qui permettent de tout prendre en compte" ?
Hum ok. On va suivre ça de près, Mr A., ne vous inquiétez pas.

    Mais de jour en jour, il s'améliore. Il quitte peu à peu son état d'"aphasie de Wernicke" (mon brillant diagnostic d'apprentie neurologue), pour réussir à récupérer de la lucidité par moments.
Mon premier espoir tient à sa réponse correcte concernant son année de naissance.
Puis j'ai été récompensée par son prénom !

    Et ce matin ! Grand bond de progrès ! Il nous demande de faire entrer sa femme afin que nous puissions discuter tous ensemble.
Waow, ça devient cohérent tout ça.
Puis il nous explique qu'il s'inquiète, parce qu'il aimerait bien trouver une personne qui vienne lui poser des questions, noter les réponses et surtout lui raconter ce qu'il s'est passé.
Hum, ça tient encore la route.
Il nous confie être angoissé de l'avenir, et quand sa femme lui explique qu'il va rentrer à la maison, il demande une précision "où ?". Elle lui répond "chez nous", et il sourit en disant qu'enfin, c'était la réponse qu'il attendait.
Franchement, pas mal.

    Il va mieux cliniquement, et aussi radiologiquement : le scanner cérébral de contrôle montre une nette régression de l'hématome.

    On le quitte en lui promettant que oui, il va pouvoir rentrer à la maison dans les jours qui viennent.
Le repas du midi vient d'être servi, et on lui souhaite un bon appétit.
Il semble ému de la conversation qu'on vient d'avoir, et je sens qu'il se souviendra de ce moment. Peut-être même se souviendra-t-il de nous, 2 médecins parmi ceux qui se sont occupés de lui.
Et, les yeux brillants, il nous congédie en disant : "et merci pour la bonne année"...



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24 mai 2009

I.U.

    Une des bêtes noires des gens hospitalisés est la fameuse IU, comprenez infection urinaire.
C'est assez fréquent en ville chez les jeunes femmes, et également femmes plus âgées. Il y a eu bon nombre d'études cliniques rondement menées pour trouver le médicament miracle : le traitement minute. Pas besoin d'observance, juste une prise et hop ! on est guéri.
Sujet à débat, selon les équipes, selon les avis, selon les expériences.

    Bête noire encore plus sombre en milieu hospitalier, parce que plus on reste à l'hôpital - et ce pour n'importe quelle raison qu'elle soit orthopédique, pneumologique ou autre - et plus on risque de choper un petit microbe qui se balade dans le coin.
C'est prouvé.
Il y a plus de microbes - car beaucoup de concentration en un seul endroit - à l'hôpital.
Il y a plus de gens fragilisés d'un point de vue immunitaire ou plus globalement physique qui tentent de survivre à l'hôpital.
Donc, il y aurait plus d'infection urinaire à l'hôpital.

    Et c'est super chiant en pratique, parce qu'à chaque fois que j'envisage de faire sortir un patient, boum ! une infection urinaire.
Ce coup-là est encore arrivé ce matin, et ce n'est pas la première fois.
Mais où les patients laissent-ils traîner leurs fesses...

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14 mai 2009

Entre la vie et la mort

    Le corps médical est une profession qui se retrouve vite confrontée à la mort. Dès notre plus jeune âge dans le métier, on cotoie le côté obscur de la force.
C'est au début très choquant, on se retrouve révolté et impuissant face à cet ennemi invisible aux pleins pouvoirs.
Au fur et à mesure des combats perdus d'avance, on est censés prendre du recul et même être à la limite de l'indifférence.
Est-ce que tous les médecins arrivent à passer outre ? Faut-il prendre de la distance, jusqu'à paraître dénué de tout sentiment ?

    On nous serine durant nos études pour nous apprendre l'empathie. Ce fameux sentiment du milieu, entre la sympathie et l'antipathie. Comme s'il fallait être froid, et ne pas prendre parti.
NSPP. Ne se prononce pas.
Je réponds à vos questions, cher patient, et puis je ne mets aucune couleur, aucune émotion à travers mes mots. Je suis professionnelle.
Dans tous les cas, le patient nous voit comme tel. Nous sommes professionnels, nous sommes blouses blanches et nous n'avons pas le droit d'avoir des sentiments. Comme des robots. On est interdits de partager la peine ou la tristesse, on doit rester stoïque en toute circonstance, et ne jamais flancher.
Pas le droit.

