Melle A. a 14 ans. Une jolie adolescente, a qui la vie aurait dû sourire plus longtemps.
Sa mère est décédée d'un cancer métastatique 3 mois auparavant.
Son père est absent, il ne l'a pas reconnue.
Son petit monde fragile d'adolescente dégringole à partir de ce moment-là.

    Elle emménage chez sa jeune tante, âgée d'une trentaine d'années. Si jeune, qu'elle pourrait bien être sa soeur.
Sa tante est jeune mariée, et enceinte de 6 mois.
Melle A. tente de rebondir et de se forcer à supporter ces nouvelles conditions de vie : nouvelle ville, nouveau collège, nouvelle maison. Mais sans maman.
Sa tante, elle ne la connait pas si bien que ça : des visites ponctuelles dans la famille, mais jamais de vraie visite au point d'habiter ensemble.
Des nouvelles règles de vie, des disputes qui commencent à se répéter quotidiennement.

    Elle avait une relation très proche avec sa mère, quasi fusionnelle.
Elle n'a pas le temps de se remettre de son décès, elle n'a pas le temps d'encaisser le choc, elle ne peut pas faire son deuil comme il aurait fallu.
Elle se retrouve propulsée dans une nouvelle vie, qu'elle ne se préparait pas à vivre, et qui commence fortement à lui déplaire.
Nouvelles têtes au collège, pas l'ombre d'une amie qui se profile. Arrivée en cours d'année oblige.
On dit bien que les enfants sont horribles entre eux. Elle n'est pourtant pas une enfant, elle a 14 ans.

    Elle s'enterre dans son silence, dans sa bulle.
Elle s'enlise dans son monde, se forge une carapace.
Les disputes pleuvent avec sa tante, qui elle, commence sa propre vie en fondant une famille.
Melle A. ne comprend pas, ne comprend plus. Elle n'a pas le temps de réfléchir.
Un soir, elle envoie un message sur le net à une de ses nouvelles copines, lui disant qu'elle veut rejoindre sa mère.
Elle avale un tube de médicaments trouvés elle ne sait plus où, et ferme les yeux.
Enfin un moment de liberté. Elle pense à sa mère. Elle pense à sa souffrance vécue ces dernières années, et ressent de la colère envers sa maladie. Elle se sent parallèlement coupable de ne pas avoir été plus présente auprès d'elle, ou bien de ne pas l'avoir assez soutenue. Elle s'en veut des derniers conflits provoqués sur des stupides histoires, des histoires d'adolescente.
Elle pleure.
Elle réalise à peine son geste, et les conséquences qui pourraient en découler, fatales ou pas.
Elle s'endort.

    Sa copine - assez réactive - prévient immédiatement sa tante, qui appelle les pompiers pour l'emmener à l'hôpital.
Elle restera endormie pendant 36 heures, sans autre complication.
Le réveil sera rude, puis finalement plus facile parce qu'elle trouvera une équipe disponible pour elle. Il en faudra du temps avant de rompre cette carapace et d'accepter le deuil de sa mère, elle le sait. Mais elle se dit que c'est un mal nécessaire pour avancer. Et vivre sa propre vie.