L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

25 novembre 2009

Régime barquette

    Et une garde, encore une !

    Un poil moins de passages que durant le week-end, mais il y a toujours des motifs aussi surprenants : une douleur de cheville sans notion de traumatisme (un brillant diagnostic de maladie d'Osgood Schlatter pour les curieux), une colique salivaire à 2h du matin, un épisode d'hypothermie à 34° chez un nourrisson traité pour une fièvre depuis dimanche... et toujours des histoires merveilleuses de vomissements depuis cette nuit, de toux, de fièvre...

    Et toujours des parents anxieux, des parents agressifs parce qu'ils ont attendu et/ou parce qu'ils ont vu un ou plusieurs enfants passer devant le leur... On a beau rester calme, et leur expliquer qu'il existe différents degrés d'urgence, et qu'ils ne peuvent pas juger en voyant simplement l'enfant leur passer devant, c'est toujours dans le vide. Incompréhension totale. Du moment qu'il s'agit de leur mioche, tout le reste paraît moins grave.
    L'autre jour, on a eu un nouveau-né de 6 semaines atteint d'une bronchiolite très sévère en détresse respiratoire aiguë, et nous l'avons emmené au déchocage pour s'occuper correctement de lui. Je laisse ma chef au déchoc pour continuer les "consultations" aux urgences. Un père me prend la tête et me parle à la limite de la politesse parce que ça fait 2h qu'il attend avec sa fille de 4 ans qui a vomi ce matin. Perdant patience, je m'enflamme un peu et lui explique qu'il y a eu une réanimation d'un nouveau-né, et qu'évidemment cela nous a pris beaucoup de temps.
Silence.
Puis il me regarde, impassible : "et alors ?"

    Alors, rien. T'as raison, parle-moi mal, parce que c'est évident que ta fille est à l'article de la mort.
En journée, j'arrive encore à gérer mes pulsions agressives verbales.
La nuit, à 3h du matin, enchaînant 2 gardes en 3 jours, j'avoue que là, ma patience m'a déjà quittée depuis un bon bout de temps.
    J'ai failli lâcher le morceau, je sentais le sang affluer mes joues et noyer mon cerveau de colère, mais pourtant j'ai tenu bon. Au prix d'un effort inconsidérable, je n'ai pas hurlé, contrairement au père en face de moi, qui se prenait pour une victime de racisme, en me disant qu'on avait "jeté" sa fille et lui-même sur un banc au fond de la salle d'attente, et que pendant qu'ils attendaient sagement, l'infirmière d'accueil avait fait exprès de faire entrer en douce une centaine d'enfants arrivés après eux.
J'ai tenu bon, je me suis raccroché au dernier fil me liant à la raison, et je n'ai pas explosé.
Je lui ai répété qu'il y a plusieurs urgences, que ce n'est pas toujours facile de comprendre pourquoi l'enfant arrivé après eux a la chance extrême de pouvoir entrer dans un box, mais que c'est comme ça, qu'il faut patienter jusqu'à ce que son tour arrive.
    Je suis assez fière d'avoir tenu bon. Ce cher monsieur a bien ébranlé la machine, mais je suis restée solidement ancrée et sûre de moi, calme et professionnelle.
Une phrase de plus, je lui aurai rendu le carnet de santé de sa fille et j'aurai claqué la porte du box...

    Encore une garde où j'ai mangé les délicieuses barquettes de l'hôpital. Je suis abonnée depuis le début au poisson pané-purée.
Voilà peut-être pourquoi j'ai perdu quelques grammes depuis mon arrivée dans le service...

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22 novembre 2009

Histoire d'urgence

    Une journée passée si vite... Je n'ai pas vu la matinée ni l'après-midi passer. Un déjeuner de bonnes barquettes de l'hôpital avalé en 10 minutes à 17h30, puis j'ai eu le temps de regarder une nouvelle fois la pendule à... 21h30.
C'est l'avantage quand ça se bouscule aux urgences, au moins, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
On le sent bien physiquement, au bout d'un moment : mal dans les jambes, mal de dos, fatigue générale tout simplement.

    Je crois que j'ai vu en 24h autant d'enfants que depuis le début de mon stage voilà déjà 3 semaines. Toujours 6 ou 7 en attente en moyenne, de 10h du matin à... 10h du matin. Une accalmie m'a permis de me poser 1h entre 6 et 7h du matin, puis rebelote.

