02 novembre 2009
Attention ! Fragile
Nouvelle heure de réveil, nouveau trajet, nouvel hôpital, nouveau service.
Tout nouveau tout beau.
Nouvelle équipe, nouveaux collègues, nouveaux patients (en terme d'âge surtout !).
Accueil habituel dans le service avec présentation de l'équipe, des locaux, de l'emploi du temps...
Puis accueil habituel dans l'hôpital de l'ensemble des internes de toutes les spécialités confondues. Toujours des mots chaleureux, plein d'espoir et d'avant-goût de bonnes choses à venir. Des présentations de chefs de service, des administratifs de l'hôpital...
Beaucoup de bla-bla, parfois utile.
Je suis naïve, mais tous ces rituels me plaisent bien. Je me sens réellement accueillie, un vrai accueil que t'as que quand t'es interne, parce qu'en tant qu'externe, rarement tu as ce genre d'attention... c'est plutôt "bonjour, mais vous êtes qui ??" alors que toi et tous tes collègues thrombosez les couloirs.
Je me sens chouchoutée. J'ai l'impression que l'ensemble du personnel médical, paramédical et administratif a envie de débuter leur relation avec nous du bon pied, de partir sur des bonnes bases de communication et de bonne entente. Ils sont tous présents ; du directeur de l'hôpital, en passant par la pharmacienne, et aussi par le responsable de la sécurité incendie, sans oublier le chef de service de réanimation.
Tout ce beau monde réuni pour nous, pour nous souhaiter la bienvenue dans ce nouveau terrain de jeu pour 6 mois !
Des paroles en l'air ?
Non, je n'en ai pas l'impression. Sûrement ma naïveté qui se manifeste encore...
Mon chef de service a évoqué durant son discours la particularité de notre statut.
Dans le sens psycho.
A nous de passer de l'autre côté du miroir, de basculer dans le côté obscur, et de se retrouver allongé sur le divan.
Il paraîtrait, selon certaines études (qu'il faudrait que je cherche, par exemple), que les internes sont réputés pour être une "population fragile". A cause du côté ambigu de notre profession, à la fois étudiant imberbe et médecin aguerri. Tantôt en formation, tantôt en pleine responsabilité face au patient. A cause principalement de notre emploi du temps, avec la succession des gardes et le manque de sommeil.
J'ai trouvé ça sympathique de sa part.
Je ne sais pas si je dois me considérer comme "fragile", mais au moins ça m'a fait du bien qu'on me dise que ce que je fais n'est pas tous les jours évident. Je sais bien que c'est con comme sentiment, mais une fois de temps en temps, qu'on me reconnaisse au moins ça, c'est déjà énorme.
Mon stage a l'air très bien. Je ne peux m'étendre plus que ça, car pour l'instant, je n'ai pas encore vraiment mis le pied dedans.
On verra ça demain, avec une première garde pour se mettre en jambe.
Il faudra simplement que j'explique à mes patients de me ménager, car je suis encore une petite chose fragile...
24 octobre 2009
Je t'aime moi non plus
Un stage de six mois, c'est à la fois long et rapide.
Long, parce que si on ne s'entend pas avec ses collègues, ou si l'ambiance est pesante dans le service, ou encore si la quantité de travail paraît insurmontable, ou etc... - eh bien la libération prévue six mois plus tard nous semble très lointaine.
Rapide, parce qu'en même temps, on s'habitue, on prend ses aises petit à petit, on prend aussi ses marques et on fait contre mauvaise fortune bon coeur. Après tout, on est là pour six longs mois, autant que tout se passe bien ! Et tout commence avec un soupçon de bonne volonté.
C'est assez original côté professionnel. Peu de formations permettent des stages de six mois comme les nôtres, obligatoires et s'enchaînant inlassablement jusqu'à la fin de notre internat.
Un ingénieur fait rarement un stage de six mois, c'est plutôt un an voire plus si affinités...
C'est tout de même bien comme système, parce qu'il nous permet de "visiter" différents hôpitaux, de connaître différentes équipes, parfois différentes manières de faire, et je trouve que s'adapter au sein de chaque stage est finalement très enrichissant pour chacun d'entre nous.
Je trouve à chaque fois que c'est difficile de tout recommencer à zéro : personne ne me connaît, il faudra une fois de plus prendre patience, me présenter, et aussi faire mes preuves.
