30 juin 2009
Géronto-neuro-psychiatrie
Mes patients me passionnent en ce moment.
Des vieux.
Des déments.
Des AVC.
Des fous.
Des agités et/ou violents.
Des psychotiques en décompensation.
Des pots de colle.
Des relous...
Motivé, vous avez dit motivé ??
....
Mais j'aime bien les vieux. Ils sont attachants, même le plus dément des déments, ou le plus acariâtre. Ils ont un côté dépendant qui me touche.
C'est juste que je crois avoir besoin de vacances...
La semaine prochaine, je change de côté donc je vais voir autre chose ! Un peu plus de rhumato, ça va être bien.
Une petite voix intérieure ne cesse de me souffler : "vivement le prat'..."
22 juin 2009
Même joueur joue encore
Petite garde aux urgences demain soir...
Pas très motivée ce soir la petite interne !
Un peu la flegme en fait de devoir faire une nuit blanche. Dans mon ancien stage, j'avais la chance qu'on soit 2 internes par nuit, donc ça me laissait toujours un mince espoir pour aller m'allonger ou dormir quelques instants.
Là, c'est vraiment s'il n'y a personne que j'ai l'opportunité d'aller me reposer un peu.
C'est un peu un moment de solitude que ces gardes. Des heures looooooongues qui passent lentement...
A interroger, examiner et soigner des gens.
A se creuser la tête sur les possibles diagnostics.
A essayer de désengorger les urgences. (mission impossible).
Et surtout à rester éveillé, quoi qu'il arrive. (mission super impossible).
Pas motivée du tout ce soir !!
18 juin 2009
Y'a des jours comme ça...
Les jours s'enchaînent et ne se ressemblent pas. Du moins, les patients ne se ressemblent pas.
Ma routine est la même chaque matin, et j'avoue que je préfère de loin le rythme des urgences, qui me permettait d'avoir une journée entière à moi une fois de temps en temps.
Là, dans un service de médecine, je suis obligée d'être présente chaque matin. Certes, je peux sortir tôt parfois, mais néanmoins je ne suis pas du matin. C'est tout.
Des patients, en veux-tu en voilà, des entrants, des sortants, chaque jour. Des visites, des contre-visites, des gardes et des astreintes. Et on réenchaîne tous les jours.
Des gens différents, des pathologies différentes ou semblables, mais toujours vécues différemment. Des familles, des contextes, des conclusions différentes. Toujours avec le même degré d'émotion de votre dévouée jeune interne qui n'a toujours pas compris le mot "distance".
Et qui est fatiguée ce soir.
Fatiguée de cette routine que j'effectue chaque jour.
Fatiguée de l'enchaînement de ces patients et de ces maladies qui changent chaque jour.
Fatiguée de vivre l'hospitalisation avec chacun de mes patients.
Fatiguée, tout court !
Aujourd'hui, je suis de CV. Pas trop de sortants, je suis soulagée, ça me fera pas trop d'entrants à gérer dans l'après-midi.
Des familles à informer, rassurer et éclairer.
Des patients qui vont un peu moins bien, ou qu'il faut surveiller d'un oeil attentif.
Des nouveaux à apprivoiser, avec leur parcours à retracer, celui qui les a amené ici.
Des comptes-rendus à dicter, encore et toujours, au travers de ce magique instrument qu'est le dictaphone.
Et puis il y a lui, Mr M., 82 ans, mon dernier entrant.
Insuffisant rénal chronique terminal, qui vient pour pneumopathie et prostatite qui ont décompensé ses reins déjà fragilisés.
Et le petit-fils qui vient m'agresser dans mon poste de soins, dans mon havre de paix, là où normalement les gens sans blouse restent dehors, là où je peux rester tranquille.
Et qui me dit fébrilement que son grand-père veut mourir chez lui. Mourir chez lui. C'est tout.
...
Je soupire en me disant que je ne vais pas arriver à aller le voir, celui-là. Pas envie de me confronter encore à une histoire triste, et à me faire kidnapper par une famille avide de questions.
Et pourtant je n'ai pas le choix.
Je ne peux pas imaginer faillir à mon rôle, surtout pas maintenant, surtout pas pour eux. Au contraire. C'est dans ce genre de situations où je dois tout maîtriser. C'est là qu'on a besoin d'un vrai docteur, pas d'une loque émotive dégonflée.
