23 novembre 2009
Info
Un article intéressant sur la vaccination et la grippe, surtout pour les non-médecins :
http://www.atoute.org/n/article134.html
22 novembre 2009
Histoire d'urgence
Une journée passée si vite... Je n'ai pas vu la matinée ni l'après-midi passer. Un déjeuner de bonnes barquettes de l'hôpital avalé en 10 minutes à 17h30, puis j'ai eu le temps de regarder une nouvelle fois la pendule à... 21h30.
C'est l'avantage quand ça se bouscule aux urgences, au moins, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
On le sent bien physiquement, au bout d'un moment : mal dans les jambes, mal de dos, fatigue générale tout simplement.
Je crois que j'ai vu en 24h autant d'enfants que depuis le début de mon stage voilà déjà 3 semaines. Toujours 6 ou 7 en attente en moyenne, de 10h du matin à... 10h du matin. Une accalmie m'a permis de me poser 1h entre 6 et 7h du matin, puis rebelote.
Fièvre, toux, gêne respiratoire, gastro...
Autant de motifs archi fréquents en pratique de ville et à l'hôpital pendant l'hiver.
Au moins, je vais devenir la spécialiste ès bronchiolite, gastro et rhino !
Je ne suis pas vraiment à l'aise avec le fameux motif "gêne respiratoire chez un nourrisson". Encore moins s'il a moins de 3 mois...
Je me sens soudain redevenir externe (ne pas y voir une quelconque remarque péjorative), mais j'ai besoin d'aide pour évaluer la gravité du bébé. On a beau avoir appris des signes cliniques dans les bouquins, j'ai toujours l'impression de mal les quantifier en pratique.
C'est con, je pense juste manquer d'expérience dans le domaine, voilà tout. Mais se tromper sur la gravité d'un gamin de 10 ans n'est pas strictement pareil que chez un bébé de 10 semaines...
J'ai été servie hier ! Une bronchio par-ci, une pneumopathie par-là... et des nouveaux-nés de 15 jours, et des grands de 2 ans, etc.
Il faudrait néanmoins que les parents sachent attendre un peu avant de foncer aux urgences pédiatriques.
Parce que la fièvre qui a débuté depuis cette nuit, et les parents qui appellent le Samu, moi j'en avais ma claque ce matin à 9h ! Un tant soit peu d'éducation, mais ça ne marche pas. Ma chef qui me dit de carrément les engueuler de venir, j'avoue ne pas avoir réussi. Je suis peut-être encore trop gentille, mais rien qu'à la fin de la nuit, j'étais devenue plus féroce avec les parents que la veille.
Ils me regardent, interdits, débiter mon discours, mais c'est comme si la transmission neuronale s'arrêtait dans leur cerveau. Ils me prennent délibérément pour une conne, et puis de toute façon, ils s'en fichent, parce que je suis obligée d'examiner leur gamin. Ils ont tout gagné ! Rien à foutre d'un discours moralisateur...
Est-ce générationnel ? Ou est-ce que les jeunes parents sont encore plus flippés que leurs propres parents ? Est-ce dû à la médiatisation de toutes les pathologies des bébés ?
Difficile à analyser, surtout en sortie de garde, sans avoir dormi.
Je suis encore jeune, mais quand j'étais bébé, mes parents ne m'ont jamais emmenée aux urgences. A priori, ça ne se faisait pas à l'époque (ouh comme je suis vieille !). Un coup de téléphone au pédiatre et puis c'était réglé.
Pourquoi les urgences sont devenues aussi populaires au point de devenir un second lieu de consultation ?
Samedi après-midi, mince le médecin ne consulte plus, allons aux urgences !
C'était en tout cas très formateur, mais super crevant. Un bon repos, et rebelote après-demain ! Mais quand est-ce que je dors dans l'histoire ?
18 novembre 2009
Autant l'hiver éclate...
Plein d'enfants, plein de motifs de consultation, beaucoup de diagnostics différents.
Une population très vaste, avec des âges s'étendant sur 18 années, avec pas mal de points fondamentaux changeant selon l'âge.