    Mais ne sommes-nous pas avant tout humain ? Un humain reste un être faillible. Personne n'est parfait, tout le monde peut faire l'erreur de ne pas prendre assez de distance.
De ne pas arriver à se protéger.
De montrer une faille dans ses défenses personnelles. Surtout, ne pas se laisser submerger...

    Moi j'y arrive pas. Je me trouve trop sensible, trop proche de mes patients.
J'adore établir ce lien médecin-malade, cette relation si complexe et si enrichissante. Je pourrais même faire une thèse dessus, tellement ce sujet me passionne.
Tellement d'aspects différents, tant de sentiments qui se mélangent... Et on a beau dire, que c'est le médecin qui doit conduire l'interrogatoire, ou la consultation, mais je suis navrée de dire qu'une relation se construit à deux.
Le médecin s'adapte au patient, comme le patient s'adapte au médecin.
On a des réactions différents selon la personne que l'on a en face de soi. On a beau connaître la procédure, les fameuses recommandations de l'OMS, les traitements, et les choses à dire au patient, on n'aura pas la même façon de faire avec 2 personnes différents.
Notre propre histoire, notre sensibilité, notre ressenti face au patient... tout cela ne peut toujours être effacé.

    Je suis sûrement encore trop jeune pour réussir à mettre ma vie personnelle et mes propres ressentis de côté lorsque je suis avec un patient ou une famille.
Je trouve cela super dur.
Annoncer à un fils que son père ne va pas bien, et que son état est préoccupant.
On se cache derrière des mots qui sont utilisés par tout un chacun pour raconter la même chose : pronostic réservé, équipe inquiète, peu d'espoir, et que sais-je encore...
Et je ne parle même pas de la communication non verbale, avec nos regards, nos expressions, nos gestes.
Je suis persuadée que ma gestuelle et mes yeux trahissaient ma propre tristesse.
Le fils me fixait de ses yeux larmoyants, et j'essayais de tenir le coup et de parler, continuer à parler, pour le rassurer peut-être un peu, et pour me rassurer surtout.
Lui dire qu'on fait tout pour qu'il ne souffre pas.
Lui répéter qu'il a une maladie atroce, étendue à de nombreux organes, et qu'il n'y a plus grand-chose à faire.
Et puis recommencer, toujours parler, parce que j'ai l'étrange impression que si je m'arrête, il va pleurer.
Et s'il pleure, c'est clair que je n'arriverais pas à garder mon sang-froid, et je pleurerai avec lui.

    Mon patient est mort le lendemain matin, quasiment sous mes yeux.
Et bah ça m'a touchée.
A tel point, que je ne me suis pas sentie de l'annoncer moi-même à la famille, et j'ai demandé à ma chef de prendre le téléphone à ma place.

    C'est difficile d'être confronté à la mort, tôt dans nos vies et tous les jours.
Chacun se défend et se protège comme il peut. Je me demande si j'arriverais toujours à encaisser cette souffrance et cette tristesse. Si on peut s'y habituer et rester "empathique", froid et distant.
Ou si je pourrai garder mon humanité et mes sentiments, sans être effondrée à chaque mort de patient.
Sujet si vaste... qui dépend de chaque individualité.

    L'avenir me le dira.


11 mai 2009

C'est la vie...

    Une semaine pour se déshabituer des vieilles habitudes, et s'habituer en moins de deux à de nouvelles.
Et finalement on prend rapidement le pli.
Nouvelles têtes, nouveau rythme... cool...

    Punaise, que ça change des urgences ! Tout est lent, on prend son temps, on réfléchit, on se pose, on discute, on hypothèse, on tente, on teste, on examine, on rediscute, on se repose, on reréfléchit...
Oh, il pourrait sortir lui... mais non, attends, il y a un week-end de 3 jours, on ne va pas faire sortir les gens tout de même... ça ferait trop de boulot pour le personnel d'astreinte...

    Mauvaise langue. Parce que ça me plaît de changer d'endroit, de voir et découvrir une nouvelle façon de bosser. C'est hyper enrichissant pour moi, future généraliste. Et c'est plaisant d'avoir du temps pour se poser, pour réfléchir à la prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients. On a le temps de discuter, de retourner le problème dans tous les sens.
Le lendemain, je retrouve les mêmes patients, je les connais et eux aussi ils me connaissent. Bon, je ne suis pas sûre qu'ils aient tous compris que j'étais le docteur mais bon... ^^
Je suis plus sereine, je sais que même si j'arrive crevée le matin, personne ne m'agressera pour me dépêcher.
J'ai le temps...