Alors je me regonfle, et j'y vais. J'écoute la famille, j'écoute le patient. Je ne tremble même pas. Je compatis, je suis touchée par leur message qui est ô combien recevable. Puis je parle, j'explique qu'il faut encore quelques jours histoire de tout mettre en place. C'est un réseau, il faut que tout soit fait dans de bonnes conditions afin qu'il parte tranquille.
C'était facile, finalement. Il faut savoir rester professionnel, comme je n'arrête pas de le dire.
N'empêche, je suis super fatiguée. Et puis enchaîner les visites avec des gens qui me sortent qu'ils veulent mourir chez eux, pas tous les jours, ce serait sympa pour le moral.
Y'a des jours comme ça...
08 juin 2009
Centenaire
Vive la gériatrie ! Spécialité prédominante dans chaque service de médecine... que l'on soit en cardio, en pneumo, en infectieux ou en médecine interne, la moyenne d'âge augmente progressivement.
Rien que dans mes patients rien qu'à moi toute seule (ou presque), j'ai 2 centenaires !
Oui, M'sieur Dame, sur 14, 2 ont un siècle et ne sont pas si mal, vraiment. J'en ai d'autres qui à 70 ans font plus âgées.
Il faudrait que je leur demande le secret de la jeunesse éternelle... ;)
07 juin 2009
Gardons le moral !
Mme Q. est une jeune patiente de 83 ans qui a débarqué dans mon service il y a presque 10 jours. Il s'agit d'un transfert des urgences : pyélonéphrite sans complication.
L'échographie réalisée aux urgences retrouve une image kystique liquidienne avec remaniements du rein compatibles avec des séquelles de pyélonéphrite. Il faudra compléter par un scanner.
La patiente est un amour. Elle me salue toujours "bonjour docteur", "merci docteur"... Elle ne se plaint jamais, elle va super bien... Bref, c'est la patiente idéale qui, en réalité, n'est pas malade !
Je n'attends plus que de récupérer mon scanner pour la faire rentrer chez elle.
Je l'ai entre les mains samedi dernier.
Lésion tumorale nécrosée du rein droit de presque 6 cm.
J'avoue que je ne m'attendais pas vraiment à ce résultat.
Etant seule, je me sens incapable de lui annoncer ce diagnostic horrible, et me cache derrière la lenteur des radiologues qui n'ont toujours pas interprété ce fichu scanner...
Mardi visite. Un de mes chefs entre et lui balance ça dans la tête, boum.
"Vous avez une masse sur le rein, et comme on ne sait pas ce que c'est, il faudra sûrement opérer. Bonne journée."
J'ai le vertige, je me sens super mal. Jamais personne n'aurait envie de se prendre ça dans les dents, aussi brutalement ! Je m'en veux, je me dis que c'est moi qui aurais dû lui apprendre, étape par étape, ce diagnostic imprononçable.
Je prends avis auprès des oncologues et des chir, mais comme je n'arrive pas à les croiser, l'oncologue me propose de présenter le dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire (la fameuse RCP) le vendredi suivant.
L'après-midi, je ne tiens plus et décide de retourner voir ma patiente, pour discuter un peu, pour faire comme un "debriefing", parce que je suis persuadée qu'elle est loin d'avoir tout saisi et encore moins digéré.
Son fils est déjà dans la chambre.
Une autre de mes chefs leur propose de se réunir afin de discuter. Elle ne connaît pas du tout le dossier de ma patiente, mais elle connaît son fils...
Nous nous installons tous dans le bureau, et au moment où on s'assoit, le bip de ma chef sonne.
"Excusez-moi ! Mais tu n'as qu'à commencer sans moi..."
Mmh oui bien-sûr, y'a pas de lézard. En même temps, on ne va pas t'attendre en se regardant tous dans le blanc des yeux pendant un quart d'heure.
Je n'avais jamais fait ça de ma vie, ni même assisté à ce genre de réunion "officielle" avec la famille.
Et me voilà, contrainte de me lancer dans un laïus dont je me souviens à peine la trame.
J'ai essayé de me mettre à sa place, à la place de son fils, à la mienne, si c'était ma grand-mère ou quelqu'un d'autre de ma famille assis là.
Je me suis lancée sans filet, comme ça, au feeling.