Même si je grandis dans mon internat, et que je deviens 3e semestre, je vais arriver morte de trouille le premier jour. Le coeur qui bat sourdement dans ma poitrine, la voix un brin chevrotante, les doigts qui tremblent juste un peu... tout cela mêlé à de l'excitation de découvrir mon nouveau terrain de jeu pour les six mois suivants.
Repérer les lieux, ne pas me paumer lors de ma première garde, me présenter à l'équipe paramédicale, me souvenir de tous les prénoms (et ce n'est pas une mince affaire...), faire mes preuves et en même temps savoir quand appeler mes chefs... et apprendre, sans cesse apprendre mon nouveau métier.
Et ce qui m'interpelle le plus en ce moment : les collègues.
Une relation très particulière.
Les co-internes.
Six mois à se voir tous les jours, à devenir proches, potes, parfois amis.
Ou alors six mois à devoir se supporter cordialement, alors que le courant ne passe pas.
Ce qui pose problème, c'est quand on ne peut pas se voir. Situation très cocasse, parce qu'on ne peut pas casser du sucre sur le dos de ses collègues, on est tout de même dans le même bateau, et malheureusement un minimum de soutien est nécessaire. Même si on ne peut pas se blairer.
Le statut de l'interne est assez bancal, tout se joue sur une majorité d'exploitation, mais avec le sourire. Tout le monde est passé par là, pourquoi changer le cercle vicieux ?
On doit pouvoir se soutenir, se serrer les coudes face à l'emploi du temps, à la charge de travail, aux équipes paramédicales anti-interne (si si, ça existe, même si c'est rare, heureusement !), aux chefs parfois absents et peu pédagogues...
Relation basée sur le faux-cu-ïsme avant tout. Manipulation, sourire par devant et doigt d'honneur par derrière...
Genre on est les meilleurs potes du monde pendant six mois, et dès le dernier jour achevé, on s'oublie mutuellement.
Mais heureusement, il y a des belles rencontres, des amitiés toutes neuves qui durent. Heureusement.
Au revoir, 2e stage d'internat.
Au revoir, 1ère année d'internat.
Putain, comme le temps passe vite.
17 octobre 2009
Suivant !
Future interne en service de pédiatrie !
Je ne vais pas chômer de l'hiver... mais au moins je vais apprendre énormément, et au bout de 6 mois, les p'tits bouts n'auront plus de secret pour moi.
RDV dans 2 semaines !
;)
13 octobre 2009
...
J'aime pô les veilles de choix de stage, je suis toujours super stressée...
Je suis sans cesse en train de guetter sur le site de la DRASS les postes "encore" disponibles pour moi...
Je n'imagine même pas ceux qui choisissent après moi, je suis déjà en train de développer mon ulcère à l'estomac !
On verra demain, on croise les doigts pour avoir ce que je veux, ou du moins un stage qui y ressemble...
30 septembre 2009
Une journée, comme ça...
Une journée qui débute comme tant d'autres auparavant, et comme tant d'autres qui se profilent à l'horizon.
Arrivée dans mon service à 9h, enfilage de l'habit blanc immaculé et hop, c'est parti.
On commence sur un rythme plus soutenu que d'habitude, avec un staff très motivé, et des chefs (une particulièrement) qui a envie de faire sortir tous les patients aujourd'hui.
Mmh, ok, mais on va peut-être pas vider tout le service en une fois, si ? Surtout qu'il y a des jours où personne ne sort... Va comprendre la machinerie hospitalière.
Et un petit compte-rendu dicté à l'arrache en 5 minutes pour une patiente qui sort en maison de repos. A peine quelques erreurs !
Découverte des nouveaux patients.
Normalement, ça va vite... euh non, avec moi, jamais. Je prends toujours vachement de temps, et je ne me base pas entièrement sur les observations précédentes, pour la simple et bonne raison que je sais très bien ce que donne une observ' faite à la va-vite en fin d'après-midi. Des imprécisions, des oublis... ce qui est tout-à-fait compréhensible, et on est tout de même sensés vérifier et compléter le lendemain.
Et hop ! un banal syndrome infectieux qui se transforme au fur et à mesure de la relecture du dossier en syndrome malin des neuroleptiques ! Un diagnostic que je ne connaissais qu'en théorie, et qui m'a fait appeler le réa par mesure de précaution.
