L'internat en général...

Chroniques hospitalières d'une jeune interne en médecine générale à Paris... fini l'externat, bonjour les dégâts !!

29 décembre 2008

Point de vue différent

    Je pense faire partie des jeunes internes chanceux, qui sont entourés et pris en charge à leurs débuts difficiles. J'ai des amis qui sont dans des stages où les chefs les laissent absolument tout gérer, du premier au dernier jour. Certains sont disponibles, et acceptent que les internes les harcèlent régulièrement pour n'importe quelle question.

    Ma dernière garde m'a permis de voir ce que peuvent ressentir mes collègues qui sont laissés à eux-mêmes.
Si à cela, on rajoute une tonne de patients totalement déchaînés, avec en moyenne 3 ou 4 accompagnants, une période hivernale de vacances... on obtient ma dernière garde.

    La journée ne s'était pas si mal passée, les patients n'étaient pas encore agglutinés dans les couloirs. La soirée a commencé sur les chapeaux de roue, et les gens n'ont pas cessé de se multiplier à la vitesse de la lumière.
Les motifs de consultation s'étalonnaient entre de la simple consultation de ville jusqu'à la vraie crise d'asthme sévère ou le profond AVC.
Je ne savais pas où donner de la tête, je voyais les dossiers s'accumuler gentiment, les gens m'alpaguer à chacune de mes sorties des box... A chaque nouvelle personne que j'appelais, je me disais que ça n'allait pas prendre beaucoup de temps, étant donné le motif de consultation.

    Erreur.
Grosse erreur.
Grosse erreur de débutante qui croit encore dur comme fer qu'elle a les épaules assez solides pour tout supporter.
Chaque dossier se révélait être un truc foireux, qui nécessite une tonne de bilan, et surtout qui se matérialise comme un gros point d'interrogation dans ma tête déjà trop remplie.
A 2h du matin, je tournais fébrilement avec 7 patients. Déjà qu'avec 3, j'arrive à les confondre, alors avec 7, je ne sais même plus comment je m'appelle.

    Des douleurs abdominales inexpliquées, des malaises bizarres, des crises d'asthme, des grippes, des gastro... et quoi d'autre encore ? Des gens bourrés, des SDF qu'on n'ose pas renvoyer mourir posément dans le froid...

    Tenir le coup. Tenir. Je dois tenir. Je regarde la pendule avec le temps qui file et je prie très fort pour qu'il file encore plus vite, pour qu'on soit enfin à demain 9h, que je puisse m'en aller. Rentrer chez moi, et dormir. Oublier cette garde, oublier ces gens affreux qui ont passé leur soirée à m'agresser et me déstabiliser, comme si j'étais le seul médecin de l'hôpital...
Mais est-ce qu'ils savaient que je suis encore un bébé docteur ? Merde, j'ai à peine 2 mois d'internat dans les pattes, je ne peux pas gérer toutes les urgences du monde avec ma maigre expérience...

    Et pourtant, je suis partie le lendemain matin avec le sourire.
Fière.
Fière de moi, parce que j'ai réussi à la faire cette fichue garde. J'ai réussi à gérer cette folie furieuse de gens qui venaient réclamer des soins, ou tout simplement de l'aide.
J'ai été plus d'une fois noyée, me répétant que je n'arriverais jamais à m'en sortir... Quand la pression était trop lourde, je quittais le navire pour aller me réfugier dans un coin perdu de l'hôpital et téléphoner à mon homme pour lui raconter mes déboires, et mon désespoir.
Ne pas craquer.
A 2h du matin, le nombre de gens qui attendaient d'être pris en charge n'avait jamais été vu en journée, en tout cas par moi. J'ai d'ailleurs pris en photo la pile de dossiers qui s'amoncelait, pour prouver à mes collègues du lendemain que c'était une garde de fou.

    J'ai appris beaucoup de choses.
J'ai entrevu comment doivent se dérouler les gardes pour les internes qui sont seuls dans les urgences, face à eux-mêmes.
Je me suis découverte face à cette marée humaine. Ma première impression est d'avoir envie de tout gérer, d'accélérer ce que je fais pour m'occuper des autres qui ne cessent d'arriver. Tendance à être vite surchargée ?
Ne pas me décourager, et continuer à faire ce que je fais. No panic.

    S'il fallait le refaire... mouais, pourquoi pas, mais pas tout de suite s'il vous plaît... ;)

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28 décembre 2008

Joyeux Noël

    Un très joyeux Noyel à tous, un peu en retard...