J'ai essayé de rester professionnelle, et euh... empathique comme dirait l'autre.
J'ai essayé d'expliquer avec des mots simples, histoire que tout leur soit accessible.
J'ai essayé de détailler la suite des choses, avec les examens complémentaires à réaliser, la RCP et l'avis des spécialistes.
Je leur ai demandé au moins 5 fois s'ils avaient des questions.
Et j'ai arrêté de parler.
Place au silence.
Place au malaise.
Que dire de plus sans entrer dans leur intimité ? Où est donc cette foutue ligne à respecter quand on veut rester empathique ?
Le fils avait les larmes aux yeux, celles de sa mère coulaient lentement le long de ses joues.
J'ai reparlé, en disant qu'on était toujours disponibles pour elle, qu'il y avait une psychologue, qu'elle n'était pas seule.
Elle s'est levée, m'a remerciée et est repartie dans sa chambre.
Me laissant là, dans ce putain de bureau, avec moi aussi les larmes aux yeux...
C'est pas possible d'apprendre à faire ça, c'est inhumain. Je suis sûre que même les plus vieux grands professeurs du monde sont toujours touchés quelque part, même si c'est un tout petit point très loin dans leur coeur.
Je suis très attachée à mes patients, et rien que cette mini réunion m'a bousillé le moral.
Mon métier a des côtés immondes et inavouables.
Ma fameuse RCP de vendredi a raté son but, parce qu'il n'y avait pas de chirurgien présent.
Grrr...
Début de réponse mercredi si tout va bien.
Gardons le moral !
31 mai 2009
Un gros "merde"...
En cette période difficile, je souhaite de tout coeur beaucoup de courage, de chance et de réussite à tous ceux qui passent l'ECN dans 3 jours...
Je n'ose me rappeler l'état de stress dans lequel j'étais plongée quelques jours avant le jour J.
Je pense que j'étais sous une telle pression, qu'au final j'étais dans un état second et que j'étais limite sereine.
Bientôt la fin !
Bientôt la libération !
Bientôt l'été, avec ma récompense, qui était mon voyage à Dakar...
Punaise, déjà un an que je suis partie en Afrique...
Chers D4, je vous dis un grand "merde", et quoi qu'il se passe, sachez que vous serez heureux quoi que vous fassiez.
Croyez-moi.
Enfin du concret, enfin des responsabilités, enfin un vrai exercice de la médecine. On réfléchit devant le patient, et moins sur des bouquins et autres cas cliniques qu'on a rabâché sans cesse depuis des mois.
On se sent enfin impliqué dans la prise en charge des malades, les gens nous appellent "docteur" quand on entre dans la chambre...
On a trop souffert de pression, de stress, et autre en préparant l'ECN. On en a oublié l'essentiel : on veut devenir médecin. Et qu'on soit généraliste, pédiatre, chirurgien ou néphrologue, on fera de la médecine. On s'occupera de patients, on sauvera des vies, on apportera notre maigre participation pour faire avancer les choses.
Et n'oubliez pas qu'on a toujours le choix.
Enfin, partez à l'autre bout de la planète après ce fichu concours !
Que Dieu soit avec vous, Inch'Allah !
25 mai 2009
Merci pour la bonne année
Mr A. est un patient que je suis depuis mon arrivée dans le service. Il est entré quelques jours avant que je ne sois là pour un AVC hémorragique sévère. Sévère dans le sens où le monsieur est quasi un légume quand je le rencontre.
Le scanner cérébral initial montre une hémorragie diffuse, sans pourtant effet de masse ni engagement.
Je m'en occupe assez vaguement les premiers jours, car on a plusieurs obligations : la visite du service, le planning des gardes à faire tous ensemble...
Mes visites auprès de lui se cantonnent au début à passer rapidement le voir, sans même l'examiner à fond.
Le second jour du stage, je remarque qu'il a l'abdomen ballonné, et qu'a priori il n'a pas eu de selles depuis une semaine.
Autre grand combat pour les gens hospitalisés, après la fameuse IU, c'est la constipation.
On tente un premier lavement, qui ne donne rien.
Le patient ne semble pas en occlusion, il continue à manger et n'a pas de nausées. Les bruits hydro-aériques sont présents, et cliniquement il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
Je demande un ASP en urgence, et appelle l'interne de chir pour avoir un avis.