Un nouveau-né de 6 semaines consultant pour détresse respiratoire que nous emmenons au déchocage après avoir réfléchi pendant quelques minutes... Je l'ai dans les bras au moment où l'infirmière lui prélève le bilan et installe la perfusion, et je le sens faiblir et même faillir près de moi.
Je cours appeler ma chef, et nous partons l'installer au déchoc après qu'il ait fait un épisode de cyanose diffuse...
Comme ça semble déplacé une déchoc pour un être aussi minuscule ! Il ne tenait même pas sur le brancard, on a dû le coincer avec des draps pliés pour le faire tenir en position à peu près assise.
Un scope, des aspirations répétées au milieu des cris et des pleurs, et des aérosols d'adrénaline.
J'ai appris énormément de choses en peu de temps, sur un domaine que j'espère n'avoir que très peu à affronter : la réanimation néonatale.
Une bonne bronchiolite bien sévère, avec un bébé qui est sorti à peine 5 jours plus tard, se portant comme un charme...
C'est ça l'avantage avec les enfants : quoi qu'ils aient, ils guérissent toujours à la vitesse de la lumière comparés aux adultes.
Un adolescent de 15 ans, autiste, peu suivi d'un point de vue médical, amené par sa mère pour crise d'agitation avec violence extrême (il a tout cassé à la maison). La mère a dû appeler le SMUR qui lui a administré 3 ampoules de Loxa-bip et un autre médicament myorelaxant.
Il dort, j'avoue que j'ose à peine le réveiller pour l'examiner.
Et s'il se réveille et qu'il présente à nouveau une crise d'agitation, malgré tout ce qu'il a reçu ? Il est grand et baleze pour son âge, situation pas évidente...
Il a reconsulté le lendemain pour un syndrome extra-pyramidal du feu de dieu, à cause de la dose de cheval de médicament qu'il avait reçu...
Beaucoup d'interrogation et de réflexion avec ce cas, parce que je n'ai jamais été sensibilisée à la prise en charge de l'autisme chez un adolescent.
La mère semblait désemparée, ce qui est parfaitement compréhensible... mais vers qui se tourner dans sa situation ?
Une petite fille de 4 ans qui vient parce qu'elle a mal au ventre et qu'elle a vomi à plusieurs reprises. Elle a été traitée pour une infection pulmonaire en ville et est toujours sous antibiotique.
Mon externe va l'examiner en premier, puis vient m'en parler.
Elle a été opérée à J2 de vie d'une atrésie du grêle, et reprise une semaine plus tard. Elle a déménagé depuis, et n'a plus été suivie sur ce plan.
Je vais la voir et trouve une petite fille prostrée, en chien de fusil, douloureuse et le teint gris.
Branle-bas de combat : pose de perfusion, bilan complet, avis chirurgical et surtout hospitalisation.
On a l'hospitalisation facile en pédiatrie, parce qu'on a souvent des places, vu que la durée moyenne de séjour avoisine les 3 jours en moyenne... (on reparlera après des cas particuliers comme l'anorexie, ou la maltraitance, au choix...)
Résultat : une pancréatite monstrueuse avec une lipase à 3000 ! (désolée, je n'avais pas vu un tel taux, même chez des vieux adultes alcooliques...)
Elle va tout de même beaucoup mieux, et court partout dans les couloirs.
Il y a de la vie en pédiatrie ! Il y a parfois de l'action, et il faut être beaucoup plus réactif et rapide qu'avec les adultes.
Si c'est une mamie de 80 ans qui fait un arrêt, on se précipitera peut-être un peu moins que s'il s'agit d'une gamine de 3 ans...
Une jeune adolescente de 12 ans qui consulte lors d'une de mes gardes vers 22h pour une histoire assez étrange. Elle est adressée par SOS médecin pour un tremblement du bras droit depuis l'après-midi même.
Elle raconte qu'elle était en cours de sport, qu'elle a eu des céphalées progressives, puis qu'elle est tombée. Elle a eu alors un tremblement des 2 bras, cessant à gauche mais persistant à droite.
Elle n'a plus mal nulle part lorsque je la vois, et présente un tremblement du bras qui semble volontaire et contrôlé. Quand elle se concentre pour faire quelque chose, celui-ci disparaît. Il y a même des horaires où le tremblement s'arrête, puis reprend !