    Fièvre, toux, gêne respiratoire, gastro...
Autant de motifs archi fréquents en pratique de ville et à l'hôpital pendant l'hiver.
Au moins, je vais devenir la spécialiste ès bronchiolite, gastro et rhino !
Je ne suis pas vraiment à l'aise avec le fameux motif "gêne respiratoire chez un nourrisson". Encore moins s'il a moins de 3 mois...
Je me sens soudain redevenir externe (ne pas y voir une quelconque remarque péjorative), mais j'ai besoin d'aide pour évaluer la gravité du bébé. On a beau avoir appris des signes cliniques dans les bouquins, j'ai toujours l'impression de mal les quantifier en pratique.
C'est con, je pense juste manquer d'expérience dans le domaine, voilà tout. Mais se tromper sur la gravité d'un gamin de 10 ans n'est pas strictement pareil que chez un bébé de 10 semaines...

    J'ai été servie hier ! Une bronchio par-ci, une pneumopathie par-là... et des nouveaux-nés de 15 jours, et des grands de 2 ans, etc.

    Il faudrait néanmoins que les parents sachent attendre un peu avant de foncer aux urgences pédiatriques.
Parce que la fièvre qui a débuté depuis cette nuit, et les parents qui appellent le Samu, moi j'en avais ma claque ce matin à 9h ! Un tant soit peu d'éducation, mais ça ne marche pas. Ma chef qui me dit de carrément les engueuler de venir, j'avoue ne pas avoir réussi. Je suis peut-être encore trop gentille, mais rien qu'à la fin de la nuit, j'étais devenue plus féroce avec les parents que la veille.
Ils me regardent, interdits, débiter mon discours, mais c'est comme si la transmission neuronale s'arrêtait dans leur cerveau. Ils me prennent délibérément pour une conne, et puis de toute façon, ils s'en fichent, parce que je suis obligée d'examiner leur gamin. Ils ont tout gagné ! Rien à foutre d'un discours moralisateur...

    Est-ce générationnel ? Ou est-ce que les jeunes parents sont encore plus flippés que leurs propres parents ? Est-ce dû à la médiatisation de toutes les pathologies des bébés ?
Difficile à analyser, surtout en sortie de garde, sans avoir dormi.
Je suis encore jeune, mais quand j'étais bébé, mes parents ne m'ont jamais emmenée aux urgences. A priori, ça ne se faisait pas à l'époque (ouh comme je suis vieille !). Un coup de téléphone au pédiatre et puis c'était réglé.
Pourquoi les urgences sont devenues aussi populaires au point de devenir un second lieu de consultation ?
Samedi après-midi, mince le médecin ne consulte plus, allons aux urgences !

    C'était en tout cas très formateur, mais super crevant. Un bon repos, et rebelote après-demain ! Mais quand est-ce que je dors dans l'histoire ?

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12 novembre 2009

Altruisme

    La campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) pour les personnes à risque initialement, puis pour le reste de la population qui le souhaite, a débuté aujourd'hui.
Les professionnels de la santé - qui l'ont voulu - ont déjà été vacciné la semaine dernière.

    Cette campagne a été largement couverte par les médias, voire même surmédiatisée, au point de développer un ras-le-bol chez la majorité des Français... voir ici.

    Les internes ont été informés des mesures prévues en cas d'un trop-plein de consultations dans les hôpitaux, des "plans blancs"... Je pensais tout savoir sur mon rôle dans cette grippe. Je n'avais pas pensé à une réquisition dans un centre de vaccination.

    Ce jour a démarré comme les autres, avec un staff où on a parlé des enfants hospitalisés dans le service, et des enfants allant plus ou moins bien.
Puis un coup de fil d'un numéro inconnu (pourquoi diable ai-je répondu ?!) qui me confirme que je suis bien inscrite pour demain dans le centre de vaccination d'une petite ville à côté de mon hôpital.
Pardon ?
SOS auprès de mon chef de service ! Je ne suis pas au courant, lui ne va sûrement pas être d'accord de se faire amputer d'une interne presque toute la journée, et puis non, c'est quoi cette histoire ? Pourquoi aucune information au préalable, qui nous dise qu'on était à risque d'être réquisitionné ?
La DDASS du département nous explique que certains centres de vaccination se sont retrouvés en panne de personnel médical, et qu'ils ont été dans l'obligation de faire appel à quelques internes.
Me voilà, Mme la Poisse. (Il fallait bien que je paye ma garde si calme !)
Pas des jeunes internes de médecine générale, noooon, des "vieux" semestres. Oui, parce qu'on a une qualification de vaccinologue confirmé durant la première année d'internat.
Evidemment, ceci ne concerne que les internes de médecine générale : un avant-goût de la pratique (ou manipulation ?) quand on exerce en ville...