Puis on enchaîne, la routine.
Les patients hospitalisés qui posent des différents problèmes : le problème pour lequel ils sont entrés (ce n'est pas la majorité), les problèmes qu'on a découvert en explorant le problème pour lequel ils sont entrés (plus nombreux), et les problèmes apparus secondairement pendant l'hospitalisation (la majorité).
Les patients qu'on aime bien, et pour lesquels on accepte de perdre du temps à discuter ; et ceux au contraire dont la tête ne nous revient pas, sans comprendre vraiment pourquoi, mais qu'on rechigne à aller voir chaque matin.
Puis déjà 13h, la visite à peine achevée, on enchaîne avec un cours "dispensé aux internes", soit disant obligatoire...
Puis l'après-midi, avec la fameuse CV (comprenez contre-visite, pour voir les entrants de l'après-midi).
Les entrants, les dossiers, les familles à rassurer et à gérer...
Et la dernière entrante qui monte à 17h50 alors qu'on l'attend depuis 16h, et que je dois descendre aux urgences dans 10 minutes... Eh, comment je fais moi ?
18h. L'heure du drame. Boum boum. Boum boum. Le coeur qui s'emballe juste ce qu'il faut pour nous mettre en alerte, nous faire sécréter suffisamment d'adrénaline pour se motiver.
Le couloir de la mort... plein de patients allongés sur les brancards, plein de brancards dans tous les couloirs. Le bordel, quoi.
Les patients arrivés à 14h qui n'ont pas encore été vus. Ceux du matin, ceux de la nuit et ceux de la veille, qui sont toujours aux urgences faute de places disponibles.
Un patient, en soins palliatifs pour un cancer du foie qui vient pour avoir une ponction d'ascite, parce qu'il a du mal à respirer. Il me réclame ses traitements pour le lendemain, parce qu'il n'a pas la sécu. J'hésite, il y a pas mal de stupéfiants, et je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas à l'aise. Je sens que tout n'est pas si limpide que ça, et qu'il me roule gentiment et poliment dans la farine.
Heureusement, on n'a pas tous les médicaments dans l'hôpital, chouette j'ai mon excuse.
Une jeune fille de 18 ans qui consulte pour la 3e fois en 4 jours pour céphalées.
Elle a l'air bien, elle n'a pas l'air de somatiser donc il faut pousser les investigations.
Pas de fièvre, personne ne croit à la méningite mais on va faire la ponction lombaire quand même, parce qu'on sent tous que quelque chose cloche, sans arriver à expliquer quoi.
Bingo ! 900 éléments, dont 90% de lymphocytes. Une jolie petite méningite virale.
Une gentille mamie qui vient pour avoir chuté chez elle et avoir passé la nuit au sol. Le pain quotidien des urgentistes. C'est toujours horrible à entendre, pourtant si difficile de juger. Que celui qui appelle sa grand-mère tous les jours, ou qui rend visite à sa voisine chaque jour fasse un signe !
L'isolement des personnes âgées est délicat à appréhender.
Alors on passe au-dessus, histoire de ne pas se faire bouffer par chaque patient. Sinon, on ne tiendra pas longtemps.
Une rhabdomyolyse en bonne et due forme, traitée par une perfusion magique, et ça repart !
Plein d'autres patients, plein d'autres exemples, plein d'avis dans les étages pour tout et n'importe quoi.
Pas de dodo.
Et le chef du lendemain matin qui m'agresse sur une prescription faite par un autre médecin la veille, et que je n'ai pas eu le temps de corriger.
Comment dire... aucune envie de m'expliquer, ça me passe au-dessus. Si tu as envie de gueuler sur moi, fais-toi plaisir. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, j'ai enchaîné sans réussir à me poser avant 5h50 du matin, mais t'as raison, passe tes nerfs sur moi dès 9h du matin.
C'est toujours sympathique, les transmissions du matin. Surtout avec des gens qui ne conçoivent pas qu'on fasse des conneries en plein milieu de la nuit, et qu'ils sont là pour compléter notre prise en charge, voire parfois corriger.
Enfin, 9h50, je quitte l'hôpital.
25h que j'y suis. Un seul vrai repas. Et beaucoup de patients.