L'examen neurologique est normal.
Je l'ai fait sortir, en lui disant de reconsulter son médecin si le symptôme continuait. Elle a reconsulté le lendemain soir aux urgences, où là elle a été gardée pour avoir un avis pédo-psychiatrique en + d'un bilan somatique minimal.
Pour l'instant, tout revient normal. On attend la consultation psy avec impatience...
Un nourrisson de 4 mois que j'ai vu un samedi matin pour une histoire aussi bizarre. Le père raconte que la petite aurait fait un épisode de malaise hypotonique au retour de la crèche, avec des vomissements qui ont suivi.
Je demande une échographie abdominale pour le jour même pour rechercher une invagination intestinale aiguë, même si le tableau n'est pas franchement typique. Elle revient normale.
Depuis 10 jours qu'elle est hospitalisée, elle présente toujours des épisodes d'inconfort avec vomissements, qui semblent positionnels (lorsque ses parents la prennent dans les bras), alternant avec des périodes où elle est bien, éveillée et souriante.
Des examens sont encore prévus pour elle, mais je ne la suis que de loin...
Population très hétéroclite que celle des enfants.
Très enrichissante aussi.
13 novembre 2009
Résultat des courses...
...1 personne vaccinée et 1 refoulée !
Vive la campagne de vaccination ! Trop de monde, ça se bousculait au portillon...
8h de vacation avec - heureusement - une équipe très sympathique, on était pour la plupart réquisitionnés, mais l'après-midi s'est passée dans une bonne ambiance. Une infirmière intérimaire, 2 étudiants infirmiers, un cadre de santé, 2 agents administratifs et une personne de la DDASS. Et un seul médecin : moi !
Aucune personne jugée prioritaire pour la vaccination n'a montré le bout de son nez. Une directrice de crèche, basta.
La seconde personne à avoir franchi le pas est un monsieur sourd, avec qui j'ai eu un peu de mal à communiquer correctement (c'est quand que j'apprends enfin la langue des signes ?!), mais qui s'était fait vacciner contre la grippe saisonnière il y a moins de 3 semaines. Donc vaccination reportée.
Et puis quelques courageux qui, goguenards, ont osé franchir la salle du centre de vaccination pour nous demander combien de personnes on a réussi à vacciner !
Un peu de pub serait nécessaire pour inciter la population à venir ? Je n'en suis pas sûre. Mais une meilleure information relayée par des médias compétents, oh oui sûrement.
En espérant n'être pas de nouveau réquisitionnée dans l'urgence, et essayer de récupérer une petite indemnisation pour ma présence d'aujourd'hui, et on verra la suite...
Juste pour rire, une interview quelque peu... loufoque. Un autre exemple d'explication pour le "foirage" de cette vaccination : ici.
Et le fameux cas de Guillain-Barré qui sort aujourd'hui, comme par hasard...
12 novembre 2009
Altruisme
La campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) pour les personnes à risque initialement, puis pour le reste de la population qui le souhaite, a débuté aujourd'hui.
Les professionnels de la santé - qui l'ont voulu - ont déjà été vacciné la semaine dernière.
Cette campagne a été largement couverte par les médias, voire même surmédiatisée, au point de développer un ras-le-bol chez la majorité des Français... voir ici.
Les internes ont été informés des mesures prévues en cas d'un trop-plein de consultations dans les hôpitaux, des "plans blancs"... Je pensais tout savoir sur mon rôle dans cette grippe. Je n'avais pas pensé à une réquisition dans un centre de vaccination.
Ce jour a démarré comme les autres, avec un staff où on a parlé des enfants hospitalisés dans le service, et des enfants allant plus ou moins bien.
Puis un coup de fil d'un numéro inconnu (pourquoi diable ai-je répondu ?!) qui me confirme que je suis bien inscrite pour demain dans le centre de vaccination d'une petite ville à côté de mon hôpital.
Pardon ?
SOS auprès de mon chef de service ! Je ne suis pas au courant, lui ne va sûrement pas être d'accord de se faire amputer d'une interne presque toute la journée, et puis non, c'est quoi cette histoire ? Pourquoi aucune information au préalable, qui nous dise qu'on était à risque d'être réquisitionné ?