    Je ne veux influencer personne, je suis dans l'incapacité de prédire les effets indésirables - ou pas - de ce vaccin, et je respecte le libre-choix de chacun dans cette vaccination non obligatoire.
Mais punaise, ceux qui flippent de la grippe, mais qui crient haut et fort être "rebelle" à toute forme de vaccin dans ce contexte, merci de ne pas venir aux urgences de quelconque hôpital à 4h du matin parce qu'on a un petit coup de fièvre et de toux !
Si vous flippez à ce point, allez vous faire vacciner. On a la chance ou l'opportunité d'avoir un vaccin accessible pour une pandémie grippale, donc au lieu de tergiverser jour et nuit, informez-vous BIEN et n'hésitez pas à consulter un médecin pour avoir des conseils.

    Il s'agit pour l'instant d'une grippe moins meurtrière que la grippe saisonnière, mais comme elle est très contagieuse et que très peu de gens sont immunisés contre cette souche, le nombre de cas sera beaucoup plus important en nombre absolu.
Selon les dernières estimations, la grippe saisonnière n'est pas encore en circulation. 98% des grippes A sont de type H1N1.
La plupart des gens atteints feront une grippe banale, mais malheureusement il y aura (déjà eu) des cas graves et mortels.

    Ne pas oublier qu'il s'agit d'un vaccin altruiste : c'est utile et nécessaire de se faire vacciner pour protéger son entourage, que ce soit un enfant asthmatique, un nourrisson, ou une femme enceinte...
Je verrais demain, si la population se sent concernée, ou reste boudeuse vis-à-vis du vaccin. J'emporte un bon bouquin ! Eh oui, vacation de 8h oblige...


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24 octobre 2009

Je t'aime moi non plus

    Un stage de six mois, c'est à la fois long et rapide.
Long, parce que si on ne s'entend pas avec ses collègues, ou si l'ambiance est pesante dans le service, ou encore si la quantité de travail paraît insurmontable, ou etc... - eh bien la libération prévue six mois plus tard nous semble très lointaine.
Rapide, parce qu'en même temps, on s'habitue, on prend ses aises petit à petit, on prend aussi ses marques et on fait contre mauvaise fortune bon coeur. Après tout, on est là pour six longs mois, autant que tout se passe bien ! Et tout commence avec un soupçon de bonne volonté.

     C'est assez original côté professionnel. Peu de formations permettent des stages de six mois comme les nôtres, obligatoires et s'enchaînant inlassablement jusqu'à la fin de notre internat.
Un ingénieur fait rarement un stage de six mois, c'est plutôt un an voire plus si affinités...
C'est tout de même bien comme système, parce qu'il nous permet de "visiter" différents hôpitaux, de connaître différentes équipes, parfois différentes manières de faire, et je trouve que s'adapter au sein de chaque stage est finalement très enrichissant pour chacun d'entre nous.

    Je trouve à chaque fois que c'est difficile de tout recommencer à zéro : personne ne me connaît, il faudra une fois de plus prendre patience, me présenter, et aussi faire mes preuves.
Même si je grandis dans mon internat, et que je deviens 3e semestre, je vais arriver morte de trouille le premier jour. Le coeur qui bat sourdement dans ma poitrine, la voix un brin chevrotante, les doigts qui tremblent juste un peu... tout cela mêlé à de l'excitation de découvrir mon nouveau terrain de jeu pour les six mois suivants.
Repérer les lieux, ne pas me paumer lors de ma première garde, me présenter à l'équipe paramédicale, me souvenir de tous les prénoms (et ce n'est pas une mince affaire...), faire mes preuves et en même temps savoir quand appeler mes chefs... et apprendre, sans cesse apprendre mon nouveau métier.