Comme je suis de garde le soir-même, je fais la contre-visite.
L'interne de chir me dit que le patient n'est pas inquiétant, et qu'il faut poursuivre les lavements, et le surveiller de ce côté-là.
Point, pas grand-chose à faire.
Je récupère l'ASP en fin d'après-midi, bien-sûr. Il y a quelques niveaux... je m'empare du cliché et court après un chirurgien pour avoir aussi son avis. Pas de panique, juste une sonde naso-gastrique et attendre que tout sorte...
Un scanner abdominal est demandé, mais dans mon hôpital, il faut attendre une date de rendez-vous. Ma chef précise que c'est assez urgent, et le radiologue lui promet d'essayer de le caser sur son planning archi complet le lendemain.
C'est sur ces dernières nouvelles que je descends aux urgences pour ma garde.
A 23h30, alors que je pense à tout sauf à mon patient, j'ai un coup de fil de l'interne de radiologie, affolée.
Elle m'explique qu'un patient a eu un scanner abdominal à 20h, et que personne ne semble intéressé de récupérer les images, alors qu'il présente un volvulus colique avec une distension du sigmoïde de 10 cm !
Hum. J'ai été doublée par la radiologie qui a pris mon patient sans me tenir au courant...
Appel de l'interne de chir qui le passe au bloc dans la nuit.
10 jours plus tard, le patient est retransféré dans mon service pour suite de prise en charge de son AVC. L'histoire du volvulus est réglé, il a eu une sigmoïdectomie, et les suites opératoires ont été simples.
Au point de vue neurologique, le patient a récupéré la marche, la force, et même un peu la parole.
Sauf que... ça coince encore au niveau de la cohérence de ses propos.
Il part à chaque question dans une envolée lyrique, où il m'explique qu'il aimerait "comprendre pourquoi les produits n'ont pas été stockés et analysés comme il l'aurait fallu, surtout au 3e étage, parce que lui, il a l'habitude des logiciels qui permettent de tout prendre en compte" ?
Hum ok. On va suivre ça de près, Mr A., ne vous inquiétez pas.
Mais de jour en jour, il s'améliore. Il quitte peu à peu son état d'"aphasie de Wernicke" (mon brillant diagnostic d'apprentie neurologue), pour réussir à récupérer de la lucidité par moments.
Mon premier espoir tient à sa réponse correcte concernant son année de naissance.
Puis j'ai été récompensée par son prénom !
Et ce matin ! Grand bond de progrès ! Il nous demande de faire entrer sa femme afin que nous puissions discuter tous ensemble.
Waow, ça devient cohérent tout ça.
Puis il nous explique qu'il s'inquiète, parce qu'il aimerait bien trouver une personne qui vienne lui poser des questions, noter les réponses et surtout lui raconter ce qu'il s'est passé.
Hum, ça tient encore la route.
Il nous confie être angoissé de l'avenir, et quand sa femme lui explique qu'il va rentrer à la maison, il demande une précision "où ?". Elle lui répond "chez nous", et il sourit en disant qu'enfin, c'était la réponse qu'il attendait.
Franchement, pas mal.
Il va mieux cliniquement, et aussi radiologiquement : le scanner cérébral de contrôle montre une nette régression de l'hématome.
On le quitte en lui promettant que oui, il va pouvoir rentrer à la maison dans les jours qui viennent.
Le repas du midi vient d'être servi, et on lui souhaite un bon appétit.
Il semble ému de la conversation qu'on vient d'avoir, et je sens qu'il se souviendra de ce moment. Peut-être même se souviendra-t-il de nous, 2 médecins parmi ceux qui se sont occupés de lui.
Et, les yeux brillants, il nous congédie en disant : "et merci pour la bonne année"...
24 mai 2009
I.U.
Une des bêtes noires des gens hospitalisés est la fameuse IU, comprenez infection urinaire.
C'est assez fréquent en ville chez les jeunes femmes, et également femmes plus âgées. Il y a eu bon nombre d'études cliniques rondement menées pour trouver le médicament miracle : le traitement minute. Pas besoin d'observance, juste une prise et hop ! on est guéri.
Sujet à débat, selon les équipes, selon les avis, selon les expériences.
Bête noire encore plus sombre en milieu hospitalier, parce que plus on reste à l'hôpital - et ce pour n'importe quelle raison qu'elle soit orthopédique, pneumologique ou autre - et plus on risque de choper un petit microbe qui se balade dans le coin.