La DDASS du département nous explique que certains centres de vaccination se sont retrouvés en panne de personnel médical, et qu'ils ont été dans l'obligation de faire appel à quelques internes.
Me voilà, Mme la Poisse. (Il fallait bien que je paye ma garde si calme !)
Pas des jeunes internes de médecine générale, noooon, des "vieux" semestres. Oui, parce qu'on a une qualification de vaccinologue confirmé durant la première année d'internat.
Evidemment, ceci ne concerne que les internes de médecine générale : un avant-goût de la pratique (ou manipulation ?) quand on exerce en ville...
Je ne veux influencer personne, je suis dans l'incapacité de prédire les effets indésirables - ou pas - de ce vaccin, et je respecte le libre-choix de chacun dans cette vaccination non obligatoire.
Mais punaise, ceux qui flippent de la grippe, mais qui crient haut et fort être "rebelle" à toute forme de vaccin dans ce contexte, merci de ne pas venir aux urgences de quelconque hôpital à 4h du matin parce qu'on a un petit coup de fièvre et de toux !
Si vous flippez à ce point, allez vous faire vacciner. On a la chance ou l'opportunité d'avoir un vaccin accessible pour une pandémie grippale, donc au lieu de tergiverser jour et nuit, informez-vous BIEN et n'hésitez pas à consulter un médecin pour avoir des conseils.
Il s'agit pour l'instant d'une grippe moins meurtrière que la grippe saisonnière, mais comme elle est très contagieuse et que très peu de gens sont immunisés contre cette souche, le nombre de cas sera beaucoup plus important en nombre absolu.
Selon les dernières estimations, la grippe saisonnière n'est pas encore en circulation. 98% des grippes A sont de type H1N1.
La plupart des gens atteints feront une grippe banale, mais malheureusement il y aura (déjà eu) des cas graves et mortels.
Ne pas oublier qu'il s'agit d'un vaccin altruiste : c'est utile et nécessaire de se faire vacciner pour protéger son entourage, que ce soit un enfant asthmatique, un nourrisson, ou une femme enceinte...
Je verrais demain, si la population se sent concernée, ou reste boudeuse vis-à-vis du vaccin. J'emporte un bon bouquin ! Eh oui, vacation de 8h oblige...
11 novembre 2009
Tsunami
Une deuxième garde, déjà. Tourner à une garde tous les 6 jours en moyenne, ça revient vite.
Une garde exceptionnellement calme, avec un coucher à 1h du matin et pas de réveil jusqu'à 9h !
J'ai dormi + que ma chef, qui a été réveillée à plusieurs reprises par la maternité.
Tout le monde avait l'air très étonné du peu d'affluence, et moi, habituellement poissarde, je savoure ma nuit tranquille passée dans la chambre de garde, sous les couvertures, bien au chaud.
Je n'ai pas dormi sereinement, toujours aux aguets du bip ou du téléphone si besoin. Mais j'ai pu me reposer, pour la première fois depuis le début de mon internat !
Il paraît que la pédiatrie l'hiver, c'est horrible. Pour l'instant, c'est anormalement calme, ce qui nous permet une mise en jambe progressive dans le milieu merveilleux des enfants. On peut prendre nos marques, se repérer dans les locaux, apprendre à connaître l'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale, et s'habituer aux us et coutumes du service.
Comme dirait mon chef de service, c'est le moment où la vague se retire loin vers la mer, avant d'arriver soudainement sous forme de tsunami.
Merci, ça donne envie pour la suite !
Normalement, en novembre, le service est plein à craquer et les places en hospitalisation sont chères car rares.
Là, le service n'est pas plein, il reste toujours quelques places par-ci par-là.
Mais on sent les épidémies de virus en tout genre se propager doucement et sournoisement.
Une petite gastro-entérite, et puis une varicelle, et puis une grippe, non deux, en fait déjà dix...
Je suis au moins contente de me dire que j'aurai connu une fois dans ma vie une garde très calme. Même si les suivantes seront probablement aussi violentes et intenses qu'un tsunami... Petite victoire pour moi, la poissarde de service !
02 novembre 2009
Attention ! Fragile
Nouvelle heure de réveil, nouveau trajet, nouvel hôpital, nouveau service.
