L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

25 juillet 2009

Super-doc

    Depuis jeudi, c'est le rôle du médecin généraliste de prendre en charge les suspicions de grippe A. Plus besoin de faire le 15 ni de courir dans le service d'urgences le plus proche, il suffit juste désormais de prendre rendez-vous chez son médecin traitant.

    A voir cependant... les idées de "salle d'attente dédiée aux suspicions de sujet contact", ou alors la disposition du matériel en quantité nécessaire en cabinet, et aussi les problèmes d'informations des médecins concernés... ici.

    Lire aussi la lettre de Mme la ministre ici.

    Les médecins traitants sont donc maintenant les premiers face à ce début de pandémie mondiale. L'hiver sera rude pour les super-docs...

23 juillet 2009

Journée estudiantine

    Une journée sans hôpital, sans patient, sans blouse, sans examen, sans dossier... Je ne suis pas un apprenti-docteur aujourd'hui, je suis une simple étudiante qui étudie. Une pochette, des feuilles, un stylo. Je change d'apparat.

    J'entrevois mes futurs terrains de stage : le praticien, avec un livret de stage à remplir, contenant l'ensemble des actes que je ferais ou que je verrais faire, où seront notés mes progrès et mon autonomie grandissante face aux patients...
La vision de mon avenir, là où j'exercerai pour encore un bon paquet d'années.
Exercice libéral, ambulatoire. Moi, face à mes patients dans mon cabinet.
Hâte, impatience. Un peu ras-le-bol du fonctionnement hospitalier.

    Je réfléchis à mon futur sujet de thèse (taaaaaahh !!), qui pour l'instant est un énorme point d'interrogation. Tant de sujets paraissent intéressants, mais lequel choisir, lequel peaufiner, sur lequel s'étendre pendant plus de 2 ans ?

    Encore 2 ans d'études, où je peux me planquer derrière cette excuse. "Ah mais moi je ne suis pas encore docteur, hein, je suis étudiante" !
C'est un peu lâche et je n'y recours pas toujours, mais une fois de temps en temps... ça ne fait pas de mal. Pour faire prendre conscience à un chef que j'ai besoin d'aide, je n'hésite pas à la sortir. On a toujours besoin d'aide quelque part.
Mon cursus n'est pas encore proche de la fin, mais croyez-le, ça ne me dérange pas. Quoi, encore étudiante à 26 ans ?? Mais tu finis à quel âge ?!

    Je finirai quand viendra le bon moment.

18 juillet 2009

Spécialité oncologue

    Après M. C, "mon" premier patient décédé quasiment sous mes yeux, et atteint d'un mélanome,
après Mme Q., chez laquelle nous avons découvert une tumeur du rein,
je prends en charge Mme M., 62 ans, qui consulte à l'hôpital pour douleurs abdominales évoluant depuis 2 mois, diffuses, atypiques, avec une tendance à la constipation.

    Elle est d'abord reçue aux urgences, où l'examen réalisé par le premier médecin retrouve un abdomen ballonné, et une douleur intense soulagée par morphine.
La biologie retrouve une cytolyse et une cholestase, donc l'hypothèse retenue serait un problème hépatique.
L'échographie retrouve une ascite abondante, avec un foie normal. Le radiologue se pose la question d'un processus occupant pelvien, et recommande de compléter par un examen scannographique.

    Examen dont elle a bénéficié hier. Et qui retrouve une occlusion colique avec un obstacle d'allure tumorale du haut rectum avec distension colique allant du sigmoïde jusqu'au caecum, avec une dilatation à ce niveau de 10cm.
Elle est passée ce jour au bloc pour lever l'obstacle.