Retour à mon home sweet home. Une bonne douche, un second vrai repas... et ça repart. Pas le temps de me poser plus d'une heure.
Je repars à ma fac pour une journée de cours. A peine fatiguée...
Puis enfin, je m'écroule. Sans crier gare, sans réussir à dire ouf.
Une bonne journée de 39h, comme j'en ai parfois, et heureusement pas trop souvent.
Et même si elle a été dure par bien des côtés, je suis toujours heureuse de l'avoir vécue, parce que j'ai encore appris plein de choses : pour mon métier, sur les patients, et surtout sur moi, sur ma capacité à résister au choc, à mes réactions parfois impulsives et non contrôlables quand je n'ai ni mangé ni dormi depuis un bon bout de temps.
Juste une journée, comme ça...
10 septembre 2009
Gaffe
Mme V. est une patiente de 75 ans hospitalisée depuis mi-août pour des douleurs costales qui durent depuis quasiment 1 an.
Forcément, avec ce motif d'hospitalisation, chaque soignant qui se respecte a son alarme intérieure qui se met à sonner. On pense immédiatement à quelque chose de méchant, et on n'en démordra pas tant que tous les examens n'auront pas été faits.
C'est impensable d'avoir des douleurs osseuses depuis 1 an, dont la cause serait bénigne... Jamais vu ça. Notre travail nous confronte souvent (toujours ?) à des situations critiques et pas drôles.
J'aimerais pouvoir annoncer à une famille que non, il ne s'agit pas d'un cancer, mais d'une carence en une nouvelle vitamine qu'on vient de découvrir ! Et le traitement serait magique : une injection, et tout le monde est guéri.
Ce n'est évidemment pas le cas de Mme V.
Je persiste et signe dans ma nouvelle spécialité d'apprentie-oncologue. Et je trouve cela toujours aussi difficile, si ce n'est plus.
Il faut sans cesse puiser dans ses ressources, et essayer de se montrer "empathique", pas sympathique. J'ai une relation trop proche et trop personnelle avec mes patients, ça je le sais bien, mais c'est difficile de garder une distance et de s'éloigner.
Pour l'instant, je n'y parviens pas toujours.
Et j'ai l'impression d'apprendre avec eux les mauvaises nouvelles de plein fouet, et je n'en ressors jamais indemne.
Je suis revenue de vacances et j'ai récupéré Mme V. comme patiente. Le bilan était en cours. La scintigraphie osseuse nous confirme ce qu'on suspectait : multiples localisations osseuses secondaires. La recherche de la tumeur primitive s'est révélée jusqu'à maintenant infructueuse.
Il s'agit probablement d'un sein, mais nous n'en sommes pas encore sûrs. La patiente sera transférée en oncologie pour poursuivre les examens et discuter un traitement.
Ma chef me dit qu'elle n'a rien dit à la patiente pour l'instant, mais que sa fille est au courant. Pas d'autre information.
Une fois encore, je peste contre l'organisation de mon service, en me rappelant les autres patients atteints de cancer, et à qui personne n'avait annoncé le diagnostic. Personne, sauf moi. Avec des mots bredouillants, maladroits et le coeur qui bat la chamade dans ma poitrine.
Je revis cette situation encore une fois.
La patiente sera transférée dans la semaine, peut-être même demain, et je ne conçois pas qu'elle quitte le service sans savoir. Quelqu'un fera peut-être la gaffe de prononcer le mot tant redouté devant elle sans prendre de précaution, pensant que la patiente est au courant... Et je sais que cette nouvelle la dévasterait.
Alors, une fois de plus, je me dis que ça va encore être moi la porteuse de la mauvaise parole.
Je profite que sa voisine soit en examen pour prendre mon courage à deux mains et tenter de lui parler. Elle est à mille lieux de se douter de ce que je m'apprête à lui dire.
J'essaie de prendre des précautions, de lui dire que rien n'est sûr mais qu'on essaie de comprendre l'origine de ses douleurs... je tourne autour du pot.
Puis je me lance.
A l'entente du mot fatidique, elle pousse un cri et se met à pleurer.
Je me sens super mal, j'ai même les larmes aux yeux. J'essaie de lui expliquer qu'on n'est pas sûrs, alors que c'est un gros mensonge... Je me sens toute penaude.