Tout nouveau tout beau.
Nouvelle équipe, nouveaux collègues, nouveaux patients (en terme d'âge surtout !).
Accueil habituel dans le service avec présentation de l'équipe, des locaux, de l'emploi du temps...
Puis accueil habituel dans l'hôpital de l'ensemble des internes de toutes les spécialités confondues. Toujours des mots chaleureux, plein d'espoir et d'avant-goût de bonnes choses à venir. Des présentations de chefs de service, des administratifs de l'hôpital...
Beaucoup de bla-bla, parfois utile.
Je suis naïve, mais tous ces rituels me plaisent bien. Je me sens réellement accueillie, un vrai accueil que t'as que quand t'es interne, parce qu'en tant qu'externe, rarement tu as ce genre d'attention... c'est plutôt "bonjour, mais vous êtes qui ??" alors que toi et tous tes collègues thrombosez les couloirs.
Je me sens chouchoutée. J'ai l'impression que l'ensemble du personnel médical, paramédical et administratif a envie de débuter leur relation avec nous du bon pied, de partir sur des bonnes bases de communication et de bonne entente. Ils sont tous présents ; du directeur de l'hôpital, en passant par la pharmacienne, et aussi par le responsable de la sécurité incendie, sans oublier le chef de service de réanimation.
Tout ce beau monde réuni pour nous, pour nous souhaiter la bienvenue dans ce nouveau terrain de jeu pour 6 mois !
Des paroles en l'air ?
Non, je n'en ai pas l'impression. Sûrement ma naïveté qui se manifeste encore...
Mon chef de service a évoqué durant son discours la particularité de notre statut.
Dans le sens psycho.
A nous de passer de l'autre côté du miroir, de basculer dans le côté obscur, et de se retrouver allongé sur le divan.
Il paraîtrait, selon certaines études (qu'il faudrait que je cherche, par exemple), que les internes sont réputés pour être une "population fragile". A cause du côté ambigu de notre profession, à la fois étudiant imberbe et médecin aguerri. Tantôt en formation, tantôt en pleine responsabilité face au patient. A cause principalement de notre emploi du temps, avec la succession des gardes et le manque de sommeil.
J'ai trouvé ça sympathique de sa part.
Je ne sais pas si je dois me considérer comme "fragile", mais au moins ça m'a fait du bien qu'on me dise que ce que je fais n'est pas tous les jours évident. Je sais bien que c'est con comme sentiment, mais une fois de temps en temps, qu'on me reconnaisse au moins ça, c'est déjà énorme.
Mon stage a l'air très bien. Je ne peux m'étendre plus que ça, car pour l'instant, je n'ai pas encore vraiment mis le pied dedans.
On verra ça demain, avec une première garde pour se mettre en jambe.
Il faudra simplement que j'explique à mes patients de me ménager, car je suis encore une petite chose fragile...
24 octobre 2009
Je t'aime moi non plus
Un stage de six mois, c'est à la fois long et rapide.
Long, parce que si on ne s'entend pas avec ses collègues, ou si l'ambiance est pesante dans le service, ou encore si la quantité de travail paraît insurmontable, ou etc... - eh bien la libération prévue six mois plus tard nous semble très lointaine.
Rapide, parce qu'en même temps, on s'habitue, on prend ses aises petit à petit, on prend aussi ses marques et on fait contre mauvaise fortune bon coeur. Après tout, on est là pour six longs mois, autant que tout se passe bien ! Et tout commence avec un soupçon de bonne volonté.
C'est assez original côté professionnel. Peu de formations permettent des stages de six mois comme les nôtres, obligatoires et s'enchaînant inlassablement jusqu'à la fin de notre internat.
Un ingénieur fait rarement un stage de six mois, c'est plutôt un an voire plus si affinités...
C'est tout de même bien comme système, parce qu'il nous permet de "visiter" différents hôpitaux, de connaître différentes équipes, parfois différentes manières de faire, et je trouve que s'adapter au sein de chaque stage est finalement très enrichissant pour chacun d'entre nous.
Je trouve à chaque fois que c'est difficile de tout recommencer à zéro : personne ne me connaît, il faudra une fois de plus prendre patience, me présenter, et aussi faire mes preuves.
