25 juillet 2009
Super-doc
Depuis jeudi, c'est le rôle du médecin généraliste de prendre en charge les suspicions de grippe A. Plus besoin de faire le 15 ni de courir dans le service d'urgences le plus proche, il suffit juste désormais de prendre rendez-vous chez son médecin traitant.
A voir cependant... les idées de "salle d'attente dédiée aux suspicions de sujet contact", ou alors la disposition du matériel en quantité nécessaire en cabinet, et aussi les problèmes d'informations des médecins concernés... ici.
Lire aussi la lettre de Mme la ministre ici.
Les médecins traitants sont donc maintenant les premiers face à ce début de pandémie mondiale. L'hiver sera rude pour les super-docs...
23 juillet 2009
Journée estudiantine
Une journée sans hôpital, sans patient, sans blouse, sans examen, sans dossier... Je ne suis pas un apprenti-docteur aujourd'hui, je suis une simple étudiante qui étudie. Une pochette, des feuilles, un stylo. Je change d'apparat.
J'entrevois mes futurs terrains de stage : le praticien, avec un livret de stage à remplir, contenant l'ensemble des actes que je ferais ou que je verrais faire, où seront notés mes progrès et mon autonomie grandissante face aux patients...
La vision de mon avenir, là où j'exercerai pour encore un bon paquet d'années.
Exercice libéral, ambulatoire. Moi, face à mes patients dans mon cabinet.
Hâte, impatience. Un peu ras-le-bol du fonctionnement hospitalier.
Je réfléchis à mon futur sujet de thèse (taaaaaahh !!), qui pour l'instant est un énorme point d'interrogation. Tant de sujets paraissent intéressants, mais lequel choisir, lequel peaufiner, sur lequel s'étendre pendant plus de 2 ans ?
Encore 2 ans d'études, où je peux me planquer derrière cette excuse. "Ah mais moi je ne suis pas encore docteur, hein, je suis étudiante" !
C'est un peu lâche et je n'y recours pas toujours, mais une fois de temps en temps... ça ne fait pas de mal. Pour faire prendre conscience à un chef que j'ai besoin d'aide, je n'hésite pas à la sortir. On a toujours besoin d'aide quelque part.
Mon cursus n'est pas encore proche de la fin, mais croyez-le, ça ne me dérange pas. Quoi, encore étudiante à 26 ans ?? Mais tu finis à quel âge ?!
Je finirai quand viendra le bon moment.
30 mars 2009
Choix de stage, deuxième partie
Aujourd'hui, moment très stressant et très angoissant pour tout étudiant en médecine, qu'il soit externe ou interne : le fameux choix de stage hospitalier.
Déjà, pour mes stages d'externat, j'arrivais à me ronger les sangs sur mon futur terrain professionnel, alors que j'étais loin de jouer ma vie et mon avenir... Et pourtant, j'ai réussi à avoir toujours ce qui m'intéressait, ou presque toujours.
Pour mon premier stage, je suis ravie et ne regrette absolument pas mon choix. Évidemment, avant de choisir, j'étais super angoissée, alors que j'avais préparé une liste infinie de stages par ordre de préférence !
Aucun regret pour mon stage d'urgence.
Et me revoici aujourd'hui, sortant d'une garde atroce où je n'ai pas fermé l'oeil une minute, pour de nouveau aller m'enfermer dans les sous-sols de la DRASS pour choisir mon deuxième semestre.
Rien qu'à entrer dans la salle, on sent une tension indescriptible, comme si chacun jouait sa vie lors de ce choix.
En même temps, on pensait avoir plus de choix, ou du moins, plus de postes dans certains stages. Les semestres avant nous ont choisi probablement les stages les plus intéressants, et nous, jeunes semestres tout neufs et tout stressés, nous prions pour que ceux classés avant nous choisissent un terrain de stage à l'autre bout de l'île de France...
D'ailleurs, j'ai été étonnée et agréablement surprise de constater que ce ne sont pas toujours les stages de Paris intra-muros qui partent en premier. Pour ma part, chacun connaît mon avis, depuis que j'ai goûté aux hopîtaux périphériques !
C'est un moment particulier de nos études, ce choix de stage. C'est comme une gigantesque loterie, un immense loto, où chacun note fébrilement sur ses cahiers le stage qui vient d'être choisi.
