Avec ce beau soleil aujourd'hui, je me disais que ça sentait la fin. La fin d'un merveilleux stage où j'ai beaucoup appris, où j'ai fait de sympathiques connaissances, et où j'ai enfin appréhendé l'examen d'un nouveau-né/nourrisson/enfant/adolescent en toutes circonstances.
Y'a pas à dire, il faut être un minimum ninja pour examiner un enfant aux urgences pédiatriques.

    Mises en situation :

    - Lucas a 3 ans, il tousse beaucoup depuis aujourd'hui. Sa mère décide de l'emmener aux urgences pour voir un médecin, et pour certainement lui faire un aérosol pour l'aider à respirer. Elle a l'habitude, il a fait beaucoup de bronchiolites, et il a eu souvent de la *VentO* prescrite par son docteur. Elle explique donc la marche à suivre à Lucas, qui accepte sans broncher. Jusque là, tout va bien, on se dit qu'on va avoir à faire à un ange. Sauf que, 2 heures plus tard, lorsqu'enfin il y a un box de libre aux urgences pédiatriques et que l'infirmière peut installer Lucas, il n'arrête pas de tousser et de pleurer, et que l'attente mêlée au bruit, au monde, et à l'interne qui débarque comme une furie dans le box "jusque pour poser un bout de stétho"... eh bien, Lucas, il n'arrive pas à s'arrêter de pleurer et de bouger et de crier.
But : ausculter des poumons qui sont occupés à hurler, pour essayer d'entendre des tout-petits-petits sifflements.

    - Clémence a 20 mois, elle vient de faire une crise convulsive et elle se retrouve aux urgences pédiatriques sans trop avoir compris tout ce qu'il venait de se passer. Elle sent ses parents très stressés, inquiets, et le voyage en camion de pompiers n'a pas été de tout repos. Et puis, au bout de 3 heures, elle commence à avoir faim. Donc elle pleure... Et le pauvre interne qui tient à tout prix à examiner ses tympans...
But : examiner des tympans avec 3 mains alors que la nature nous en a confiées seulement 2.

    - Sofia a 2 ans, et c'est une princesse. Pardon, LA princesse. Ses parents lui passent tout, ils n'ont absolument aucune autorité sur elle. Elle fait tout ce qu'elle veut à la maison, chez la nounou, etc, etc. Bref, une sale gosse qui mériterait bien d'être recadrée par une super nounou. Quoi qu'il en soit, ses parents sont très préoccupés par cette espèce de petit bouton qui est apparu sur sa cuisse gauche depuis 3 jours, donc ils l'emmènent aux urgences vendredi soir à 20h. (Bien-sûr.)
Sauf qu'après 4 heures d'attente, elle n'en peut plus, ne tient pas en place, hurle à plein poumons et tente de mordre les 2 infirmières qui tentent désespérément de la peser.
But : poser un diagnostic dermatologique rarissime en urgence chez une princesse pourrie-gâtée qui refuse qu'on la touche.

    - Kevin a 15 ans, et s'est juste bourré la gueule avec ses copains. A la suite d'un pari ridicule, il a bu 2 litres de bière, et malheureusement il ne tient plus debout et a déjà vomi 3 fois. Il est ramené aux urgences sur un brancard par des pompiers, et dans un semblant de lucidité, il essaie de se lever quitte à frapper l'aide-soignant qui le maintient allongé.
But : examiner un gars bourré. (même item qu'il ait 15 ou 45 ans).

    - Steven a 9 ans, il est espagnol et passe sa semaine de vacances en France. Brutalement, il a eu très mal au ventre, et a même pleuré. Son papa, fou d'inquiétude, l'emmène aux urgences. Après un brillant examen clinique et un chouïa d'examens complémentaires, le diagnostic de constipation est posé. Un lavement s'avère malheureusement nécessaire.
But : baragouiner dans un anglais atroce qu'on va devoir mettre une sonde dans les fesses du môme pour lui évacuer son surplus de caca.

    - Tiffany a 16 ans. Elle est mariée depuis quelques mois, et ne rêve que d'une seule chose : avoir un bébé. Elle vient aux urgences pédiatriques (eh oui, pas de bol, la limite c'est 18 ans !) parce qu'elle a très mal au ventre depuis 3 jours, et elle s'inquiète. L'examen gynécologique et une échographie retrouveront un kyste fonctionnel de l'ovaire, fréquent à cet âge-là.
But : discuter de grossesse, et de bilan pré-conception chez une adolescente qui est 2 fois plus jeune que soi.

    - Juliette a 8 mois et elle est adressée aux urgences pédiatriques par son médecin traitant pour fièvre depuis 3 jours. L'enfant pleure à la vue d'une blouse blanche (dommage), mais est finalement vite apprivoisée par un joli stéthoscope coloré.
But : savoir poser correctement une poche de recueil d'urine chez une petite fille (c'est forcément un poil plus facile chez un petit garçon).

    - Amélie a 14 ans, et est amenée aux urgences par les pompiers parce qu'elle a pris des médicaments, suite à une rupture sentimentale. Elle est endormie aux urgences, et de toute façon, elle n'a pas envie de parler.
But : faire une évaluation psychiatrique approfondie chez une adolescente ensuquée, au milieu d'une salle d'attente bondée et bruyante.

  - Jordan a 17 jours et est amené en catastrophe par ses parents aux urgences, parce qu'il pleure. Dommage pour l'interne qui est réveillé en sursaut pour l'occasion à 4h du matin, le bébé ne pleure plus aux urgences, parce que le trajet en voiture l'a calmé et endormi. 
But : savoir déboutonner et reboutonner le body dans le bon sens, la tête dans le c., et sans étriper les parents.

    Qu'est-ce que j'oublie ?

    Un mot pour résumer : *UNAGI*