Je préviens le reste de l'équipe d'être particulièrement à son écoute ce jour, parce que j'ai un peu énoncé le diagnostic qui fait peur.
L'après-midi de cette fameuse journée, une aide-soignante m'attrape pour me dire que la fille de Mme V. est là et veut me voir.
Je ne sais pas pourquoi, mais de suite je suis mal à l'aise.
Sa fille me dit d'entrée qu'elle voulait annoncer elle-même le diagnostic à sa mère et qu'elle l'avait précisé à ma chef.
Hum.
Silence.
Je perds toute contenance, toute crédibilité, tout professionnalisme (si tant est que j'en eû eu).
Je m'excuse, chose que je n'aurai peut-être pas dû faire.
Ensuite, je lui explique que sa mère est attendue en oncologie, et qu'il était hors de question qu'elle l'apprenne de façon maladroite.
Et puis en discutant avec elle, je me suis rendue compte qu'elle n'avait pas tout compris sur la pathologie de sa mère... connaissant ma chef, elle a dû lui envoyer quelques infos en pleine face sans essayer de lui expliquer.
Donc je reprends tout depuis le début, j'explique où on en est et ce qu'on attend.
A la fin de notre entrevue, elle m'a remerciée et est partie en souriant rejoindre sa mère.
Je ne pense pas qu'elle m'en veuille, mais je me suis sentie super mal le reste de l'après-midi. J'avais la sensation dérangeante d'avoir fait une grosse gaffe et je m'en voulais un peu.
En même temps, je trouve ça un peu limite de laisser la fille annoncer une telle nouvelle à sa mère. Qu'elle la prépare psychologiquement, oui, mais il faut quand même un médecin dans le coin pour préciser quelques trucs et répondre aux questions...
Je me suis peut-être un peu précipitée pour lui dire. J'ai profité de l'absence de sa voisine, mais j'aurai pu attendre le lendemain.
Je ne sais pas si c'est mieux comme ça. La patiente part aujourd'hui en oncologie. Je suis passée la voir hier, elle semblait éteinte. Elle est morte de trouille.
Je lui ai dit que j'essaierai de passer la voir dans son nouveau service. Oui, je sais, c'est pas bien, c'est pas professionnel ni "empathique"...
Mais je suis comme ça, je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire ça. Parce que je sais que ça lui fera plaisir de me voir, et je ne peux pas lui refuser un petit peu de chaleur dans le coeur.
05 septembre 2009
La nuit, tous les chats sont gris...
... et les internes ?
Comment se sentent-ils la nuit ? De garde dans leur hôpital, aux urgences ou dans les étages ?
A vrai dire, tout dépend de la situation.
La plupart du temps, soyons francs, c'est plutôt la panique qui prime, avant de reprendre un peu de professionnalisme.
Dans de rares cas, on se sent super important et super intelligent, tout ça parce que c'est une situation à laquelle on a été confronté quelques temps auparavant...
Je me souviens du premier appel d'une infirmière d'un service. Première garde d'interne.
Premier sentiment (faut pas me demander pourquoi !) : de la fierté. De l'excitation. De la motivation.
Marchant seule dans les couloirs sombres de cet hôpital que je connaissais à peine.
Tout est vite retombé.
Mais pourquoi cette infirmière de 50 ans, aguerrie, expérimentée, me demande mon avis, à moi, jeune interne de premier semestre, complètement perdue ?
Après ce moment de panique-d'angoisse-de terreur-voire de larmes, je ferme les yeux, pour essayer de me souvenir de tous les bouquins, toutes ces lignes floues dans ma mémoire, toute cette théorie que j'ai ingurgité pour me sauver la vie (et accessoirement celle de mes patients) dans cette pratique.
Et on tente de retrouver une certaine contenance et de rester professionnel. On examine, on fait mine de réfléchir tout en se persuadant d'arrêter de paniquer, et on propose des solutions.
Dernier exemple pour moi, avant-hier. L'infirmière de mon service me bipe à 6h45, et me dit de courir pour venir voir une patiente que j'avais déjà vue dans la nuit...
Même pas le temps de paniquer, je cours, je vole dans cet hôpital qui s'éveille lentement.
Rapidement, je me dis que j'ai écoulé toutes mes options thérapeutiques.
Prochaine étape dans cette détresse respiratoire aiguë : intubation !