On barre les stages où tout a été pris, on diminue les postes dans les autres stages, et surtout, on continue de prier irrationnellement pour celui qu'on vise comme le messie soit boudé par l'ensemble de nos collègues.
C'est étrange, parce que dans 90% des cas, les gens sont heureux de leur stage. J'ai toujours été convaincue qu'une évaluation de stage ne dépend que des étudiants qui y ont été, et que c'est nous en y allant, qui fabriquons nous-mêmes l'ambiance et le sentiment d'être bien dans ce stage. Il suffit d'un zeste de motivation, agrémenté de bonne humeur et saupoudré de bonne volonté...
Un loterie qui décide un peu de nos avenirs, de nos vies. Certes, les stages se valent à quelques détails près, mais je me plais à croire qu'une rencontre dans un stage peut encore bouleverser nos jeunes carrières. Un gériatre passionné par ses patients, un infectiologue amoureux de ses microbes, un urgentiste toujours d'attaque, un nutritionniste motivé...
J'ai la chance d'avoir une panoplie de spécialisations devant moi, et je dois avouer que certains jours, je me pose sérieusement la question de compléter ma formation de généraliste afin de faire plusieurs carrières dans ma vie.
Bien-sûr, mon premier amour vers lequel je reviendrai éternellement est la médecine ambulatoire, en cabinet. Mais pourquoi ne pas vivre plusieurs vies ? Quelques années urgentiste ? Ou alors ajouter un peu d'infectieux à mon bagage médical ? Ou plein de choses encore...
C'est finalement un pari de choisir tel ou tel stage. Cet instant à la fois redouté et tant attendu nous permet de partir à la découverte d'un nouvel hôpital, de nouvelles équipes, de nouvelles pratiques médicales, et pourquoi pas, d'un nouvel avenir.
Le stress est ainsi de mise !
Je croise les doigts...
08 janvier 2009
Dépendance
Aujourd'hui, encore un cours à la fac, concernant la prévention de la dépendance chez les personnes âgées. Sujet entièrement d'actualité, et dans lequel le généraliste joue un rôle-clé.
J'étais perdue dans mes pensées durant le cours, m'imaginant dans quelques années, quand ce sera mon tour de faire de la prévention...
Je ne dois pas encore réaliser la tâche entière du médecin généraliste.
Je n'y ai été que très peu sensibilisée pendant mon cursus, et je n'ai passé qu'une journée chez le praticien.
Ma vision de mon futur métier se cantonne aux missions que j'envoie aux médecins traitants des patients que j'ai vus à l'hôpital.
J'aime bien remettre un courrier ou un compte-rendu de leur passage aux urgences, pour leur médecin, afin que celui-ci soit tenu au courant de l'évènement aigu survenu chez leur patient. En effet, certains malades ne comprennent pas toujours exactement leur diagnostic, le traitement qu'on leur a administré et la suite qu'il faut prévoir. Alors, imaginons quelques secondes le regard inexpressif dudit patient lorsque son médecin lui demande pourquoi il est allé aux urgences...
Evidemment, la bobologie pure et dure ne nécessite pas toujours un courrier de renvoi auprès du médecin traitant, ce sont les maladies chroniques déséquilibrées, ou encore des patients fragiles qu'il faut surveiller de près.
Le rôle du généraliste pour l'instant, vu par mes yeux, est d'abord le suivi.
Viennent ensuite l'éducation et l'information (ou la formation ?), qui à mon sens, prennent beaucoup de temps et nécessitent sûrement plus d'une consultation. Le patient peut être sensibilisé à sa maladie lors de son séjour à l'hôpital, mais il est rare qu'il comprenne tout d'une traite, alors que nous, médecins, mettons des années à tout ingurgiter. Il serait injuste de demander aux patients de tout comprendre en vingt minutes.
Alors, forcément, celui qui récupère tout comme ça, limite dans un bordel monstre, c'est le gentil généraliste.
Qui se tape des diabétiques, des hypertendus ou autres chroniques au début de leur maladie, qui n'ont pas encore saisi la chronicité et la morbidité de leur pathologie, et qui déboulent en consultation affolés, parce que le médecin de l'hôpital il a dit qu'il fallait un scanner et pourquoi un scanner d'abord, je comprends rien docteur...