    Elle ne sait pas ce qu'elle a. Elle est venue pour des douleurs de ventre, et elle passe au bloc 3 jours après avec une histoire de tumeur dont elle n'a pas encore connaissance.
Ce matin, je ne me sentais absolument pas de lui annoncer ce qu'on suspectait chez elle. J'ai parlé d'obstacle sans en dire plus, et j'ai été presque soulagée qu'elle ne me demande pas ce que c'était, cet obstacle.
Le chirurgien qui est passé en a parlé à son mari, il a utilisé le terme "masse". Allez savoir ce qu'il a compris par ce terme, ça peut vouloir dire à la fois tout et rien.
Probablement un cancer de l'ovaire évolué, qui a déjà envahi la région, voire plus. C'est une putain de saloperie ce cancer. Toujours découvert à un stade avancé, parce qu'il se développe tranquillement dans son coin, sans gêner personne. Jusqu'à ce qu'il vienne embêter le rectum et que là, on a mal au ventre.
Horrible.

    Après M.C, après Mme Q., après Mme M., je m'occupe depuis 2 semaines de Mr G., envoyé à l'hôpital pour fracture de cote spontanée.
Il a 77 ans, pas d'antécédents particuliers en dehors d'une hypertension et d'une hypertrophie de prostate.
Personnellement, je suis encore jeune dans la profession, mais quand j'entends "fracture de cote spontanée" chez un monsieur de 77 ans, je pense systématiquement à quelque chose de méchant. Des métastases osseuses, ou un myélome.
Tout débute avec un taux de PSA au plafond. Tellement au plafond que lorsque j'appelle l'urologue, il me répond qu'avec ce taux-là, c'est sûr que c'est un cancer, et que c'est même un cancer métastasé.
On a continué les examens, histoire de faire le bilan d'extension, afin d'essayer d'esquisser un pronostic.
Et je me retrouve, le matin du jour de la fête nationale à aller lui parler enfin franchement. Je n'ai jamais été très précise jusque là, à me cacher derrière mes dossiers et mes examens à lui faire passer, sans jamais prononcer des mots horribles.
Naïvement, je me disais que ce n'était pas mon rôle de lui annoncer cette nouvelle atroce. Je me voyais encore réviser mes cours, m'imaginant ces fameuses RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) où chaque spécialiste exposait son avis sur le cas du patient, et où ensuite tout le monde faisait table ronde avec le patient et sa famille pour tout leur expliquer, en terme de pronostic ou de thérapeutique.

    Dans la vraie vie, ce n'est pas le cas. C'est la petite interne qui se morfond dans son bureau, en se disant que ça ne se fait pas de laisser le patient sortir le lendemain sans qu'il ait la moindre idée de ce dont il souffre, qui décide que, quand même, il faut aller discuter avec lui.
Il m'a répondu qu'il n'était pas idiot, qu'il se doutait qu'il y avait quelque chose. Il m'a remerciée. Chose à laquelle je ne m'attendais pas vu les circonstances. Et il m'a dit qu'il préférait profiter de chaque moment, et de s'essayer à la thérapie par le rire.
J'ai trouvé ça génial.

    Est-ce mon service, qui me permet de voir autant de pathologies différentes ? Ou est-ce le vieillissement de population, chez laquelle on découvre de plus en plus de cancers ?
En tout cas, l'oncologie est une spécialité merveilleuse mais difficile.
Je trouve qu'elle enrichit énormément sur le plan humain, mais elle atteint toujours un peu, quelque part. En tout cas, moi, oui, ça m'atteint.
Chacun des patients dont je me suis occupée, chez lesquels on a découvert des cancers, m'a marquée. Chacun à sa manière, chacun réagissant différemment.
Magnifique spécialité, mais qui n'est pas faite pour moi, vraiment.



   

08 juillet 2009

Best of

    Comme il ne se passe rien de nouveau ni d'attrayant dans mon service en ce moment, je vais recenser les différents motifs de consultation aux urgences qu'on peut avoir la nuit en garde :

