30 juin 2009
Géronto-neuro-psychiatrie
Mes patients me passionnent en ce moment.
Des vieux.
Des déments.
Des AVC.
Des fous.
Des agités et/ou violents.
Des psychotiques en décompensation.
Des pots de colle.
Des relous...
Motivé, vous avez dit motivé ??
....
Mais j'aime bien les vieux. Ils sont attachants, même le plus dément des déments, ou le plus acariâtre. Ils ont un côté dépendant qui me touche.
C'est juste que je crois avoir besoin de vacances...
La semaine prochaine, je change de côté donc je vais voir autre chose ! Un peu plus de rhumato, ça va être bien.
Une petite voix intérieure ne cesse de me souffler : "vivement le prat'..."
22 juin 2009
Même joueur joue encore
Petite garde aux urgences demain soir...
Pas très motivée ce soir la petite interne !
Un peu la flegme en fait de devoir faire une nuit blanche. Dans mon ancien stage, j'avais la chance qu'on soit 2 internes par nuit, donc ça me laissait toujours un mince espoir pour aller m'allonger ou dormir quelques instants.
Là, c'est vraiment s'il n'y a personne que j'ai l'opportunité d'aller me reposer un peu.
C'est un peu un moment de solitude que ces gardes. Des heures looooooongues qui passent lentement...
A interroger, examiner et soigner des gens.
A se creuser la tête sur les possibles diagnostics.
A essayer de désengorger les urgences. (mission impossible).
Et surtout à rester éveillé, quoi qu'il arrive. (mission super impossible).
Pas motivée du tout ce soir !!
18 juin 2009
Y'a des jours comme ça...
Les jours s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Du moins, les patients ne se ressemblent pas.
Ma routine est la même chaque matin, et j'avoue que je préfère de loin le rythme des urgences, qui me permettait d'avoir une journée entière à moi une fois de temps en temps.
Là, dans un service de médecine, je suis obligée d'être présente chaque matin. Certes, je peux sortir tôt parfois, mais néanmoins je ne suis pas du matin. C'est tout.
Des patients, en veux-tu en voilà, des entrants, des sortants, chaque jour. Des visites, des contre-visites, des gardes et des astreintes. Et on réenchaîne tous les jours.
Des gens différents, des pathologies différentes ou semblables, mais toujours vécues différemment. Des familles, des contextes, des conclusions différentes. Toujours avec le même degré d'émotion de votre dévouée jeune interne qui n'a toujours pas compris le mot "distance".
Et qui est fatiguée ce soir.
Fatiguée de cette routine que j'effectue chaque jour.
Fatiguée de l'enchaînement de ces patients et de ces maladies qui changent chaque jour.
Fatiguée de vivre l'hospitalisation avec chacun de mes patients.
Fatiguée, tout court !
Aujourd'hui, je suis de CV. Pas trop de sortants, je suis soulagée, ça me fera pas trop d'entrants à gérer dans l'après-midi.
Des familles à informer, rassurer et éclairer.
Des patients qui vont un peu moins bien, ou qu'il faut surveiller d'un oeil attentif.
Des nouveaux à apprivoiser, avec leur parcours à retracer, celui qui les a amené ici.
Des comptes-rendus à dicter, encore et toujours, au travers de ce magique instrument qu'est le dictaphone.
Et puis il y a lui, Mr M., 82 ans, mon dernier entrant.
Insuffisant rénal chronique terminal, qui vient pour pneumopathie et prostatite qui ont décompensé ses reins déjà fragilisés.
Et le petit-fils qui vient m'agresser dans mon poste de soins, dans mon havre de paix, là où normalement les gens sans blouse restent dehors, là où je peux rester tranquille.
Et qui me dit fébrilement que son grand-père veut mourir chez lui. Mourir chez lui. C'est tout.
...
Je soupire en me disant que je ne vais pas arriver à aller le voir, celui-là. Pas envie de me confronter encore à une histoire triste, et à me faire kidnapper par une famille avide de questions.
Et pourtant je n'ai pas le choix.
Je ne peux pas imaginer faillir à mon rôle, surtout pas maintenant, surtout pas pour eux. Au contraire. C'est dans ce genre de situations où je dois tout maîtriser. C'est là qu'on a besoin d'un vrai docteur, pas d'une loque émotive dégonflée.
Alors je me regonfle, et j'y vais. J'écoute la famille, j'écoute le patient. Je ne tremble même pas. Je compatis, je suis touchée par leur message qui est ô combien recevable. Puis je parle, j'explique qu'il faut encore quelques jours histoire de tout mettre en place. C'est un réseau, il faut que tout soit fait dans de bonnes conditions afin qu'il parte tranquille.
C'était facile, finalement. Il faut savoir rester professionnel, comme je n'arrête pas de le dire.
N'empêche, je suis super fatiguée. Et puis enchaîner les visites avec des gens qui me sortent qu'ils veulent mourir chez eux, pas tous les jours, ce serait sympa pour le moral.
Y'a des jours comme ça...