    A venir, dès que j'ai assez de temps pour me poser devant mon écran et mon clavier assez longtemps, un mot sur ma garde juste avant Noël... suspense !

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18 décembre 2008

Besoin de vous...

    J'ai eu ma première session de tutorat à la fac hier, et il s'agissait d'un premier enseignement expérimental. C'est en effet l'année où ma fac essaie de se calquer sur une autre, qui ne propose plus aucun cours à ses étudiants, mais ce genre de réunion tutorée, où tous les participants discutent et débatent autour d'un cas clinique donné.

    Le concept est nouveau pour nos professeurs, et assez intéressant pour les étudiants. Au moins, il a la qualité de changer des cours habituels avec étudiants assis, écoutant palabrer pendant 2h un vieux professeur qui rabâche le même savoir depuis des années.

    Chacun d'entre nous devait ramener ses notes concernant une situation qui nous a posé problème. Il fallait pouvoir raconter une histoire de patient dans toutes ses composantes, qu'elles soient médicale, sociale, éthique...
On a tous présenté brièvement notre cas, et ensuite nous avons discuté pour en approfondir un seul.
Celui qui a remporté la victoire concerne une jeune femme de 20 ans, présentant un handicap mental sévère,un diabète de type 1, chez laquelle on vient de diagnostiquer une grossesse.
Alors, évidemment, un milliard de questions et de problèmes sont soulevés par ce cas clinique.

    Nous avons discuté plus d'une heure, en essayant de dégager le plus d'interrogations possibles, sur le maximum de domaines.
Chaque étudiant est reparti avec une question à traiter pour la prochaine session.

    Mon post n'est pas désintéressé... J'en appelle à votre aide pour trouver des références, des infos sur le net ou ailleurs concernant ma question.
Je dois traiter de la déclaration du handicap faite par le généraliste, avec les questionnaires à connaître, les cheminements nécessaires afin que le patient touche les bonnes aides.
Je dois également faire une simulation de déclaration pour la patiente dont nous avons parlé durant notre séance.
Donc, si vous connaissez des sites internet ou des assistantes sociales du tonnerre, ou encore des généralistes super pro de ce genre de déclarations, je suis preneuse !

   Je suis contente d'être tombée sur ce genre de questions, parce qu'elle me servira dans ma pratique future. Je ne me sentirais pas dépassée lorsque le patient me tendra les questionnaires à remplir, et je saurais cocher les bonnes cases afin qu'il bénéficie des aides adéquates.
Comme quoi, j'en apprendrai tous les jours pendant encore longtemps...


17 décembre 2008

Ô joie

    Patient de 55 ans, bon vivant, diabétique, qui vient aux urgences sur les conseils de son médecin traitant. C'est une jeune remplaçante qui l'a reçu, il ne l'avait jamais vue.

    Je lis son courrier : diabétique, hypertendu, il présente depuis dimanche une paralysie faciale gauche, et elle préfère l'adresser aux urgences parce qu'elle a un doute sur une paralysie concomittante d'un autre nerf crânien.

    Effectivement, au premier coup d'oeil, le visage du monsieur est complètement déformé, avec une attraction de la commissure labiale, un effacement du pli nasogénien, le signe des cils de Souques... tout ce qu'on apprend bêtement dans les bouquins.
Mais du côté droit.
Sentiment inavouable de fierté qui m'envahit gentiment.
Je suis nouvelle sur le marché, j'ai encore mes cours imprimés fraîchement dans mon esprit, mais il n'empêche...

    Et, pour continuer d'enfoncer la pauvre généraliste, le patient ne présentait pas de paralysie du XII... surtout qu'elle voulait sans doute parler du IX avec le réflexe nauséeux...
(Désolée pour les non-médecins, il s'agit de nerfs crâniens qui s'occupent de plein de choses dans la tête !)

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14 décembre 2008

Il y a des jours où j'aime pas mon métier

    Il y a des jours, comme celui-là, où j'aime pas mon métier. Ou plutôt, où j'aime pas les patients.
    Le semestre d'hiver est réputé être une période difficile, surtout dans un service d'urgences.
C'est vrai qu'il y a énormément de passages, dont la majorité relève de la simple consultation de médecine générale de ville. De vagues douleurs qui durent depuis des jours, voire des semaines et même des années, de la constipation simple, et en ce moment des viroses, des grippes !