Qui se tape des suites de lumbago difficiles à prendre en charge, tant sur le plan de la douleur que du retentissement psycho-social.
Qui se tape des personnes âgées à gérer, pour prévenir la dépendance. Concrètement ? Genre le gentil généraliste il a le temps d'évaluer l'état nutritionnel par un MNA, d'évaluer les fonctions cognitives avec un MMS, d'évaluer l'équilibre avec un "get up and go test", d'évaluer le degré d'autonomie avec la grille AGGIR... et tout ça le temps d'une consultation. Si le petit vieux ou la petite vieille peut se déplacer, sinon c'est une simple visite à domicile...
On apprend depuis tout petit docteur à travailler en équipe, à compter sur les différents services de l'hôpital, l'ensemble des spécialistes, et même les labos de biochimie, biologie et compagnie.
La réalité, pour la moitié d'entre nous, est toute autre.
Un travail différent, une pratique différente, où on se retrouve soudainement plongé dans l'exercice de ville, avec des moyens différents parce que non disponibles comme à l'hôpital.
On se retrouve seul avec nos petits bras à s'occuper de tout : des suites d'hospitalisation, du suivi, de l'éducation, de l'information, de la prévention, de la psychologie de soutien...
Seul.
Heureusement, il y a des réseaux. Pour l'instant, je ne peux développer l'idée, car je n'ai pas encore fait mon stage chez le praticien, donc c'est encore un mystère de mon futur job à creuser.
Après, il y a des centres de soins, où le patient peut trouver des médecins et plusieurs paramédicaux au même endroit.
Après... je sèche. J'en saurais plus dans quelques mois, mais cette espèce d'ombre floue sur mon avenir me pèse parfois. J'aimerais connaître déjà la plupart des facettes de mon métier, et cesser d'en découvrir à chaque coin de rue.
Développons l'enseignement en libéral, les stages chez le praticien qui naissent ici et là, et surtout, n'arrêtons pas...
Quoi qu'il en soit, un généraliste est comme tous les autres docteurs : dépendant des autres pour bien faire son travail et s'occuper correctement de ses patients.
Développons les réseaux, et tout ce qui va avec, pour ne pas laisser de jeunes généralistes débutants seuls au monde...
18 décembre 2008
Besoin de vous...
J'ai eu ma première session de tutorat à la fac hier, et il s'agissait d'un premier enseignement expérimental. C'est en effet l'année où ma fac essaie de se calquer sur une autre, qui ne propose plus aucun cours à ses étudiants, mais ce genre de réunion tutorée, où tous les participants discutent et débatent autour d'un cas clinique donné.
Le concept est nouveau pour nos professeurs, et assez intéressant pour les étudiants. Au moins, il a la qualité de changer des cours habituels avec étudiants assis, écoutant palabrer pendant 2h un vieux professeur qui rabâche le même savoir depuis des années.
Chacun d'entre nous devait ramener ses notes concernant une situation qui nous a posé problème. Il fallait pouvoir raconter une histoire de patient dans toutes ses composantes, qu'elles soient médicale, sociale, éthique...
On a tous présenté brièvement notre cas, et ensuite nous avons discuté pour en approfondir un seul.
Celui qui a remporté la victoire concerne une jeune femme de 20 ans, présentant un handicap mental sévère,un diabète de type 1, chez laquelle on vient de diagnostiquer une grossesse.
Alors, évidemment, un milliard de questions et de problèmes sont soulevés par ce cas clinique.
Nous avons discuté plus d'une heure, en essayant de dégager le plus d'interrogations possibles, sur le maximum de domaines.
Chaque étudiant est reparti avec une question à traiter pour la prochaine session.
Mon post n'est pas désintéressé... J'en appelle à votre aide pour trouver des références, des infos sur le net ou ailleurs concernant ma question.
Je dois traiter de la déclaration du handicap faite par le généraliste, avec les questionnaires à connaître, les cheminements nécessaires afin que le patient touche les bonnes aides.
Je dois également faire une simulation de déclaration pour la patiente dont nous avons parlé durant notre séance.
Donc, si vous connaissez des sites internet ou des assistantes sociales du tonnerre, ou encore des généralistes super pro de ce genre de déclarations, je suis preneuse !
Je suis contente d'être tombée sur ce genre de questions, parce qu'elle me servira dans ma pratique future. Je ne me sentirais pas dépassée lorsque le patient me tendra les questionnaires à remplir, et je saurais cocher les bonnes cases afin qu'il bénéficie des aides adéquates.
