22 novembre 2009
Histoire d'urgence
Une journée passée si vite... Je n'ai pas vu la matinée ni l'après-midi passer. Un déjeuner de bonnes barquettes de l'hôpital avalé en 10 minutes à 17h30, puis j'ai eu le temps de regarder une nouvelle fois la pendule à... 21h30.
C'est l'avantage quand ça se bouscule aux urgences, au moins, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
On le sent bien physiquement, au bout d'un moment : mal dans les jambes, mal de dos, fatigue générale tout simplement.
Je crois que j'ai vu en 24h autant d'enfants que depuis le début de mon stage voilà déjà 3 semaines. Toujours 6 ou 7 en attente en moyenne, de 10h du matin à... 10h du matin. Une accalmie m'a permis de me poser 1h entre 6 et 7h du matin, puis rebelote.
Fièvre, toux, gêne respiratoire, gastro...
Autant de motifs archi fréquents en pratique de ville et à l'hôpital pendant l'hiver.
Au moins, je vais devenir la spécialiste ès bronchiolite, gastro et rhino !
Je ne suis pas vraiment à l'aise avec le fameux motif "gêne respiratoire chez un nourrisson". Encore moins s'il a moins de 3 mois...
Je me sens soudain redevenir externe (ne pas y voir une quelconque remarque péjorative), mais j'ai besoin d'aide pour évaluer la gravité du bébé. On a beau avoir appris des signes cliniques dans les bouquins, j'ai toujours l'impression de mal les quantifier en pratique.
C'est con, je pense juste manquer d'expérience dans le domaine, voilà tout. Mais se tromper sur la gravité d'un gamin de 10 ans n'est pas strictement pareil que chez un bébé de 10 semaines...
J'ai été servie hier ! Une bronchio par-ci, une pneumopathie par-là... et des nouveaux-nés de 15 jours, et des grands de 2 ans, etc.
Il faudrait néanmoins que les parents sachent attendre un peu avant de foncer aux urgences pédiatriques.
Parce que la fièvre qui a débuté depuis cette nuit, et les parents qui appellent le Samu, moi j'en avais ma claque ce matin à 9h ! Un tant soit peu d'éducation, mais ça ne marche pas. Ma chef qui me dit de carrément les engueuler de venir, j'avoue ne pas avoir réussi. Je suis peut-être encore trop gentille, mais rien qu'à la fin de la nuit, j'étais devenue plus féroce avec les parents que la veille.
Ils me regardent, interdits, débiter mon discours, mais c'est comme si la transmission neuronale s'arrêtait dans leur cerveau. Ils me prennent délibérément pour une conne, et puis de toute façon, ils s'en fichent, parce que je suis obligée d'examiner leur gamin. Ils ont tout gagné ! Rien à foutre d'un discours moralisateur...
Est-ce générationnel ? Ou est-ce que les jeunes parents sont encore plus flippés que leurs propres parents ? Est-ce dû à la médiatisation de toutes les pathologies des bébés ?
Difficile à analyser, surtout en sortie de garde, sans avoir dormi.
Je suis encore jeune, mais quand j'étais bébé, mes parents ne m'ont jamais emmenée aux urgences. A priori, ça ne se faisait pas à l'époque (ouh comme je suis vieille !). Un coup de téléphone au pédiatre et puis c'était réglé.
Pourquoi les urgences sont devenues aussi populaires au point de devenir un second lieu de consultation ?
Samedi après-midi, mince le médecin ne consulte plus, allons aux urgences !
C'était en tout cas très formateur, mais super crevant. Un bon repos, et rebelote après-demain ! Mais quand est-ce que je dors dans l'histoire ?