    Et ce qui m'interpelle le plus en ce moment : les collègues.
Une relation très particulière.
Les co-internes.
Six mois à se voir tous les jours, à devenir proches, potes, parfois amis.
Ou alors six mois à devoir se supporter cordialement, alors que le courant ne passe pas.
Ce qui pose problème, c'est quand on ne peut pas se voir. Situation très cocasse, parce qu'on ne peut pas casser du sucre sur le dos de ses collègues, on est tout de même dans le même bateau, et malheureusement un minimum de soutien est nécessaire. Même si on ne peut pas se blairer.
Le statut de l'interne est assez bancal, tout se joue sur une majorité d'exploitation, mais avec le sourire. Tout le monde est passé par là, pourquoi changer le cercle vicieux ?
On doit pouvoir se soutenir, se serrer les coudes face à l'emploi du temps, à la charge de travail, aux équipes paramédicales anti-interne (si si, ça existe, même si c'est rare, heureusement !), aux chefs parfois absents et peu pédagogues...
Relation basée sur le faux-cu-ïsme avant tout. Manipulation, sourire par devant et doigt d'honneur par derrière...
Genre on est les meilleurs potes du monde pendant six mois, et dès le dernier jour achevé, on s'oublie mutuellement.
Mais heureusement, il y a des belles rencontres, des amitiés toutes neuves qui durent. Heureusement.

    Au revoir, 2e stage d'internat.
Au revoir, 1ère année d'internat.
Putain, comme le temps passe vite.

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10 septembre 2009

Gaffe

    Mme V. est une patiente de 75 ans hospitalisée depuis mi-août pour des douleurs costales qui durent depuis quasiment 1 an.
Forcément, avec ce motif d'hospitalisation, chaque soignant qui se respecte a son alarme intérieure qui se met à sonner. On pense immédiatement à quelque chose de méchant, et on n'en démordra pas tant que tous les examens n'auront pas été faits.
C'est impensable d'avoir des douleurs osseuses depuis 1 an, dont la cause serait bénigne... Jamais vu ça. Notre travail nous confronte souvent (toujours ?) à des situations critiques et pas drôles.
J'aimerais pouvoir annoncer à une famille que non, il ne s'agit pas d'un cancer, mais d'une carence en une nouvelle vitamine qu'on vient de découvrir ! Et le traitement serait magique : une injection, et tout le monde est guéri.

    Ce n'est évidemment pas le cas de Mme V.
Je persiste et signe dans ma nouvelle spécialité d'apprentie-oncologue. Et je trouve cela toujours aussi difficile, si ce n'est plus.
Il faut sans cesse puiser dans ses ressources, et essayer de se montrer "empathique", pas sympathique. J'ai une relation trop proche et trop personnelle avec mes patients, ça je le sais bien, mais c'est difficile de garder une distance et de s'éloigner.
Pour l'instant, je n'y parviens pas toujours.
Et j'ai l'impression d'apprendre avec eux les mauvaises nouvelles de plein fouet, et je n'en ressors jamais indemne.

    Je suis revenue de vacances et j'ai récupéré Mme V. comme patiente. Le bilan était en cours. La scintigraphie osseuse nous confirme ce qu'on suspectait : multiples localisations osseuses secondaires. La recherche de la tumeur primitive s'est révélée jusqu'à maintenant infructueuse.
Il s'agit probablement d'un sein, mais nous n'en sommes pas encore sûrs. La patiente sera transférée en oncologie pour poursuivre les examens et discuter un traitement.

    Ma chef me dit qu'elle n'a rien dit à la patiente pour l'instant, mais que sa fille est au courant. Pas d'autre information.
Une fois encore, je peste contre l'organisation de mon service, en me rappelant les autres patients atteints de cancer, et à qui personne n'avait annoncé le diagnostic. Personne, sauf moi. Avec des mots bredouillants, maladroits et le coeur qui bat la chamade dans ma poitrine.
Je revis cette situation encore une fois.
La patiente sera transférée dans la semaine, peut-être même demain, et je ne conçois pas qu'elle quitte le service sans savoir. Quelqu'un fera peut-être la gaffe de prononcer le mot tant redouté devant elle sans prendre de précaution, pensant que la patiente est au courant... Et je sais que cette nouvelle la dévasterait.
Alors, une fois de plus, je me dis que ça va encore être moi la porteuse de la mauvaise parole.