    Je commence avec une gentille mamie de 77 ans qui vient pour une chute accidentelle sur le poignet. Je tique légèrement, parce que dans mon service, la médecine et la traumato sont séparées.
Je lis plus attentivement ce que l'infirmière d'accueil a précisé : "chute depuis 10 jours, ne s'en souvient pas."
Bon, il va falloir creuser plus en profondeur que la simple chute mécanique, où la patiente se serait pris les pieds dans le tapis.
Après quelques heures bien remplies d'examens en tout genre (dont scanner cérébral et radio dudit poignet cassé), le fils vient tout bonnement dans le poste de soins pour m'agresser gentiment en m'expliquant que oui, vous comprenez, ma mère a 77 ans et elle est assise dans la salle d'attente bondée des urgences, et oui, vous comprenez, ça fait déjà 5h qu'on est là.
Certes, je vous ai juste déjà pris à part avec votre maman pour vous dire qu'elle sera effectivement hospitalisée en orthopédie, où le traitement de sa fracture du poignet comportera une part chirurgicale, et que j'attends juste la fin de mon bilan pour la faire monter à l'étage.
Et sans me fâcher tout rouge, terminer mon laïus sur un ton poli pour lui faire comprendre que je fais de mon mieux, que le service est blindé, bondé, que c'est la merde totale, mais que finalement 5h pour tout ce qu'elle a eu, ça devient franchement honorable.

    Je vais me rassoir dans le poste de soins pour vérifier si j'ai reçu les résultats manquants, et je souffle en me répétant intérieurement de ne pas craquer parce que je suis malade et donc impatiente aujourd'hui.
L'un des nombreux téléphones des urgences me coupe sauvagement dans ma tentative de relaxation accélérée. Pour me prouver que je suis la spécialiste du calme et de la maîtrise de soi, je prends l'immense responsabilité de décrocher (oui, car il faut savoir que le numéro des urgences est comme par hasard assimilé à celui du secrétariat-standard-consultations-et-tout-ce-qui-va-avec par le public).
Quelle débile.
Je me fais envahir par un flot de paroles hurlantes, entrecoupées par le manque de réseau, indéfinissables, mais que je prends immédiatement pour malpolies et désagréables.
Je récupère le combiné et tente lentement de le reposer sur mon oreille.
"Mais c'est un scandaaale !!!! ça fait déjà 5 fois que j'apeeeelle..."
"Oui, Madame, essayez de parler moins fort, je vous entends très bien."
"Je voudrais prendre des nouvelles de Mr Poivro qui est dans votre service depuis hier soiiiirr ?????"
"Euh, une seconde, je vérifie qu'il est toujours aux urgences".
... (silence salvateur)
"Allo ? Oui, Mr Poivro est toujours aux urgences, c'est ma collègue qui l'a vu ce matin. Je vais prendre votre numéro de téléphone, et dès qu'elle a un moment, elle vous rappelle pour vous donner de ses nouvelles."
" Mais c'est pas possiiiiiible !!!! A chaque fois que j'appelle, personne n'est foutu de me dire ce qu'il a !!"
"Je suis désolée, mais je viens de vous dire que ce n'est pas moi qui l'ai vu, donc je ne peux pas vous di..."
"Ah bah bravo, c'est n'importe quoi ! Vous savez que moi aussi je travaille dans un hôpital, donc je sais TRES BIEN comment ça se passe, et d'habitude on sait répondre aux gens qui appellent pour avoir des nouvelles et..."
Blablablablablablablablabla.
Je ferme les yeux et souffle une nouvelle fois en essayant de me concentrer fort sur mon calme légendaire.

    Les patients continuent de s'entasser délicatement dans la salle d'attente. J'essaie de faire vite, mais cette stratégie se révèle inefficace, parce qu'au contraire, j'ai le sentiment de tout faire de travers. Je gère 5 ou 6 patients en même temps, et je confonds tout ce qu'ils ont, entre leurs symptômes, leur examen, leur bilan et leur traitement !
Appel de la gastro. Ils ont besoin d'un médecin dans le service pour l'un de leurs patients qui chauffe.
Avant de monter, je jette un coup d'oeil sur le nombre de dossiers de patients qui ne cesse d'augmenter, et compatis intérieurement avec ma co-interne que je laisse seule aux prises avec tous ces fous.