08 juillet 2009
Best of
Comme il ne se passe rien de nouveau ni d'attrayant dans mon service en ce moment, je vais recenser les différents motifs de consultation aux urgences qu'on peut avoir la nuit en garde :
- gale chez un SDF, dont la femme a consulté la veille pour la même chose
- phlébite chez une femme en surpoids
- érysipèle chez une mamie en institution
- fracture du col du fémur chez un papi qui s'est pris les pieds dans son tapis en sortant de son lit
- anémie aiguë avec décompensation de diabète sur pneumopathie chez un vieux monsieur
- décompensation cardiaque chez une mamie démente
- pleurésie métastatique chez un monsieur atteint de mélanome
- appendicite chez un jeune
- arthrite inflammatoire du genou chez un sportif
- cruralgie hyperalgique
- rhabdomyolyse chez une mamie qui a passé la nuit au sol après avoir chuté
- reflux gastro-oesophagien chez une jeune femme stressée
- colique néphrétique inaugurale chez un jeune homme
- conversion hystérique chez une jeune bulgare qui ne parle pas français
- douleurs thoraciques diverses et variées, sans signe d'ischémie aiguë, d'origine pariétale le plus souvent
- malaise vagal chez un jeune
- arythmie cardiaque chez un papi, envoyé par son médecin traitant
- crise d'asthme non compliquée
- intoxication médicamenteuse volontaire chez des jeunes filles la plupart du temps
- insuffisance respiratoire chez un vieux monsieur ancien tabagique
- hématomes diffus chez une mamie qui m'assure n'être jamais tombée
- pancréatite aiguë quasi-asymptomatique chez un vieux monsieur qui vient pour constipation
- prostatite chez un patient
- suspicion d'occlusion chez des mamies, envoyées systématiquement par leur médecin traitant... finalement, c'est toujours une constipation non compliquée...
- décompensation de BPCO
- traumatisme du ventre après avoir reçu une poutre au travail chez un jeune
- suspicion d'embolie pulmonaire chez une femme enceinte, qui a finalement une pneumopathie
- douleur thoracique bizarre chez un monsieur qui a fait un infarctus l'an dernier
- accidents vasculaires cérébraux de toute nature que ce soit, sous n'importe quelle présentation (aphasie, déficit moteur, confusion, désorientation, vertige, hallucinations...)
- vertige périphérique bénin
- intoxication alimentaire avec entérite infectieuse chez un jeune qui a mangé des pâtes trop vieilles
- volumineux oedèmes des membres inférieurs chez une femme qui est déjà venue la veille pour ça
- déshydratation chez une mamie vivant en maison de retraite
- suspicion d'intoxication au monoxyde de carbone chez une femme qui s'est endormie avec une cigarette à la bouche
- anémie aiguë avec surdosage en AVK (INR à 14) chez une mamie démente qui vit toute seule et qui mélange ses médicaments
- pancytopénie avec anémie symptomatique avec dyspnée chez un monsieur en cours de bilan hématologique pour comprendre cette pancytopénie, et qui nécessite une transfusion en urgence, et qui préfère sortir contre avis médical pour dormir dans son lit, plutôt que dans la folie des urgences
- crise vaso-occlusive chez une jeune drépanocytaire homozygote
- troubles du comportement chez un monsieur alcoolique depuis trop longtemps
- OH+++ avec hébergement pour décuver tranquillement
- traumatismes en tout genre, des doigts, des pieds, des épaules, des genoux...
Je pensais me déprimer en faisant cette liste non exhaustive.
Finalement, je souris et je me souviens des patients. Pas de tous, évidemment, mais de certains qui m'ont marquée pour diverses raisons, que ce soit leur amabilité, leur tableau clinique, leur douleur, leur entourage, leur façon d'être, et puis moi bien-sûr, selon mon moment...
La seule pensée qui m'est venue en reprenant tous ces motifs de consultation, c'est que je fais un beau métier. Pourtant, je suis rarement dans cet état d'esprit-là quand je descends aux urgences à 18h commencer ma garde.
Mais avec le recul, je me dis que j'adore ce que je fais. A chaque nouveau patient, tout recommencer du début, il faut mener l'enquête de façon minutieuse ou parfois juste rassurer avec quelques mots pour que le symptôme s'atténue.
Même s'il est 5h du matin, que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, je suis toujours là, toujours prête à recevoir un patient. Et même si son motif est bidon, même si je soupire fortement en entendant l'infirmière m'expliquer le motif de sa venue, eh bien je suis là et je fais mon travail.
Je me suis remonté le moral toute seule avec cette liste !
Il faut que ça dure, pour ma prochaine garde...
Se souvenir de ce sentiment.
Je fais un beau métier.
22 juin 2009
Même joueur joue encore
Petite garde aux urgences demain soir...
Pas très motivée ce soir la petite interne !