08 juin 2009
Centenaire
Vive la gériatrie ! Spécialité prédominante dans chaque service de médecine... que l'on soit en cardio, en pneumo, en infectieux ou en médecine interne, la moyenne d'âge augmente progressivement.
Rien que dans mes patients rien qu'à moi toute seule (ou presque), j'ai 2 centenaires !
Oui, M'sieur Dame, sur 14, 2 ont un siècle et ne sont pas si mal, vraiment. J'en ai d'autres qui à 70 ans font plus âgées.
Il faudrait que je leur demande le secret de la jeunesse éternelle... ;)
07 juin 2009
Gardons le moral !
Mme Q. est une jeune patiente de 83 ans qui a débarqué dans mon service il y a presque 10 jours. Il s'agit d'un transfert des urgences : pyélonéphrite sans complication.
L'échographie réalisée aux urgences retrouve une image kystique liquidienne avec remaniements du rein compatibles avec des séquelles de pyélonéphrite. Il faudra compléter par un scanner.
La patiente est un amour. Elle me salue toujours "bonjour docteur", "merci docteur"... Elle ne se plaint jamais, elle va super bien... Bref, c'est la patiente idéale qui, en réalité, n'est pas malade !
Je n'attends plus que de récupérer mon scanner pour la faire rentrer chez elle.
Je l'ai entre les mains samedi dernier.
Lésion tumorale nécrosée du rein droit de presque 6 cm.
J'avoue que je ne m'attendais pas vraiment à ce résultat.
Etant seule, je me sens incapable de lui annoncer ce diagnostic horrible, et me cache derrière la lenteur des radiologues qui n'ont toujours pas interprété ce fichu scanner...
Mardi visite. Un de mes chefs entre et lui balance ça dans la tête, boum.
"Vous avez une masse sur le rein, et comme on ne sait pas ce que c'est, il faudra sûrement opérer. Bonne journée."
J'ai le vertige, je me sens super mal. Jamais personne n'aurait envie de se prendre ça dans les dents, aussi brutalement ! Je m'en veux, je me dis que c'est moi qui aurais dû lui apprendre, étape par étape, ce diagnostic imprononçable.
Je prends avis auprès des oncologues et des chir, mais comme je n'arrive pas à les croiser, l'oncologue me propose de présenter le dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire (la fameuse RCP) le vendredi suivant.
L'après-midi, je ne tiens plus et décide de retourner voir ma patiente, pour discuter un peu, pour faire comme un "debriefing", parce que je suis persuadée qu'elle est loin d'avoir tout saisi et encore moins digéré.
Son fils est déjà dans la chambre.
Une autre de mes chefs leur propose de se réunir afin de discuter. Elle ne connaît pas du tout le dossier de ma patiente, mais elle connaît son fils...
Nous nous installons tous dans le bureau, et au moment où on s'assoit, le bip de ma chef sonne.
"Excusez-moi ! Mais tu n'as qu'à commencer sans moi..."
Mmh oui bien-sûr, y'a pas de lézard. En même temps, on ne va pas t'attendre en se regardant tous dans le blanc des yeux pendant un quart d'heure.
Je n'avais jamais fait ça de ma vie, ni même assisté à ce genre de réunion "officielle" avec la famille.
Et me voilà, contrainte de me lancer dans un laïus dont je me souviens à peine la trame.
J'ai essayé de me mettre à sa place, à la place de son fils, à la mienne, si c'était ma grand-mère ou quelqu'un d'autre de ma famille assis là.
Je me suis lancée sans filet, comme ça, au feeling.
J'ai essayé de rester professionnelle, et euh... empathique comme dirait l'autre.
J'ai essayé d'expliquer avec des mots simples, histoire que tout leur soit accessible.
J'ai essayé de détailler la suite des choses, avec les examens complémentaires à réaliser, la RCP et l'avis des spécialistes.
Je leur ai demandé au moins 5 fois s'ils avaient des questions.
Et j'ai arrêté de parler.
Place au silence.
Place au malaise.
Que dire de plus sans entrer dans leur intimité ? Où est donc cette foutue ligne à respecter quand on veut rester empathique ?
Le fils avait les larmes aux yeux, celles de sa mère coulaient lentement le long de ses joues.
J'ai reparlé, en disant qu'on était toujours disponibles pour elle, qu'il y avait une psychologue, qu'elle n'était pas seule.
Elle s'est levée, m'a remerciée et est repartie dans sa chambre.
Me laissant là, dans ce putain de bureau, avec moi aussi les larmes aux yeux...
C'est pas possible d'apprendre à faire ça, c'est inhumain. Je suis sûre que même les plus vieux grands professeurs du monde sont toujours touchés quelque part, même si c'est un tout petit point très loin dans leur coeur.
Je suis très attachée à mes patients, et rien que cette mini réunion m'a bousillé le moral.
Mon métier a des côtés immondes et inavouables.
Ma fameuse RCP de vendredi a raté son but, parce qu'il n'y avait pas de chirurgien présent.
Grrr...
Début de réponse mercredi si tout va bien.
Gardons le moral !