C'est prouvé.
Il y a plus de microbes - car beaucoup de concentration en un seul endroit - à l'hôpital.
Il y a plus de gens fragilisés d'un point de vue immunitaire ou plus globalement physique qui tentent de survivre à l'hôpital.
Donc, il y aurait plus d'infection urinaire à l'hôpital.
Et c'est super chiant en pratique, parce qu'à chaque fois que j'envisage de faire sortir un patient, boum ! une infection urinaire.
Ce coup-là est encore arrivé ce matin, et ce n'est pas la première fois.
Mais où les patients laissent-ils traîner leurs fesses...
14 mai 2009
Entre la vie et la mort
Le corps médical est une profession qui se retrouve vite confrontée à la mort. Dès notre plus jeune âge dans le métier, on cotoie le côté obscur de la force.
C'est au début très choquant, on se retrouve révolté et impuissant face à cet ennemi invisible aux pleins pouvoirs.
Au fur et à mesure des combats perdus d'avance, on est censés prendre du recul et même être à la limite de l'indifférence.
Est-ce que tous les médecins arrivent à passer outre ? Faut-il prendre de la distance, jusqu'à paraître dénué de tout sentiment ?
On nous serine durant nos études pour nous apprendre l'empathie. Ce fameux sentiment du milieu, entre la sympathie et l'antipathie. Comme s'il fallait être froid, et ne pas prendre parti.
NSPP. Ne se prononce pas.
Je réponds à vos questions, cher patient, et puis je ne mets aucune couleur, aucune émotion à travers mes mots. Je suis professionnelle.
Dans tous les cas, le patient nous voit comme tel. Nous sommes professionnels, nous sommes blouses blanches et nous n'avons pas le droit d'avoir des sentiments. Comme des robots. On est interdits de partager la peine ou la tristesse, on doit rester stoïque en toute circonstance, et ne jamais flancher.
Pas le droit.
Mais ne sommes-nous pas avant tout humain ? Un humain reste un être faillible. Personne n'est parfait, tout le monde peut faire l'erreur de ne pas prendre assez de distance.
De ne pas arriver à se protéger.
De montrer une faille dans ses défenses personnelles. Surtout, ne pas se laisser submerger...
Moi j'y arrive pas. Je me trouve trop sensible, trop proche de mes patients.
J'adore établir ce lien médecin-malade, cette relation si complexe et si enrichissante. Je pourrais même faire une thèse dessus, tellement ce sujet me passionne.
Tellement d'aspects différents, tant de sentiments qui se mélangent... Et on a beau dire, que c'est le médecin qui doit conduire l'interrogatoire, ou la consultation, mais je suis navrée de dire qu'une relation se construit à deux.
Le médecin s'adapte au patient, comme le patient s'adapte au médecin.
On a des réactions différents selon la personne que l'on a en face de soi. On a beau connaître la procédure, les fameuses recommandations de l'OMS, les traitements, et les choses à dire au patient, on n'aura pas la même façon de faire avec 2 personnes différents.
Notre propre histoire, notre sensibilité, notre ressenti face au patient... tout cela ne peut toujours être effacé.
Je suis sûrement encore trop jeune pour réussir à mettre ma vie personnelle et mes propres ressentis de côté lorsque je suis avec un patient ou une famille.
Je trouve cela super dur.
Annoncer à un fils que son père ne va pas bien, et que son état est préoccupant.
On se cache derrière des mots qui sont utilisés par tout un chacun pour raconter la même chose : pronostic réservé, équipe inquiète, peu d'espoir, et que sais-je encore...
Et je ne parle même pas de la communication non verbale, avec nos regards, nos expressions, nos gestes.
Je suis persuadée que ma gestuelle et mes yeux trahissaient ma propre tristesse.
Le fils me fixait de ses yeux larmoyants, et j'essayais de tenir le coup et de parler, continuer à parler, pour le rassurer peut-être un peu, et pour me rassurer surtout.
Lui dire qu'on fait tout pour qu'il ne souffre pas.
Lui répéter qu'il a une maladie atroce, étendue à de nombreux organes, et qu'il n'y a plus grand-chose à faire.
Et puis recommencer, toujours parler, parce que j'ai l'étrange impression que si je m'arrête, il va pleurer.