Un peu la flegme en fait de devoir faire une nuit blanche. Dans mon ancien stage, j'avais la chance qu'on soit 2 internes par nuit, donc ça me laissait toujours un mince espoir pour aller m'allonger ou dormir quelques instants.
Là, c'est vraiment s'il n'y a personne que j'ai l'opportunité d'aller me reposer un peu.
C'est un peu un moment de solitude que ces gardes. Des heures looooooongues qui passent lentement...
A interroger, examiner et soigner des gens.
A se creuser la tête sur les possibles diagnostics.
A essayer de désengorger les urgences. (mission impossible).
Et surtout à rester éveillé, quoi qu'il arrive. (mission super impossible).
Pas motivée du tout ce soir !!
25 mai 2009
Merci pour la bonne année
Mr A. est un patient que je suis depuis mon arrivée dans le service. Il est entré quelques jours avant que je ne sois là pour un AVC hémorragique sévère. Sévère dans le sens où le monsieur est quasi un légume quand je le rencontre.
Le scanner cérébral initial montre une hémorragie diffuse, sans pourtant effet de masse ni engagement.
Je m'en occupe assez vaguement les premiers jours, car on a plusieurs obligations : la visite du service, le planning des gardes à faire tous ensemble...
Mes visites auprès de lui se cantonnent au début à passer rapidement le voir, sans même l'examiner à fond.
Le second jour du stage, je remarque qu'il a l'abdomen ballonné, et qu'a priori il n'a pas eu de selles depuis une semaine.
Autre grand combat pour les gens hospitalisés, après la fameuse IU, c'est la constipation.
On tente un premier lavement, qui ne donne rien.
Le patient ne semble pas en occlusion, il continue à manger et n'a pas de nausées. Les bruits hydro-aériques sont présents, et cliniquement il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
Je demande un ASP en urgence, et appelle l'interne de chir pour avoir un avis.
Comme je suis de garde le soir-même, je fais la contre-visite.
L'interne de chir me dit que le patient n'est pas inquiétant, et qu'il faut poursuivre les lavements, et le surveiller de ce côté-là.
Point, pas grand-chose à faire.
Je récupère l'ASP en fin d'après-midi, bien-sûr. Il y a quelques niveaux... je m'empare du cliché et court après un chirurgien pour avoir aussi son avis. Pas de panique, juste une sonde naso-gastrique et attendre que tout sorte...
Un scanner abdominal est demandé, mais dans mon hôpital, il faut attendre une date de rendez-vous. Ma chef précise que c'est assez urgent, et le radiologue lui promet d'essayer de le caser sur son planning archi complet le lendemain.
C'est sur ces dernières nouvelles que je descends aux urgences pour ma garde.
A 23h30, alors que je pense à tout sauf à mon patient, j'ai un coup de fil de l'interne de radiologie, affolée.
Elle m'explique qu'un patient a eu un scanner abdominal à 20h, et que personne ne semble intéressé de récupérer les images, alors qu'il présente un volvulus colique avec une distension du sigmoïde de 10 cm !
Hum. J'ai été doublée par la radiologie qui a pris mon patient sans me tenir au courant...
Appel de l'interne de chir qui le passe au bloc dans la nuit.
10 jours plus tard, le patient est retransféré dans mon service pour suite de prise en charge de son AVC. L'histoire du volvulus est réglé, il a eu une sigmoïdectomie, et les suites opératoires ont été simples.
Au point de vue neurologique, le patient a récupéré la marche, la force, et même un peu la parole.
Sauf que... ça coince encore au niveau de la cohérence de ses propos.
Il part à chaque question dans une envolée lyrique, où il m'explique qu'il aimerait "comprendre pourquoi les produits n'ont pas été stockés et analysés comme il l'aurait fallu, surtout au 3e étage, parce que lui, il a l'habitude des logiciels qui permettent de tout prendre en compte" ?
Hum ok. On va suivre ça de près, Mr A., ne vous inquiétez pas.
Mais de jour en jour, il s'améliore. Il quitte peu à peu son état d'"aphasie de Wernicke" (mon brillant diagnostic d'apprentie neurologue), pour réussir à récupérer de la lucidité par moments.
Mon premier espoir tient à sa réponse correcte concernant son année de naissance.