Comme quoi, j'en apprendrai tous les jours pendant encore longtemps...
04 décembre 2008
Bac +32
Après avoir passé brillamment l'ECN, l'étudiant en médecine, qui est déjà à Bac +6 (ou +7 s'il a redoublé la première année, ce que font la majorité des étudiants), se dit qu'il va enfin prendre du galon.
Devenir interne. La grande classe.
L'interne, c'est celui qui est apprenti-médecin, mais qui a déjà plus de responsabilités que le simple externe qu'il était quelques mois auparavant.
L'interne, c'est celui qui fait tourner les services des hôpitaux.
L'interne, c'est celui que les patients voient en tout premier, avant de voir (éventuellement) les chefs.
Mais l'interne c'est aussi et avant tout, un étudiant.
Comment arriver à avancer dans la vie professionnelle alors qu'on reste éternellement sur les bancs de la fac ?
Comment arriver à avoir un minimum d'assurance et de crédibilité auprès des patients, alors qu'on est encore et toujours un être en devenir ?
Priorité aux études, certes. Mais il arrive un moment où on a envie de voler de ses propres ailes...
Il faut néanmoins beaucoup de pratique et d'expérience avant d'être lâché seul dans la nature, et d'ailleurs heureusement.
Mais pourquoi nous surcharger abondamment de cours à la fac ? A-t-on vraisemblablement encore des choses théoriques à apprendre ?
Aujourd'hui, cours du DES de médecine générale à la fac. Je suis de repos, donc j'en profite pour faire la grasse matinée avant d'aller coller mon derrière sur une vieille chaise pendant 4 longues et interminables heures.
Déjà, je suis restée dans mon ancienne fac. Probable grosse erreur. A chaque fois que j'arrive là-bas, j'ai l'impression de régresser et de me revoir en P2, à faire semblant de connaître toute la médecine sur le bout des doigts. De longues et riches années sont passées, mais non, je me retrouve une nouvelle fois sur les mêmes chaises, dans les mêmes salles à regarder par la même fenêtre.
De la théorie. Encore. Toujours. Eternellement ?
Je me plais à croire qu'un jour peut-être, j'arrêterais de venir dans cette fac, m'asseoir pour assister à des cours.
Qu'un jour je me baserais essentiellement sur de la pratique, et je ne ferais appel à de la théorie que pour réactualiser mes connaissances.
Qu'un jour, enfin, je ne serais plus étudiante.
22 octobre 2008
Courrier surprise
Petits extraits de la lettre adressée par le coordonnateur du DES de médecine générale à tous les nouveaux internes :
"Les récents Etats Généraux de l’Organisation des Soins (EGOS) confirment le rôle central du médecin généraliste dans le système de soins. Ses missions sont confirmées et détaillées. Il importe donc que les jeunes professionnels que vous allez devenir bénéficient d’une formation adaptée à ces missions et soient capables de délivrer des soins de qualité à la population."
"Vous intégrez le DES à un moment
où la médecine générale est confortée dans un rôle central dans le système de
soins et où la filière universitaire se
construit. A l’avenir elle ne peut que se développer.
Est-ce que c'est un courrier pour encourager les plus démotivés ? Ou pour renforcer des vocations ? En tout cas, ça me plaît... Je rentre dans une formation qui se trouve être en plein essor, et qui va nous offrir au fur et à mesure de notre cursus une multitude de possibilités pour l'avenir.
Des choix, tant dans la vie personnelle que professionnelle. Du développement. De
la
recherche. Du bonheur, quoi !
10 octobre 2008
Avant-goût
Hier, j'ai eu l'opportunité et la chance inouïe de passer une journée entière auprès d'un généraliste installé en libéral.
J'ai eu cette brillante idée grâce à l'un de mes anciens internes en MG qui est en ce moment en stage chez lui, et à qui j'avais soumis mes inquiétudes quant à l'exercice libéral auquel je n'avais jamais été confrontée. Il m'a alors proposé de venir assister à une journée chez l'un de ses praticiens du moment, qu'il respecte énormément pour leur savoir et leur pratique, en me précisant que c'était l'un des meilleurs généralistes qu'il eût connu dans son parcours.