Même si je grandis dans mon internat, et que je deviens 3e semestre, je vais arriver morte de trouille le premier jour. Le coeur qui bat sourdement dans ma poitrine, la voix un brin chevrotante, les doigts qui tremblent juste un peu... tout cela mêlé à de l'excitation de découvrir mon nouveau terrain de jeu pour les six mois suivants.
Repérer les lieux, ne pas me paumer lors de ma première garde, me présenter à l'équipe paramédicale, me souvenir de tous les prénoms (et ce n'est pas une mince affaire...), faire mes preuves et en même temps savoir quand appeler mes chefs... et apprendre, sans cesse apprendre mon nouveau métier.
Et ce qui m'interpelle le plus en ce moment : les collègues.
Une relation très particulière.
Les co-internes.
Six mois à se voir tous les jours, à devenir proches, potes, parfois amis.
Ou alors six mois à devoir se supporter cordialement, alors que le courant ne passe pas.
Ce qui pose problème, c'est quand on ne peut pas se voir. Situation très cocasse, parce qu'on ne peut pas casser du sucre sur le dos de ses collègues, on est tout de même dans le même bateau, et malheureusement un minimum de soutien est nécessaire. Même si on ne peut pas se blairer.
Le statut de l'interne est assez bancal, tout se joue sur une majorité d'exploitation, mais avec le sourire. Tout le monde est passé par là, pourquoi changer le cercle vicieux ?
On doit pouvoir se soutenir, se serrer les coudes face à l'emploi du temps, à la charge de travail, aux équipes paramédicales anti-interne (si si, ça existe, même si c'est rare, heureusement !), aux chefs parfois absents et peu pédagogues...
Relation basée sur le faux-cu-ïsme avant tout. Manipulation, sourire par devant et doigt d'honneur par derrière...
Genre on est les meilleurs potes du monde pendant six mois, et dès le dernier jour achevé, on s'oublie mutuellement.
Mais heureusement, il y a des belles rencontres, des amitiés toutes neuves qui durent. Heureusement.
Au revoir, 2e stage d'internat.
Au revoir, 1ère année d'internat.
Putain, comme le temps passe vite.
17 octobre 2009
Suivant !
Future interne en service de pédiatrie !
Je ne vais pas chômer de l'hiver... mais au moins je vais apprendre énormément, et au bout de 6 mois, les p'tits bouts n'auront plus de secret pour moi.
RDV dans 2 semaines !
;)
10 septembre 2009
Gaffe
Mme V. est une patiente de 75 ans hospitalisée depuis mi-août pour des douleurs costales qui durent depuis quasiment 1 an.
Forcément, avec ce motif d'hospitalisation, chaque soignant qui se respecte a son alarme intérieure qui se met à sonner. On pense immédiatement à quelque chose de méchant, et on n'en démordra pas tant que tous les examens n'auront pas été faits.
C'est impensable d'avoir des douleurs osseuses depuis 1 an, dont la cause serait bénigne... Jamais vu ça. Notre travail nous confronte souvent (toujours ?) à des situations critiques et pas drôles.
J'aimerais pouvoir annoncer à une famille que non, il ne s'agit pas d'un cancer, mais d'une carence en une nouvelle vitamine qu'on vient de découvrir ! Et le traitement serait magique : une injection, et tout le monde est guéri.
Ce n'est évidemment pas le cas de Mme V.
Je persiste et signe dans ma nouvelle spécialité d'apprentie-oncologue. Et je trouve cela toujours aussi difficile, si ce n'est plus.
Il faut sans cesse puiser dans ses ressources, et essayer de se montrer "empathique", pas sympathique. J'ai une relation trop proche et trop personnelle avec mes patients, ça je le sais bien, mais c'est difficile de garder une distance et de s'éloigner.
Pour l'instant, je n'y parviens pas toujours.
Et j'ai l'impression d'apprendre avec eux les mauvaises nouvelles de plein fouet, et je n'en ressors jamais indemne.
Je suis revenue de vacances et j'ai récupéré Mme V. comme patiente. Le bilan était en cours. La scintigraphie osseuse nous confirme ce qu'on suspectait : multiples localisations osseuses secondaires. La recherche de la tumeur primitive s'est révélée jusqu'à maintenant infructueuse.