    J'ai passé une heure et demie dans les étages - parce qu'évidemment, entre-temps, la pneumo m'a appelée pour un patient qui a mal au bide parce que tout simplement, il est constipé... Un petit remède miracle et tadaa !! un beau caca qui fait du bien !
Finalement, cette pause c'était comme un bol d'air frais qui m'a permis de m'expatrier des urgences.
Retour au pays de la folie.
Je récupère ma co-interne les cheveux hirsutes, qui se demande bien comment elle va y arriver, et une des infirmières qui ne cesse de répéter "mais qu'est-ce qu'ils ont aujourd'hui !".

    18h25. Je sens une joie sans fin qui m'envahit petit à petit : je finis dans 5 minutes. Pour ne pas laisser une transmission relou à ma relève, je passe un coup de téléphone en gynéco pour hospitaliser une femme enceinte de 2 mois qui a une pneumopathie étendue, avec une suspicion de tuberculose.
Grosse erreur.
Je dois biper 3 fois l'interne avant qu'elle daigne me rappeler. (Ok, elle était peut-être au bloc).
Je dois négocier ferme ma patiente, car il n'y a aucun lit de femme dans tout l'hôpital. (En même temps, elle est enceinte).
L'interne n'arrive pas à me coincer, elle me passe donc "quelqu'un". (Ok... si tu veux).
Et là, je me fais enguirlander comme une vieille chaussette parce que la gynéco, c'est pas un service d'hébergement où on hospitalise les femmes comme ça, pour rien (Ok, je veux bien admettre que sa pneumopathie ne concerne pas la gynéco), qu'il ne faut pas passer par l'interne parce que ça fait perdre du temps à tout le monde et qu'il faut biper le chef.
"Ah d'accord, je ne savais pas. Je vais biper le chef."
"C'est moi." Gros vent glacial qui me passe dans tout le corps.
"Ah d'accord, excusez-moi, je ne savais pas." (T'avais qu'à te présenter, merde). "Je dois vous faire un courrier pour vous l'envoyer ?"
"Ah oui, hein, parce que le téléphone c'est pas très légal hein..."
Qu'est-ce que j'en sais moi, bordel ? Chaque hôpital a ses propres pratiques, et à chaque fois il faut rechanger ses vieilles habitudes pour s'acclimater.

    Je peux comprendre que la chef de gynéco défendait son territoire, ce n'est pas le souci. Elle a accepté d'héberger ma patiente, et c'était ça le principal.
Mais là, à 18h30, me faire encore engueuler pour la énième fois de la journée, ça commence à faire beaucoup. J'essaie timidement de faire mon travail, je suis encore toute neuve et j'ai un océan de connaissances et de pratique à acquérir. Mais ce n'est jamais motivant de tomber sur des interlocuteurs aussi désagréables.
Je peux comprendre que les patients étaient tous à bout de nerf d'attendre des heures et des heures avant de voir un médecin. Mais est-ce que c'est absolument nécessaire de m'agresser gratuitement alors que je n'arrête pas, et que je n'arrive même pas à prendre une minute pour faire pipi ? J'essaie de passer les voir, de leur expliquer que le service est plein à craquer, et que surtout, il y a une hiérarchie dans les urgences.
Une constipation, ça passe généralement après une crise d'asthme sévère...
Une douleur du pied, ça passe après une vilaine douleur thoracique avec un ECG modifié...

    Comment faire comprendre ce message qui paraît pourtant si simple, à l'entière population de mon hôpital ? Eux, ce qu'ils voient de leurs yeux, c'est des gens qui sont arrivés après, et qui passent avant eux.
Ils voient des vents de blouses blanches qui passent, qui courrent, et qui ne leur adressent pas même un regard.
C'est difficile de part et d'autre... Un peu d'humanisme et de gentillesse ferait mieux passer la pilule. C'est sans compter sur l'exaspération, l'accumulation, la difficulté d'être malade ou médecin aux urgences.
Il y a vraiment des jours où j'aime pas mon métier.

Posté par docmarie à 20:43 - Vie hospitalière - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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07 décembre 2008

Relation d'un week-end

   Un week-end bien rempli passé aux urgences, et en forme s'il vous plaît !
On commence par une bonne journée bien remplie le vendredi, puis on enchaîne sans transition par une nuit qui débute gentiment... si gentiment qu'à 21h, on se pose la question de partager la nuit tellement il n'y a personne...
Evidemment, les gens ont commencé à arriver tranquillement vers 2h du matin...