Il n'en fallait pas plus pour me motiver ! J'étais très enjouée par cette expérience, en me disant qu'elle allait représenter un test : avais-je fais le bon pari sur l'avenir, en misant sur la MG et l'exercice libéral sur le long terme ?
Ce MG est effectivement génialissime. Il est très pédagogue, il a passé son temps à me poser des questions sur tout et n'importe quoi : la sémiologie (ça ne m'a pas fait de mal de réviser un peu), la clinique, les symptômes, les nouvelles recommandations sur tel ou tel traitement (que je connaissais pour l'ECN, mais que j'ai bien oubliées !!!)... et dès que je lui avouais ne pas savoir, aucune pression de sa part, vraiment tout pour me mettre à l'aise.
J'ai réalisé que je n'avais finalement pas tout oublié, et puis les souvenirs reviennent vite...
Il est passionné par son travail, et il a essayé de me montrer à quel point j'avais fait le bon choix.
La médecine générale se décompose en plusieurs parties distinctes : une médecine préventive, une médecine de suivi ou de long terme, une de santé publique, une d'urgence...
Bref, on devrait appeler cette spécialité "les médecines générales" !
Et en pratique, tout s'est vérifié :
- des consultations pour des certificats médicaux, avec un grand rôle du médecin sur la prévention
- des consult de suivi de patients hypertendus (LA première maladie en cabinet donc par coeuuuuuuuuuuur) ou diabétiques, chacun amenant ses prises de sang de contrôle ou ses chiffres d'automesure de la PA ; ou encore une vieille dame souffrant d'une AOMI stable avec un bilan cardiaque de suivi normal
- des consult d'urgence d'enfant pour gastro-entérite aiguë, avec un petit rappel sur les vaccins, ni vu ni connu
- d'autres sur des symptômes précis : une douleur et un épanchement articulaire du genou post-arthroscopie, un kyste synovial et une tendinite bilatérale, une migraine, des malaises vagaux à répétition...
Bref, que du bonheur. Des pathologies variées, des patients variés, des buts différents selon les consultations...
A chaque nouveau patient, on ignore ce qui va nous arriver. Pourquoi cette jeune fille est-elle là ? Certificat médical, contraception, symptôme précis ??
Et malgré ce motif de consultation, il faut toujours gratter un peu pour découvrir ce qui se cache derrière. Rechercher des signes caractéristiques de dépression chez cette vieille patiente qui consulte pour un RGO... ou alors faire préciser le malaise à un jeune homme, terriblement stressé par une nouvelle promotion...
J'ai découvert une façon de faire différente de celle à laquelle je suis sensibilisée. J'ai la connaissance, mais je l'ai acquise pour une pratique hospitalière. Pas du tout adaptée à un exercice de ville.
Exemple : comment voir si un enfant est à jour de ses vaccinations super rapidement ?...
Tinininininin... je me souviens (vaguement) les dates des vaccins : 2e,3e,4e mois, puis rappel à un an, puis rappel à 5 ans... euh non, 2 rappels à 5ans, puis tous les 10 ans !
Super fière de sortir ça ! (comme quoi, je m'en souviens super bien du fameux item 76...^^)
Et lui me regarde, goguenard.
"Et c'est rapide, ça ?"
"Euh..."
A vrai dire, pas du tout. Si je fais ça à chaque gamin, j'suis pas sortie de l'auberge.
"Et ça fait combien d'injections en tout si t'as 21 ans ?"
1,2,3...
"ça fait 7. Alors tu comptes le nombre d'injections écrites sur le carnet de santé, et s'il y en a 7, notre jeune patiente est à jour."
C'est vrai que ce n'est pas du grand art, mais en tout cas c'est un tuyau bon à prendre pour gagner du temps tout en étant consciencieux dans son travail.
Et la journée a été riche en petits tuyaux de ce genre...
J'ai adoré cette journée. Elle m'a confirmée que je ne m'étais pas trompée. J'ai fait un pari sur l'avenir en choisissant MG et en me voyant sur le long terme travaillant en cabinet, et allant voir mes patients...
J'ai fait le bon choix, aucun souci.
Le travail en cabinet est riche lui-aussi, il y a plusieurs facettes dans cette profession. On revêt plusieurs casquettes, on a plusieurs rôles... Et on ne sait jamais lequel on va jouer face au nouveau patient.