    Je profite que sa voisine soit en examen pour prendre mon courage à deux mains et tenter de lui parler. Elle est à mille lieux de se douter de ce que je m'apprête à lui dire.
J'essaie de prendre des précautions, de lui dire que rien n'est sûr mais qu'on essaie de comprendre l'origine de ses douleurs... je tourne autour du pot.
Puis je me lance.
A l'entente du mot fatidique, elle pousse un cri et se met à pleurer.
Je me sens super mal, j'ai même les larmes aux yeux. J'essaie de lui expliquer qu'on n'est pas sûrs, alors que c'est un gros mensonge... Je me sens toute penaude.
Je préviens le reste de l'équipe d'être particulièrement à son écoute ce jour, parce que j'ai un peu énoncé le diagnostic qui fait peur.

    L'après-midi de cette fameuse journée, une aide-soignante m'attrape pour me dire que la fille de Mme V. est là et veut me voir.
Je ne sais pas pourquoi, mais de suite je suis mal à l'aise.
Sa fille me dit d'entrée qu'elle voulait annoncer elle-même le diagnostic à sa mère et qu'elle l'avait précisé à ma chef.
Hum.
Silence.
Je perds toute contenance, toute crédibilité, tout professionnalisme (si tant est que j'en eû eu).
Je m'excuse, chose que je n'aurai peut-être pas dû faire.
Ensuite, je lui explique que sa mère est attendue en oncologie, et qu'il était hors de question qu'elle l'apprenne de façon maladroite.
Et puis en discutant avec elle, je me suis rendue compte qu'elle n'avait pas tout compris sur la pathologie de sa mère... connaissant ma chef, elle a dû lui envoyer quelques infos en pleine face sans essayer de lui expliquer.
Donc je reprends tout depuis le début, j'explique où on en est et ce qu'on attend.
A la fin de notre entrevue, elle m'a remerciée et est partie en souriant rejoindre sa mère.

    Je ne pense pas qu'elle m'en veuille, mais je me suis sentie super mal le reste de l'après-midi. J'avais la sensation dérangeante d'avoir fait une grosse gaffe et je m'en voulais un peu.
En même temps, je trouve ça un peu limite de laisser la fille annoncer une telle nouvelle à sa mère. Qu'elle la prépare psychologiquement, oui, mais il faut quand même un médecin dans le coin pour préciser quelques trucs et répondre aux questions...

    Je me suis peut-être un peu précipitée pour lui dire. J'ai profité de l'absence de sa voisine, mais j'aurai pu attendre le lendemain.
Je ne sais pas si c'est mieux comme ça. La patiente part aujourd'hui en oncologie. Je suis passée la voir hier, elle semblait éteinte. Elle est morte de trouille.
Je lui ai dit que j'essaierai de passer la voir dans son nouveau service. Oui, je sais, c'est pas bien, c'est pas professionnel ni "empathique"...
Mais je suis comme ça, je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire ça. Parce que je sais que ça lui fera plaisir de me voir, et je ne peux pas lui refuser un petit peu de chaleur dans le coeur.

05 septembre 2009

La nuit, tous les chats sont gris...

   ... et les internes ?
Comment se sentent-ils la nuit ? De garde dans leur hôpital, aux urgences ou dans les étages ?

    A vrai dire, tout dépend de la situation.
La plupart du temps, soyons francs, c'est plutôt la panique qui prime, avant de reprendre un peu de professionnalisme.
Dans de rares cas, on se sent super important et super intelligent, tout ça parce que c'est une situation à laquelle on a été confronté quelques temps auparavant...

    Je me souviens du premier appel d'une infirmière d'un service. Première garde d'interne.
Premier sentiment (faut pas me demander pourquoi !) : de la fierté. De l'excitation. De la motivation.
Marchant seule dans les couloirs sombres de cet hôpital que je connaissais à peine.
Tout est vite retombé.
Mais pourquoi cette infirmière de 50 ans, aguerrie, expérimentée, me demande mon avis, à moi, jeune interne de premier semestre, complètement perdue ?

    Après ce moment de panique-d'angoisse-de terreur-voire de larmes, je ferme les yeux, pour essayer de me souvenir de tous les bouquins, toutes ces lignes floues dans ma mémoire, toute cette théorie que j'ai ingurgité pour me sauver la vie (et accessoirement celle de mes patients) dans cette pratique.
Et on tente de retrouver une certaine contenance et de rester professionnel. On examine, on fait mine de réfléchir tout en se persuadant d'arrêter de paniquer, et on propose des solutions.