    Des patients variés, des diagnostics qui vont de la fameuse AEG, au bilan de chute, à la sciatique hyperalgique, et même au mélanome métastatique. De tout et de rien ! De la psy, de l'ortho, de la rhumato, de l'infectieux, de la cardio...
Je renoue avec ma passion première qui est la médecine générale : tout et rien. Ne pas se limiter à la seule prise en charge urgente, mais pourvoir se poser et réfléchir comme avant. Revoir des maladies et des traitements oubliés, réviser des pathologies que j'ai enfouies au plus profond de mon cerveau, et tout cela avec un café à la main, parce qu'il ne faut pas déconner, hein, on a le temps après tout.

    Des gens qui me touchent aussi. Un patient en particulier, que je ne suis même pas sûre de retrouver le lendemain. Mon côté jeune semestre est ici visible, sans doute trop.
Je suis entière, du côté personnel, mais finalement aussi du côté professionnel. Sûrement dommageable pour moi, certainement marquant.
Ici, j'ai le temps de passer du temps avec mes patients. Discuter avec eux, apprendre à les connaître, essayer de les rassurer du mieux que je peux, alors que l'expression de mes yeux dévoile le contraire.
Non, vous n'allez pas bien, et non vous n'irez pas mieux. Même si ma voix tremblotante essaie de vous convaincre de l'opposé.
Je ne suis pas certaine que vous passerez une nuit supplémentaire, et me voilà submergée par de l'émotion.
Complètement débile de nous apprendre à être "empathique". Ne pas être sympathique ni antipathique avec le patient, il faut savoir être au milieu.
Bah non, moi je n'y arrive pas. Je ne peux pas être au milieu, le cul entre deux chaises, et garder une distance. Merde, on est aussi des êtres humains, on n'est pas des robots.

    C'est dur, finalement le stage dans un service de médecine.
Trop de contacts, trop de temps pour s'attacher, et au bout trop de déception. Comme si on n'avait pas réussi notre pari.
Pari sur la vie des gens. Sur leur mort, aussi. Thème si vaste...

    C'est la vie...


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04 mai 2009

Encore...

    Et c'est parti demain pour une 3e garde en 10 jours...

   ...

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03 mai 2009

Une page se tourne...

    ... et une nouvelle débute demain !

    Je suis très triste de quitter mon premier service, là où j'ai fait mes débuts d'interne. Et en même temps, je suis impatiente de découvrir une nouvelle équipe, une nouvelle façon de faire, un autre rythme, des nouveaux patients...

    Un retour aux sources. Un nouveau début, une nouvelle page qui s'ouvre devant moi, vierge, et qui ne demande qu'à être remplie jour après jour.
Il faudra s'acclimater au service, gagner la confiance et la sympathie de l'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale, découvrir les habitudes et les protocoles...
Tout refaire. Et ce sera la même chose tous les 6 mois. Un "reset" semestriel. Repartir du début à chaque fois, réussir à tout se mettre dans la poche, patients comme collègues.

    J'ai fini aux urgences vendredi matin. Ma dernière garde... très bon souvenir. Super ambiance avec l'équipe, avec laquelle on avait prévu une bouffe. Un pur moment de franche rigolade, au milieu des patients qui se demandaient pourquoi on n'arrêtait pas de se faire doucher... C'est sûr qu'un couloir d'urgence n'est pas un lieu approprié pour des jeux de cour de récréation !

    Et ce soir... plusieurs sentiments se mélangent. J'essaie de faire bonne figure, mais honnêtement je suis morte de flip. J'ai hâte aussi, je suis sûre que tout se passera bien mais... ça ne m'empêche pas d'appréhender fortement ce premier contact.
Que des nouvelles têtes, un nouvel environnement... et moi, qui arrive timidement avec mon minuscule bagage de 6 mois.
Tout le monde m'assure que mes gardes se passeront super bien, étant donné qu'après 6 mois aux urgences, je suis rôdée.
Mmmh oui, mais non. Je ne me sens absolument pas "rôdée", je me sens aussi nulle qu'au début. En fait, j'en sais rien.
Trop de sentiments qui s'entrechoquent dans ma petite tête...

    Un bon gros dodo s'impose pour avoir les idées claires demain.
On verra bien.
Une nouvelle page s'ouvre devant moi...


Posté par docmarie à 22:15 - Vie hospitalière - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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