Puis j'ai été récompensée par son prénom !
Et ce matin ! Grand bond de progrès ! Il nous demande de faire entrer sa femme afin que nous puissions discuter tous ensemble.
Waow, ça devient cohérent tout ça.
Puis il nous explique qu'il s'inquiète, parce qu'il aimerait bien trouver une personne qui vienne lui poser des questions, noter les réponses et surtout lui raconter ce qu'il s'est passé.
Hum, ça tient encore la route.
Il nous confie être angoissé de l'avenir, et quand sa femme lui explique qu'il va rentrer à la maison, il demande une précision "où ?". Elle lui répond "chez nous", et il sourit en disant qu'enfin, c'était la réponse qu'il attendait.
Franchement, pas mal.
Il va mieux cliniquement, et aussi radiologiquement : le scanner cérébral de contrôle montre une nette régression de l'hématome.
On le quitte en lui promettant que oui, il va pouvoir rentrer à la maison dans les jours qui viennent.
Le repas du midi vient d'être servi, et on lui souhaite un bon appétit.
Il semble ému de la conversation qu'on vient d'avoir, et je sens qu'il se souviendra de ce moment. Peut-être même se souviendra-t-il de nous, 2 médecins parmi ceux qui se sont occupés de lui.
Et, les yeux brillants, il nous congédie en disant : "et merci pour la bonne année"...
03 mai 2009
Une page se tourne...
... et une nouvelle débute demain !
Je suis très triste de quitter mon premier service, là où j'ai fait mes débuts d'interne. Et en même temps, je suis impatiente de découvrir une nouvelle équipe, une nouvelle façon de faire, un autre rythme, des nouveaux patients...
Un retour aux sources. Un nouveau début, une nouvelle page qui s'ouvre devant moi, vierge, et qui ne demande qu'à être remplie jour après jour.
Il faudra s'acclimater au service, gagner la confiance et la sympathie de l'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale, découvrir les habitudes et les protocoles...
Tout refaire. Et ce sera la même chose tous les 6 mois. Un "reset" semestriel. Repartir du début à chaque fois, réussir à tout se mettre dans la poche, patients comme collègues.
J'ai fini aux urgences vendredi matin. Ma dernière garde... très bon souvenir. Super ambiance avec l'équipe, avec laquelle on avait prévu une bouffe. Un pur moment de franche rigolade, au milieu des patients qui se demandaient pourquoi on n'arrêtait pas de se faire doucher... C'est sûr qu'un couloir d'urgence n'est pas un lieu approprié pour des jeux de cour de récréation !
Et ce soir... plusieurs sentiments se mélangent. J'essaie de faire bonne figure, mais honnêtement je suis morte de flip. J'ai hâte aussi, je suis sûre que tout se passera bien mais... ça ne m'empêche pas d'appréhender fortement ce premier contact.
Que des nouvelles têtes, un nouvel environnement... et moi, qui arrive timidement avec mon minuscule bagage de 6 mois.
Tout le monde m'assure que mes gardes se passeront super bien, étant donné qu'après 6 mois aux urgences, je suis rôdée.
Mmmh oui, mais non. Je ne me sens absolument pas "rôdée", je me sens aussi nulle qu'au début. En fait, j'en sais rien.
Trop de sentiments qui s'entrechoquent dans ma petite tête...
Un bon gros dodo s'impose pour avoir les idées claires demain.
On verra bien.
Une nouvelle page s'ouvre devant moi...
29 avril 2009
Progrès
Journée galère aux urgences...
Tout commence avec les patients transmis de la nuit, qu'il faut de nouveau gérer du début. Réinterroger, réexaminer, réévaluer les examens complémentaires et compléter.
Ensuite, les patients lourds de la salle de déchocage, qu'il faut prendre en charge de A à Z.
Et enfin, tous les nouveaux qui viennent d'arriver !
Etant donné qu'un des chefs et ma co-interne s'occupent de la déchoc, et que l'autre chef s'occupe des gens à revoir, il ne reste que moi et mes minuscules épaules pour gérer la vague de fous furieux qui déboulent aux urgences pour des motifs divers et variés.
Et aujourd'hui, les gens s'étaient donné le mot pour tomber malade en même temps.
C'était super hard...