    Dernier exemple pour moi, avant-hier. L'infirmière de mon service me bipe à 6h45, et me dit de courir pour venir voir une patiente que j'avais déjà vue dans la nuit...
Même pas le temps de paniquer, je cours, je vole dans cet hôpital qui s'éveille lentement.
Rapidement, je me dis que j'ai écoulé toutes mes options thérapeutiques.
Prochaine étape dans cette détresse respiratoire aiguë : intubation !
J'appelle donc immédiatement le réa de garde, sans passer par mon chef ni par la case départ, sans avoir 20 000 francs, et tant pis, je veux sauver ma patiente.
Il est arrivé, et l'a intubée. Il a été adorable. Il m'a même remerciée de ma prise en charge, ce qui m'a un peu troublée. C'est à moi de la couvrir de remerciements !

    Tout est affaire de travail d'équipe, finalement.
La nuit, tous les internes sont... terrorisés ? affolés ? fatigués ? déconfits ?... (etc)
Ouais, tout plein de choses à la fois, et peut-être un peu, mais alors un tout petit peu, heureux de faire ce métier merveilleux.

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01 août 2009

Hommage


La fenêtre de ma chambre ensoleillée

S'ouvrait sur de légers nuages de lumière baignés.
Le petit lac tranquille au pied des peupliers
Dès l'aube accueillait, des cygnes majestueux
La danse immaculée...

Sans ennui je jouissais des jours ainsi donnés
Par une providence rare, guidant ma destinée
Etais-je né coiffé ?

Vrai, dans votre hôpital, je fus très bien traité :

Merci à l'administrateur
Qui sut choisir un excellent traiteur,
Pour des menus succulents et variés.

Merci aux aides-soignantes
Aimables et prévenantes.

Merci aux infirmiers et infirmières
Dont les soins furent "de première".

Merci aux internes et aux médecins chevronnés
Qui font le plus beau des métiers.

Merci pour leur écoute et pour leur compassion
Ils se donnent aux autres avec une vraie passion.

Je vous quitte aujourd'hui et je pars sans espoir de retour
Mais au seuil du grand départ où chacun arrive un jour
Je voudrais vous dire le grand plaisir
De vous avoir connus un peu, trop peu mon Dieu !
Et vous souhaiter du fond du coeur
A chacun d'entre vous réussite, et bonheur.


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18 juillet 2009

Spécialité oncologue

    Après M. C, "mon" premier patient décédé quasiment sous mes yeux, et atteint d'un mélanome,
après Mme Q., chez laquelle nous avons découvert une tumeur du rein,
je prends en charge Mme M., 62 ans, qui consulte à l'hôpital pour douleurs abdominales évoluant depuis 2 mois, diffuses, atypiques, avec une tendance à la constipation.

    Elle est d'abord reçue aux urgences, où l'examen réalisé par le premier médecin retrouve un abdomen ballonné, et une douleur intense soulagée par morphine.
La biologie retrouve une cytolyse et une cholestase, donc l'hypothèse retenue serait un problème hépatique.
L'échographie retrouve une ascite abondante, avec un foie normal. Le radiologue se pose la question d'un processus occupant pelvien, et recommande de compléter par un examen scannographique.

    Examen dont elle a bénéficié hier. Et qui retrouve une occlusion colique avec un obstacle d'allure tumorale du haut rectum avec distension colique allant du sigmoïde jusqu'au caecum, avec une dilatation à ce niveau de 10cm.
Elle est passée ce jour au bloc pour lever l'obstacle.

    Elle ne sait pas ce qu'elle a. Elle est venue pour des douleurs de ventre, et elle passe au bloc 3 jours après avec une histoire de tumeur dont elle n'a pas encore connaissance.
Ce matin, je ne me sentais absolument pas de lui annoncer ce qu'on suspectait chez elle. J'ai parlé d'obstacle sans en dire plus, et j'ai été presque soulagée qu'elle ne me demande pas ce que c'était, cet obstacle.
Le chirurgien qui est passé en a parlé à son mari, il a utilisé le terme "masse". Allez savoir ce qu'il a compris par ce terme, ça peut vouloir dire à la fois tout et rien.
Probablement un cancer de l'ovaire évolué, qui a déjà envahi la région, voire plus. C'est une putain de saloperie ce cancer. Toujours découvert à un stade avancé, parce qu'il se développe tranquillement dans son coin, sans gêner personne. Jusqu'à ce qu'il vienne embêter le rectum et que là, on a mal au ventre.
Horrible.