Il s'agit probablement d'un sein, mais nous n'en sommes pas encore sûrs. La patiente sera transférée en oncologie pour poursuivre les examens et discuter un traitement.
Ma chef me dit qu'elle n'a rien dit à la patiente pour l'instant, mais que sa fille est au courant. Pas d'autre information.
Une fois encore, je peste contre l'organisation de mon service, en me rappelant les autres patients atteints de cancer, et à qui personne n'avait annoncé le diagnostic. Personne, sauf moi. Avec des mots bredouillants, maladroits et le coeur qui bat la chamade dans ma poitrine.
Je revis cette situation encore une fois.
La patiente sera transférée dans la semaine, peut-être même demain, et je ne conçois pas qu'elle quitte le service sans savoir. Quelqu'un fera peut-être la gaffe de prononcer le mot tant redouté devant elle sans prendre de précaution, pensant que la patiente est au courant... Et je sais que cette nouvelle la dévasterait.
Alors, une fois de plus, je me dis que ça va encore être moi la porteuse de la mauvaise parole.
Je profite que sa voisine soit en examen pour prendre mon courage à deux mains et tenter de lui parler. Elle est à mille lieux de se douter de ce que je m'apprête à lui dire.
J'essaie de prendre des précautions, de lui dire que rien n'est sûr mais qu'on essaie de comprendre l'origine de ses douleurs... je tourne autour du pot.
Puis je me lance.
A l'entente du mot fatidique, elle pousse un cri et se met à pleurer.
Je me sens super mal, j'ai même les larmes aux yeux. J'essaie de lui expliquer qu'on n'est pas sûrs, alors que c'est un gros mensonge... Je me sens toute penaude.
Je préviens le reste de l'équipe d'être particulièrement à son écoute ce jour, parce que j'ai un peu énoncé le diagnostic qui fait peur.
L'après-midi de cette fameuse journée, une aide-soignante m'attrape pour me dire que la fille de Mme V. est là et veut me voir.
Je ne sais pas pourquoi, mais de suite je suis mal à l'aise.
Sa fille me dit d'entrée qu'elle voulait annoncer elle-même le diagnostic à sa mère et qu'elle l'avait précisé à ma chef.
Hum.
Silence.
Je perds toute contenance, toute crédibilité, tout professionnalisme (si tant est que j'en eû eu).
Je m'excuse, chose que je n'aurai peut-être pas dû faire.
Ensuite, je lui explique que sa mère est attendue en oncologie, et qu'il était hors de question qu'elle l'apprenne de façon maladroite.
Et puis en discutant avec elle, je me suis rendue compte qu'elle n'avait pas tout compris sur la pathologie de sa mère... connaissant ma chef, elle a dû lui envoyer quelques infos en pleine face sans essayer de lui expliquer.
Donc je reprends tout depuis le début, j'explique où on en est et ce qu'on attend.
A la fin de notre entrevue, elle m'a remerciée et est partie en souriant rejoindre sa mère.
Je ne pense pas qu'elle m'en veuille, mais je me suis sentie super mal le reste de l'après-midi. J'avais la sensation dérangeante d'avoir fait une grosse gaffe et je m'en voulais un peu.
En même temps, je trouve ça un peu limite de laisser la fille annoncer une telle nouvelle à sa mère. Qu'elle la prépare psychologiquement, oui, mais il faut quand même un médecin dans le coin pour préciser quelques trucs et répondre aux questions...
Je me suis peut-être un peu précipitée pour lui dire. J'ai profité de l'absence de sa voisine, mais j'aurai pu attendre le lendemain.
Je ne sais pas si c'est mieux comme ça. La patiente part aujourd'hui en oncologie. Je suis passée la voir hier, elle semblait éteinte. Elle est morte de trouille.
Je lui ai dit que j'essaierai de passer la voir dans son nouveau service. Oui, je sais, c'est pas bien, c'est pas professionnel ni "empathique"...
Mais je suis comme ça, je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire ça. Parce que je sais que ça lui fera plaisir de me voir, et je ne peux pas lui refuser un petit peu de chaleur dans le coeur.