J'appelle donc immédiatement le réa de garde, sans passer par mon chef ni par la case départ, sans avoir 20 000 francs, et tant pis, je veux sauver ma patiente.
Il est arrivé, et l'a intubée. Il a été adorable. Il m'a même remerciée de ma prise en charge, ce qui m'a un peu troublée. C'est à moi de la couvrir de remerciements !
Tout est affaire de travail d'équipe, finalement.
La nuit, tous les internes sont... terrorisés ? affolés ? fatigués ? déconfits ?... (etc)
Ouais, tout plein de choses à la fois, et peut-être un peu, mais alors un tout petit peu, heureux de faire ce métier merveilleux.
01 août 2009
Hommage
La fenêtre de ma chambre ensoleillée
S'ouvrait sur de légers nuages de lumière baignés.
Le petit lac tranquille au pied des peupliers
Dès l'aube accueillait, des cygnes majestueux
La danse immaculée...
Sans ennui je jouissais des jours ainsi donnés
Par une providence rare, guidant ma destinée
Etais-je né coiffé ?
Vrai, dans votre hôpital, je fus très bien traité :
Merci à l'administrateur
Qui sut choisir un excellent traiteur,
Pour des menus succulents et variés.
Merci aux aides-soignantes
Aimables et prévenantes.
Merci aux infirmiers et infirmières
Dont les soins furent "de première".
Merci aux internes et aux médecins chevronnés
Qui font le plus beau des métiers.
Merci pour leur écoute et pour leur compassion
Ils se donnent aux autres avec une vraie passion.
Je vous quitte aujourd'hui et je pars sans espoir de retour
Mais au seuil du grand départ où chacun arrive un jour
Je voudrais vous dire le grand plaisir
De vous avoir connus un peu, trop peu mon Dieu !
Et vous souhaiter du fond du coeur
A chacun d'entre vous réussite, et bonheur.
25 juillet 2009
Super-doc
Depuis jeudi, c'est le rôle du médecin généraliste de prendre en charge les suspicions de grippe A. Plus besoin de faire le 15 ni de courir dans le service d'urgences le plus proche, il suffit juste désormais de prendre rendez-vous chez son médecin traitant.
A voir cependant... les idées de "salle d'attente dédiée aux suspicions de sujet contact", ou alors la disposition du matériel en quantité nécessaire en cabinet, et aussi les problèmes d'informations des médecins concernés... ici.
Lire aussi la lettre de Mme la ministre ici.
Les médecins traitants sont donc maintenant les premiers face à ce début de pandémie mondiale. L'hiver sera rude pour les super-docs...
23 juillet 2009
Journée estudiantine
Une journée sans hôpital, sans patient, sans blouse, sans examen, sans dossier... Je ne suis pas un apprenti-docteur aujourd'hui, je suis une simple étudiante qui étudie. Une pochette, des feuilles, un stylo. Je change d'apparat.
J'entrevois mes futurs terrains de stage : le praticien, avec un livret de stage à remplir, contenant l'ensemble des actes que je ferais ou que je verrais faire, où seront notés mes progrès et mon autonomie grandissante face aux patients...
La vision de mon avenir, là où j'exercerai pour encore un bon paquet d'années.
Exercice libéral, ambulatoire. Moi, face à mes patients dans mon cabinet.
Hâte, impatience. Un peu ras-le-bol du fonctionnement hospitalier.
Je réfléchis à mon futur sujet de thèse (taaaaaahh !!), qui pour l'instant est un énorme point d'interrogation. Tant de sujets paraissent intéressants, mais lequel choisir, lequel peaufiner, sur lequel s'étendre pendant plus de 2 ans ?
Encore 2 ans d'études, où je peux me planquer derrière cette excuse. "Ah mais moi je ne suis pas encore docteur, hein, je suis étudiante" !
C'est un peu lâche et je n'y recours pas toujours, mais une fois de temps en temps... ça ne fait pas de mal. Pour faire prendre conscience à un chef que j'ai besoin d'aide, je n'hésite pas à la sortir. On a toujours besoin d'aide quelque part.
Mon cursus n'est pas encore proche de la fin, mais croyez-le, ça ne me dérange pas. Quoi, encore étudiante à 26 ans ?? Mais tu finis à quel âge ?!
Je finirai quand viendra le bon moment.