    Après M.C, après Mme Q., après Mme M., je m'occupe depuis 2 semaines de Mr G., envoyé à l'hôpital pour fracture de cote spontanée.
Il a 77 ans, pas d'antécédents particuliers en dehors d'une hypertension et d'une hypertrophie de prostate.
Personnellement, je suis encore jeune dans la profession, mais quand j'entends "fracture de cote spontanée" chez un monsieur de 77 ans, je pense systématiquement à quelque chose de méchant. Des métastases osseuses, ou un myélome.
Tout débute avec un taux de PSA au plafond. Tellement au plafond que lorsque j'appelle l'urologue, il me répond qu'avec ce taux-là, c'est sûr que c'est un cancer, et que c'est même un cancer métastasé.
On a continué les examens, histoire de faire le bilan d'extension, afin d'essayer d'esquisser un pronostic.
Et je me retrouve, le matin du jour de la fête nationale à aller lui parler enfin franchement. Je n'ai jamais été très précise jusque là, à me cacher derrière mes dossiers et mes examens à lui faire passer, sans jamais prononcer des mots horribles.
Naïvement, je me disais que ce n'était pas mon rôle de lui annoncer cette nouvelle atroce. Je me voyais encore réviser mes cours, m'imaginant ces fameuses RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) où chaque spécialiste exposait son avis sur le cas du patient, et où ensuite tout le monde faisait table ronde avec le patient et sa famille pour tout leur expliquer, en terme de pronostic ou de thérapeutique.

    Dans la vraie vie, ce n'est pas le cas. C'est la petite interne qui se morfond dans son bureau, en se disant que ça ne se fait pas de laisser le patient sortir le lendemain sans qu'il ait la moindre idée de ce dont il souffre, qui décide que, quand même, il faut aller discuter avec lui.
Il m'a répondu qu'il n'était pas idiot, qu'il se doutait qu'il y avait quelque chose. Il m'a remerciée. Chose à laquelle je ne m'attendais pas vu les circonstances. Et il m'a dit qu'il préférait profiter de chaque moment, et de s'essayer à la thérapie par le rire.
J'ai trouvé ça génial.

    Est-ce mon service, qui me permet de voir autant de pathologies différentes ? Ou est-ce le vieillissement de population, chez laquelle on découvre de plus en plus de cancers ?
En tout cas, l'oncologie est une spécialité merveilleuse mais difficile.
Je trouve qu'elle enrichit énormément sur le plan humain, mais elle atteint toujours un peu, quelque part. En tout cas, moi, oui, ça m'atteint.
Chacun des patients dont je me suis occupée, chez lesquels on a découvert des cancers, m'a marquée. Chacun à sa manière, chacun réagissant différemment.
Magnifique spécialité, mais qui n'est pas faite pour moi, vraiment.



   

08 juillet 2009

Best of

    Comme il ne se passe rien de nouveau ni d'attrayant dans mon service en ce moment, je vais recenser les différents motifs de consultation aux urgences qu'on peut avoir la nuit en garde :