J'ai tourné à 8 patients d'un coup, et honnêtement mon sourire avait perdu pas mal de son ampleur.
Et c'est à ce moment que mon chef me demande comment je gère.
Mmmmh super bien, pourquoi ? J'adore gérer seule l'effervescence des urgences !
Là, il me rappelle ce qu'il m'avait dit au début du stage. Comme quoi au début je suis censée galérer, et tourner avec 2 patients ou 3 maximum. Je suis limite obligée de me sentir dépassée au début. Puis je dois évoluer progressivement, jusqu'à arriver à jongler avec 5-6 patients en même temps.
Il était tout content de me ressortir ça. Genre avec un petit pincement au coeur. Genre tout ému de constater que sa prédiction se révélait vraie, et qu'il était ne serait-ce qu'un peu fier de moi.
Au moins, ça m'a remonté le moral.
On progresse, lentement mais sûrement !
25 avril 2009
Une pause
Une pause, un break. J'en avais bien besoin...
4 jours sans voir l'hôpital !
J'ai fait un million d'autre chose que j'avais prévu de faire depuis si longtemps !
Du rangement, de la cuisine, du sport, de la bronzette... appeler mon nouveau chef de service aussi, qui désire me rencontrer avant le début de mon stage.
Retour aux urgences demain pour 24h...
J'ai fait des cookies pour me remonter le moral !
^^
17 avril 2009
Snif, ça sent la fin...
Plus que 2 semaines et j'aurais validé mon premier semestre.
Plus que 2 semaines et je quitterais ce stage... où j'ai fait mon petit nid douillet dans lequel je me suis tranquillement installée, et que je vais devoir abandonner pour en former un nouveau dans un nouveau service, avec une nouvelle équipe, une nouvelle ambiance...
Tout est à refaire, tout est à reconquérir.
C'est marrant comme challenge, mais flippant.
Et j'ai pas envie de quitter cette ambiance et cette équipe à laquelle je me suis finalement tant attachée.
Mais... ça sent la fin.
Evaluation par le chef de service.
Ce point-là annonce définitivement la fin du stage.
Des points positifs de sa part, et des points positifs de ma part. Très peu de choses à redire, même s'il y a sûrement des détails à changer afin que tout fonctionne parfaitement.
De mon regard à moi, je ne trouve que quelques infimes minuscules points à revoir.
Il me félicite, et me lit l'évaluation faite par mes chefs.
C'est sympa, et ça me fait chaud au coeur. Je me dis que tout a été réciproque, on a tous apprécié travailler avec les uns et les autres.
Un mot revient souvent dans les commentaires de mes chefs : "souriante". C'est con, mais ça me fait plaisir. C'est toujours plus sympa de bosser dans une ambiance détendue. En tout cas, moi j'aime bien.
Je sors ce matin-même d'une garde... comment dire... assez calme point de vue patient, mais très agitée point de vue personnel des urgences.
C'était la dernière garde de mon co-interne, et les infirmières ont monté un complot contre nous. Vol de matelas, bataille de serum phy dans toutes les urgences...
On a bien rigolé. Pas trop dormi, mais en tout cas bien rigolé.
C'était très cool, bonne ambiance et bonne humeur.
Snif...
08 avril 2009
Injustice
Les urgences pédiatriques sont à côté des urgences adulte. La salle de déchocage sert à la fois pour la médecine, la chirurgie et la pédiatrie, même si la plupart du temps, c'est la médecine qui l'emporte.
Je suis en train de rédiger une observation dans le poste de soin, quand mon co-interne qui sort du déchoc me dit : "oh là là, y'a une gamine au déchoc, ils sont en train de la masser".
Mmmh ok, je vais éviter d'entrer au déchoc durant les prochaines minutes. Il y a toujours trop de monde pendant une réanimation, et je n'imagine même pas le nombre de personne lors d'une réanimation pédiatrique.
Aucune envie d'assister à cela, ce doit être assez difficile.
J'entends au fur et à mesure des gens qui sortent du déchoc la suite des évènements. Les chefs de médecine sont venus aider les pédiatres, qui semblent impuissants face à cette gamine. Elle a 2 ans, elle est amenée par ses parents pour asthénie depuis 3 jours.
Puis soudain, elle somnole puis arrêt cardio-respiratoire.