Et s'il pleure, c'est clair que je n'arriverais pas à garder mon sang-froid, et je pleurerai avec lui.
Mon patient est mort le lendemain matin, quasiment sous mes yeux.
Et bah ça m'a touchée.
A tel point, que je ne me suis pas sentie de l'annoncer moi-même à la famille, et j'ai demandé à ma chef de prendre le téléphone à ma place.
C'est difficile d'être confronté à la mort, tôt dans nos vies et tous les jours.
Chacun se défend et se protège comme il peut. Je me demande si j'arriverais toujours à encaisser cette souffrance et cette tristesse. Si on peut s'y habituer et rester "empathique", froid et distant.
Ou si je pourrai garder mon humanité et mes sentiments, sans être effondrée à chaque mort de patient.
Sujet si vaste... qui dépend de chaque individualité.
L'avenir me le dira.
11 mai 2009
C'est la vie...
Une semaine pour se déshabituer des vieilles habitudes, et s'habituer en moins de deux à de nouvelles.
Et finalement on prend rapidement le pli.
Nouvelles têtes, nouveau rythme... cool...
Punaise, que ça change des urgences ! Tout est lent, on prend son temps, on réfléchit, on se pose, on discute, on hypothèse, on tente, on teste, on examine, on rediscute, on se repose, on reréfléchit...
Oh, il pourrait sortir lui... mais non, attends, il y a un week-end de 3 jours, on ne va pas faire sortir les gens tout de même... ça ferait trop de boulot pour le personnel d'astreinte...
Mauvaise langue. Parce que ça me plaît de changer d'endroit, de voir et découvrir une nouvelle façon de bosser. C'est hyper enrichissant pour moi, future généraliste. Et c'est plaisant d'avoir du temps pour se poser, pour réfléchir à la prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients. On a le temps de discuter, de retourner le problème dans tous les sens.
Le lendemain, je retrouve les mêmes patients, je les connais et eux aussi ils me connaissent. Bon, je ne suis pas sûre qu'ils aient tous compris que j'étais le docteur mais bon... ^^
Je suis plus sereine, je sais que même si j'arrive crevée le matin, personne ne m'agressera pour me dépêcher.
J'ai le temps...
Des patients variés, des diagnostics qui vont de la fameuse AEG, au bilan de chute, à la sciatique hyperalgique, et même au mélanome métastatique. De tout et de rien ! De la psy, de l'ortho, de la rhumato, de l'infectieux, de la cardio...
Je renoue avec ma passion première qui est la médecine générale : tout et rien. Ne pas se limiter à la seule prise en charge urgente, mais pourvoir se poser et réfléchir comme avant. Revoir des maladies et des traitements oubliés, réviser des pathologies que j'ai enfouies au plus profond de mon cerveau, et tout cela avec un café à la main, parce qu'il ne faut pas déconner, hein, on a le temps après tout.
Des gens qui me touchent aussi. Un patient en particulier, que je ne suis même pas sûre de retrouver le lendemain. Mon côté jeune semestre est ici visible, sans doute trop.
Je suis entière, du côté personnel, mais finalement aussi du côté professionnel. Sûrement dommageable pour moi, certainement marquant.
Ici, j'ai le temps de passer du temps avec mes patients. Discuter avec eux, apprendre à les connaître, essayer de les rassurer du mieux que je peux, alors que l'expression de mes yeux dévoile le contraire.
Non, vous n'allez pas bien, et non vous n'irez pas mieux. Même si ma voix tremblotante essaie de vous convaincre de l'opposé.
Je ne suis pas certaine que vous passerez une nuit supplémentaire, et me voilà submergée par de l'émotion.
Complètement débile de nous apprendre à être "empathique". Ne pas être sympathique ni antipathique avec le patient, il faut savoir être au milieu.
Bah non, moi je n'y arrive pas. Je ne peux pas être au milieu, le cul entre deux chaises, et garder une distance. Merde, on est aussi des êtres humains, on n'est pas des robots.
C'est dur, finalement le stage dans un service de médecine.
Trop de contacts, trop de temps pour s'attacher, et au bout trop de déception. Comme si on n'avait pas réussi notre pari.
Pari sur la vie des gens. Sur leur mort, aussi. Thème si vaste...
C'est la vie...