Et surtout il ne faut jamais oublier de penser à tout !!!! Dit comme ça, c'est compliqué...
Toujours examiner ses patients à fond, ne passer à côté de rien. Même eux sont rassurés par cette démarche, et parfois ils se souviennent que oui, ils ont aussi mal au genou... ou alors une grosseur apparue récemment là, dans le dos...
Que du bonheur !
Le fait de refaire de la médecine depuis plus de 2 mois a dû énormément jouer aussi... j'ai réalisé à quel point cela m'avait manquée.
Vivement novembre... (et vivement mon installation future aussi !)
18 septembre 2008
Il faut sauver le soldat généraliste...
Je me demande finalement dans quoi je me lance. Je n'arrête pas d'entendre partout qu'il faut revaloriser la médecine générale, même Bachelot veut soutenir les généralistes avec ses projets de loi.
Mais que se passe-t-il réellement en pratique dans notre beau pays ?
Je ne peux pas encore parler de la profession libérale en elle-même, car je deviens tout juste interne. Je pense qu'il y a suffisamment de médecins qui essaient d'alarmer tant bien que mal nos chères institutions.
Moi je peux juste parler à ma hauteur : celle du regard des étudiants en médecine sur la médecine générale. Depuis qu'on est des bébés-docteurs, on vit dans une atmosphère impropre à la médecine générale. On passe notre temps dans des CHU, dans des services de spécialité, avec des spécialistes qui pètent pour certains beaucoup plus haut que leur cul ; et la seule version qu'on peut avoir de ce type d'exercice est celle que les spécialistes nous donnent, eux, alors qu'ils sont bien incapables d'en parler vu qu'ils n'en font pas partie !
Depuis 2006, il paraît qu'il y a des efforts de fait pour valoriser la filière de médecine générale. Comprendre : faire naître des vocations parce qu'on en manque sérieusement. Seulement, moi, à mon petit niveau de bas d'échelle, je peux témoigner.
Ils sont où, ces fameux stages chez le praticien ? Moi je n'en ai pas vu un seul. Et les postes de clinicat ?? Seulement 8 en 2008 ?? Et combien en spécialité, histoire de comparer ?
Je suis bien consciente qu'il faut du temps pour développer une filière universitaire de cette envergure, mais a-t-on compris que c'était assez urgent ?
Tout cela pour illustrer le fait que l'énoooooorme majorité des étudiants en médecine qui arrivent au bout de leur externat est absolument indifférente à la médecine générale, et pire encore, prie pour y échapper.
Les quelques vocations qui persistent sont souvent ébranlées lorsque le classement à l'ECN est brillant et permet, finalement, de tenter une spécialité.
Pourquoi tenter l'impossible, quand un avenir qui apparaît plus facile s'ouvre devant nous ?
L'amphi de garnison représente parfaitement cette idée de presque "dégoût" qui anime les étudiants envers la médecine générale. La majorité des étudiants classés parmi les 1000 premiers préfèrent tenter une spécialité, et rares sont les courageux qui persistent et signent en osant prononcer le mot fatidique "médecine générale".
Ainsi, une bonne moitié (ou les deux tiers, soyons fous) de nos futurs médecins de ville le sera devenue contrainte et forcée, car les résultats à un concours national quelques années auparavant n'auront pas été à la hauteur des espérances.
Comme si on était revenus quelques décennies auparavant, quand les spécialistes représentaient la classe supérieure de la profession, et que les généralistes n'étaient que de simples "officiers de la santé".
Voir l'émission "Le magazine de la santé" à 21 min environ : http://www.france5.fr/magazinesante/video.cfm?file=http://www.france5.fr/images/emissions/009588/13/magsante_20080917.asx#
Quel est l'avenir de la médecine générale ? Est-on véritablement lancé sur une pente, jusqu'au crash final ? Quelles solutions-miracle apporter, afin de la sauver, et de susciter des vocations parmi les étudiants ??
Je ne peux pas me dire que j'ai fait le mauvais choix. Je me vois depuis si longtemps en tant que médecin de proximité, de famille, de confiance. Presque quelqu'un de la famille, finalement.
J'espère juste que l'avenir nous montrera une profession sous de meilleures augures, avec de l'épanouissement pour chaque praticien.
Une passion, un métier, oui. Un sacerdoce, non.