Les pédiatres sont dubitatifs, et tentent de comprendre ce qui a bien pu se passer.
La réanimation s'éternise.
La tension est à son comble au déchoc. L'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale tente le tout pour le tout... personne ne comprend pourquoi cette fillette sombre petit à petit vers la mort, et surtout personne ne veut arrêter la réanimation. L'espoir persistera jusqu'au bout.
On arrête la réanimation. Il faut prévenir les parents, et discuter avec eux. Pour comprendre ce qu'il s'est passé, on a besoin d'explorations port-mortem.
Je n'ose imaginer l'état des parents. Rien ne laissait présager cette mort subite.
Au bout d'une heure, je suis forcée de rentrer au déchoc. Je vois l'ensemble de l'équipe effondrée, réunie autour de ce petit corps inerte pour lequel tout le monde s'est battu.
Le scanner cérébral montrera une grosse tumeur maligne de la fosse postérieure. Rien n'aurait pu la sauver, du moins à long terme. Aucun signe ne pouvait laisser apercevoir ce sombre pronostic.
Je suis limite soulagée qu'on ait découvert quelque chose qui explique le décès de l'enfant. C'est un sentiment inavouable, mais j'ai quand même l'impression que ça permet de comprendre. Pour la famille, et aussi pour les soignants.
Personne ne pouvait prévoir, personne n'a eu tort, personne n'a mal agi.
Mais tout le monde en est sorti marqué au fer rouge.
Une réanimation pédiatrique, c'est rare. Pourvu que je n'en voie plus jamais.
05 avril 2009
Rester jeune... sinon rien
C'est hallucinant de constater qu'on raye nos vieux de notre société.
Le pire patient qu'on peut recevoir aux urgences, c'est une personne âgée qui vient pour "altération de l'état général", c'est à dire en gros pour un placement.
Le médecin traitant n'a généralement plus le choix pour "sauver" la personne qui désire plus que tout au monde rester voire mourir chez elle, alors qu'elle ne peut plus subvenir à ses propres besoins même les plus basiques. Il adresse donc un courrier pour le gentil interne des urgences, en ajoutant parfois un symptôme, une fièvre, une confusion... ou une altération de l'état général.
Vaste question.
Le processus hospitalier commence donc.
Le passage aux urgences, qui dure des heures, assis sur un brancard inconfortable, au milieu du couloir, entre un jeune qui se tord de douleur pour une colique néphrétique et un autre psychotique qui se masturbe tranquillement devant tout le monde.
Un interne qui tente de raccourcir au plus ce transit dans ce monde de fou, et qui se cogne aux dures lois de la réalité des services hospitaliers : plus de 75 ans, c'est foutu.
Aucun service n'a envie de collectionner des centenaires, parce qu'après, c'est la croix la bannière pour trouver un soin de suite, une maison de retraite, ou encore un centre de convalescence. Trop de vieux tue le vieux.
T'es vieux, t'es grabataire, déjà tu pars mal. Si t'es au chaud dans ta maison de retraite, c'est déjà ça.
T'es vieux, t'es grabataire, et en plus tu te tapes un AVC hémorragique à 98 ans... t'es bon à foutre à la poubelle.
Tout le monde s'en tape qu'en fait tu ne sois pas vraiment grabataire, et que t'arrivais encore à marcher seul en déambulateur. Tout le monde s'en tape que t'étais encore à peu près lucide, et que la démence t'avait pour l'instant épargné.
Tout le monde s'en tape, parce que ton âge et ton diagnostic parlent pour toi : 98 ans, AVC. Point.
T'es foutu. Personne ne te massera si tu fais l'arrêt, pas d'acharnement. Ce que je peux comprendre.
Ce que je n'arrive toujours pas à avaler, c'est le fait qu'on ne te donne pas la chance et le droit de monter dans une chambre et d'être hospitalisé comme toute autre personne de moins de 98 ans qui fait un AVC.
Toi, on te met dans le couloir et on attend que tu crèves.
Culte de la jeunesse au sein d'une société qui se gérontolise, qui vieillit de plus en plus.
C'est pas juste.
Pas d'acharnement, ça non. Mais juste de la considération et du respect pour nos vieux.
Juste un minimum.