- gale chez un SDF, dont la femme a consulté la veille pour la même chose
- phlébite chez une femme en surpoids
- érysipèle chez une mamie en institution
- fracture du col du fémur chez un papi qui s'est pris les pieds dans son tapis en sortant de son lit
- anémie aiguë avec décompensation de diabète sur pneumopathie chez un vieux monsieur
- décompensation cardiaque chez une mamie démente
- pleurésie métastatique chez un monsieur atteint de mélanome
- appendicite chez un jeune
- arthrite inflammatoire du genou chez un sportif
- cruralgie hyperalgique
- rhabdomyolyse chez une mamie qui a passé la nuit au sol après avoir chuté
- reflux gastro-oesophagien chez une jeune femme stressée
- colique néphrétique inaugurale chez un jeune homme
- conversion hystérique chez une jeune bulgare qui ne parle pas français
- douleurs thoraciques diverses et variées, sans signe d'ischémie aiguë, d'origine pariétale le plus souvent
- malaise vagal chez un jeune
- arythmie cardiaque chez un papi, envoyé par son médecin traitant
- crise d'asthme non compliquée
- intoxication médicamenteuse volontaire chez des jeunes filles la plupart du temps
- insuffisance respiratoire chez un vieux monsieur ancien tabagique
- hématomes diffus chez une mamie qui m'assure n'être jamais tombée
- pancréatite aiguë quasi-asymptomatique chez un vieux monsieur qui vient pour constipation
- prostatite chez un patient
- suspicion d'occlusion chez des mamies, envoyées systématiquement par leur médecin traitant... finalement, c'est toujours une constipation non compliquée...
- décompensation de BPCO
- traumatisme du ventre après avoir reçu une poutre au travail chez un jeune
- suspicion d'embolie pulmonaire chez une femme enceinte, qui a finalement une pneumopathie
- douleur thoracique bizarre chez un monsieur qui a fait un infarctus l'an dernier
- accidents vasculaires cérébraux de toute nature que ce soit, sous n'importe quelle présentation (aphasie, déficit moteur, confusion, désorientation, vertige, hallucinations...)
- vertige périphérique bénin
- intoxication alimentaire avec entérite infectieuse chez un jeune qui a mangé des pâtes trop vieilles
- volumineux oedèmes des membres inférieurs chez une femme qui est déjà venue la veille pour ça
- déshydratation chez une mamie vivant en maison de retraite
- suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone chez une femme qui s'est endormie avec une cigarette à la bouche
- anémie aiguë avec surdosage en AVK (INR à 14) chez une mamie démente qui vit toute seule et qui mélange ses médicaments
- pancytopénie avec anémie symptomatique avec dyspnée chez un monsieur en cours de bilan hématologique pour comprendre cette pancytopénie, et qui nécessite une transfusion en urgence, et qui préfère sortir contre avis médical pour dormir dans son lit, plutôt que dans la folie des urgences
- crise vaso-occlusive chez une jeune drépanocytaire homozygote
- troubles du comportement chez un monsieur alcoolique depuis trop longtemps
- OH+++ avec hébergement pour décuver tranquillement
- traumatismes en tout genre, des doigts, des pieds, des épaules, des genoux...

    Je pensais me déprimer en faisant cette liste non exhaustive.
Finalement, je souris et je me souviens des patients. Pas de tous, évidemment, mais de certains qui m'ont marquée pour diverses raisons, que ce soit leur amabilité, leur tableau clinique, leur douleur, leur entourage, leur façon d'être, et puis moi bien-sûr, selon mon moment...
La seule pensée qui m'est venue en reprenant tous ces motifs de consultation, c'est que je fais un beau métier. Pourtant, je suis rarement dans cet état d'esprit-là quand je descends aux urgences à 18h commencer ma garde.
Mais avec le recul, je me dis que j'adore ce que je fais. A chaque nouveau patient, tout recommencer du début, il faut mener l'enquête de façon minutieuse ou parfois juste rassurer avec quelques mots pour que le symptôme s'atténue.
Même s'il est 5h du matin, que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, je suis toujours là, toujours prête à recevoir un patient. Et même si son motif est bidon, même si je soupire fortement en entendant l'infirmière m'expliquer le motif de sa venue, eh bien je suis là et je fais mon travail.

    Je me suis remonté le moral toute seule avec cette liste !
Il faut que ça dure, pour ma prochaine garde...
Se souvenir de ce sentiment.
Je fais un beau métier.


22 juin 2009

Même joueur joue encore

    Petite garde aux urgences demain soir...
Pas très motivée ce soir la petite interne !
Un peu la flegme en fait de devoir faire une nuit blanche. Dans mon ancien stage, j'avais la chance qu'on soit 2 internes par nuit, donc ça me laissait toujours un mince espoir pour aller m'allonger ou dormir quelques instants.
Là, c'est vraiment s'il n'y a personne que j'ai l'opportunité d'aller me reposer un peu.

    C'est un peu un moment de solitude que ces gardes. Des heures looooooongues qui passent lentement...
A interroger, examiner et soigner des gens.
A se creuser la tête sur les possibles diagnostics.
A essayer de désengorger les urgences. (mission impossible).
Et surtout à rester éveillé, quoi qu'il arrive. (mission super impossible).

    Pas motivée du tout ce soir !!

Posté par docmarie à 18:53 - Exercice quotidien - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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