- gale chez un SDF, dont la femme a consulté la veille pour la même chose
- phlébite chez une femme en surpoids
- érysipèle chez une mamie en institution
- fracture du col du fémur chez un papi qui s'est pris les pieds dans son tapis en sortant de son lit
- anémie aiguë avec décompensation de diabète sur pneumopathie chez un vieux monsieur
- décompensation cardiaque chez une mamie démente
- pleurésie métastatique chez un monsieur atteint de mélanome
- appendicite chez un jeune
- arthrite inflammatoire du genou chez un sportif
- cruralgie hyperalgique
- rhabdomyolyse chez une mamie qui a passé la nuit au sol après avoir chuté
- reflux gastro-oesophagien chez une jeune femme stressée
- colique néphrétique inaugurale chez un jeune homme
- conversion hystérique chez une jeune bulgare qui ne parle pas français
- douleurs thoraciques diverses et variées, sans signe d'ischémie aiguë, d'origine pariétale le plus souvent
- malaise vagal chez un jeune
- arythmie cardiaque chez un papi, envoyé par son médecin traitant
- crise d'asthme non compliquée
- intoxication médicamenteuse volontaire chez des jeunes filles la plupart du temps
- insuffisance respiratoire chez un vieux monsieur ancien tabagique
- hématomes diffus chez une mamie qui m'assure n'être jamais tombée
- pancréatite aiguë quasi-asymptomatique chez un vieux monsieur qui vient pour constipation
- prostatite chez un patient
- suspicion d'occlusion chez des mamies, envoyées systématiquement par leur médecin traitant... finalement, c'est toujours une constipation non compliquée...
- décompensation de BPCO
- traumatisme du ventre après avoir reçu une poutre au travail chez un jeune
- suspicion d'embolie pulmonaire chez une femme enceinte, qui a finalement une pneumopathie
- douleur thoracique bizarre chez un monsieur qui a fait un infarctus l'an dernier
- accidents vasculaires cérébraux de toute nature que ce soit, sous n'importe quelle présentation (aphasie, déficit moteur, confusion, désorientation, vertige, hallucinations...)
- vertige périphérique bénin
- intoxication alimentaire avec entérite infectieuse chez un jeune qui a mangé des pâtes trop vieilles
- volumineux oedèmes des membres inférieurs chez une femme qui est déjà venue la veille pour ça
- déshydratation chez une mamie vivant en maison de retraite
- suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone chez une femme qui s'est endormie avec une cigarette à la bouche
- anémie aiguë avec surdosage en AVK (INR à 14) chez une mamie démente qui vit toute seule et qui mélange ses médicaments
- pancytopénie avec anémie symptomatique avec dyspnée chez un monsieur en cours de bilan hématologique pour comprendre cette pancytopénie, et qui nécessite une transfusion en urgence, et qui préfère sortir contre avis médical pour dormir dans son lit, plutôt que dans la folie des urgences
- crise vaso-occlusive chez une jeune drépanocytaire homozygote
- troubles du comportement chez un monsieur alcoolique depuis trop longtemps
- OH+++ avec hébergement pour décuver tranquillement
- traumatismes en tout genre, des doigts, des pieds, des épaules, des genoux...

    Je pensais me déprimer en faisant cette liste non exhaustive.
Finalement, je souris et je me souviens des patients. Pas de tous, évidemment, mais de certains qui m'ont marquée pour diverses raisons, que ce soit leur amabilité, leur tableau clinique, leur douleur, leur entourage, leur façon d'être, et puis moi bien-sûr, selon mon moment...
La seule pensée qui m'est venue en reprenant tous ces motifs de consultation, c'est que je fais un beau métier. Pourtant, je suis rarement dans cet état d'esprit-là quand je descends aux urgences à 18h commencer ma garde.
Mais avec le recul, je me dis que j'adore ce que je fais. A chaque nouveau patient, tout recommencer du début, il faut mener l'enquête de façon minutieuse ou parfois juste rassurer avec quelques mots pour que le symptôme s'atténue.
Même s'il est 5h du matin, que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, je suis toujours là, toujours prête à recevoir un patient. Et même si son motif est bidon, même si je soupire fortement en entendant l'infirmière m'expliquer le motif de sa venue, eh bien je suis là et je fais mon travail.

    Je me suis remonté le moral toute seule avec cette liste !
Il faut que ça dure, pour ma prochaine garde...
Se souvenir de ce sentiment.
Je fais un beau métier.


« Accueil  1