... et les internes ?
Comment se sentent-ils la nuit ? De garde dans leur hôpital, aux urgences ou dans les étages ?

    A vrai dire, tout dépend de la situation.
La plupart du temps, soyons francs, c'est plutôt la panique qui prime, avant de reprendre un peu de professionnalisme.
Dans de rares cas, on se sent super important et super intelligent, tout ça parce que c'est une situation à laquelle on a été confronté quelques temps auparavant...

    Je me souviens du premier appel d'une infirmière d'un service. Première garde d'interne.
Premier sentiment (faut pas me demander pourquoi !) : de la fierté. De l'excitation. De la motivation.
Marchant seule dans les couloirs sombres de cet hôpital que je connaissais à peine.
Tout est vite retombé.
Mais pourquoi cette infirmière de 50 ans, aguerrie, expérimentée, me demande mon avis, à moi, jeune interne de premier semestre, complètement perdue ?

    Après ce moment de panique-d'angoisse-de terreur-voire de larmes, je ferme les yeux, pour essayer de me souvenir de tous les bouquins, toutes ces lignes floues dans ma mémoire, toute cette théorie que j'ai ingurgité pour me sauver la vie (et accessoirement celle de mes patients) dans cette pratique.
Et on tente de retrouver une certaine contenance et de rester professionnel. On examine, on fait mine de réfléchir tout en se persuadant d'arrêter de paniquer, et on propose des solutions.

    Dernier exemple pour moi, avant-hier. L'infirmière de mon service me bipe à 6h45, et me dit de courir pour venir voir une patiente que j'avais déjà vue dans la nuit...
Même pas le temps de paniquer, je cours, je vole dans cet hôpital qui s'éveille lentement.
Rapidement, je me dis que j'ai écoulé toutes mes options thérapeutiques.
Prochaine étape dans cette détresse respiratoire aiguë : intubation !
J'appelle donc immédiatement le réa de garde, sans passer par mon chef ni par la case départ, sans avoir 20 000 francs, et tant pis, je veux sauver ma patiente.
Il est arrivé, et l'a intubée. Il a été adorable. Il m'a même remerciée de ma prise en charge, ce qui m'a un peu troublée. C'est à moi de la couvrir de remerciements !

    Tout est affaire de travail d'équipe, finalement.
La nuit, tous les internes sont... terrorisés ? affolés ? fatigués ? déconfits ?... (etc)
Ouais, tout plein de choses à la fois, et peut-être un peu, mais alors un tout petit peu, heureux de faire ce métier merveilleux.