    Le patient de 4h45 m'a complètement achevée. Un gentil monsieur, qui a une bonne tête et qui a dû supporter ma fatigue et mon énorme coup de pompe.
N'empêche. Venir aux urgences parce qu'on stresse à cause de sa tension... bon, ok, il avait une tension à 18/10, mais aucun symptôme, il se sentait super bien.
Alors le cercle vicieux : il prend sa tension, il stresse, alors du coup il reprend sa tension et elle est toujours aussi élevée !
Eh bien, cher monsieur, la petite interne est sur les genoux, elle n'en peut plus, ça fait plus de 23h qu'elle est debout et franchement... voilà.
J'ai prescrit mon bilan dans un état second, j'en ai d'ailleurs prescrit plus que pas assez, ce qui m'a valu la morale faite par un vieil infirmier qui me répétait (à bon escient) que ça ne servait strictement à rien de faire un bilan hépatique...
Mouais, sûrement, mais là je suis tellement fatiguée que bientôt tu vas devoir me ramasser par terre.

    Petite cure de sommeil salvatrice jusqu'à 9h, puis je rentre enfin chez moi.
Retour aux urgences le dimanche à 9h ! 24h sans urgences, ça m'avait déjà trop manquée.
D'habitude, le dimanche matin, c'est calme.
Pas avec moi. Peut-être que j'attire le boulot...
Début de journée avec un jeune qui nous fait une petite appendicite. Et puis comme c'est le thème de la journée, on enchaîne avec une jeune femme qui vient pour douleur abdo... appendicite numéro 2.

    Les journées s'enchaînent et ne se ressemblent pas.
Ce que j'aime dans mon travail, et surtout dans un service d'urgences, c'est que le matin en se levant, on ne sait pas ce qui nous attend.
Quels patients on va voir défiler, quelles maladies on va diagnostiquer.
Tout est surprise, n'importe quoi peut arriver n'importe quand. Un appel du SAMU, un transfert, une intoxication au CO ou alors tout cela qui arrive en même temps...
Notre prise en charge diffère sûrement de notre état d'esprit du jour, de notre fatigue, de notre motivation. De la relation et du contact qu'on arrive à établir avec chacun des patients.
Chaque relation médecin-malade est unique, et c'est un paramètre super important et intéressant à prendre en compte. Celui qu'on trouve sympathique aura sans doute une prise en charge plus rapide que celui qu'on trouve super chiant et qui n'est absolument pas coopérant...
C'est enrichissant comme relation. Il y a tant de facteurs influents, qui peuvent tout modifier : l'heure, l'état d'esprit des 2 protagonistes, l'environnement...

    J'adore ce type de relation, celle qu'on noue par le travail, si rapide, si intime dans la santé du patient et si anonyme finalement.
Je crois que c'est l'un des critères qui m'a fait choisir la médecine générale : celui d'approfondir cette relation, d'entrer dans la vie des gens, et d'établir un vrai lien de confiance réciproque.
On verra ce que ça donnera dans l'avenir, en espérant que je développe correctement mes petites oreilles de docteur...


04 décembre 2008

Bac +32

    Après avoir passé brillamment l'ECN, l'étudiant en médecine, qui est déjà à Bac +6 (ou +7 s'il a redoublé la première année, ce que font la majorité des étudiants), se dit qu'il va enfin prendre du galon.
Devenir interne. La grande classe.
L'interne, c'est celui qui est apprenti-médecin, mais qui a déjà plus de responsabilités que le simple externe qu'il était quelques mois auparavant.
L'interne, c'est celui qui fait tourner les services des hôpitaux.
L'interne, c'est celui que les patients voient en tout premier, avant de voir (éventuellement) les chefs.

    Mais l'interne c'est aussi et avant tout, un étudiant.
Comment arriver à avancer dans la vie professionnelle alors qu'on reste éternellement sur les bancs de la fac ?
Comment arriver à avoir un minimum d'assurance et de crédibilité auprès des patients, alors qu'on est encore et toujours un être en devenir ?

    Priorité aux études, certes. Mais il arrive un moment où on a envie de voler de ses propres ailes...
Il faut néanmoins beaucoup de pratique et d'expérience avant d'être lâché seul dans la nature, et d'ailleurs heureusement.
Mais pourquoi nous surcharger abondamment de cours à la fac ? A-t-on vraisemblablement encore des choses théoriques à apprendre ?

    Aujourd'hui, cours du DES de médecine générale à la fac. Je suis de repos, donc j'en profite pour faire la grasse matinée avant d'aller coller mon derrière sur une vieille chaise pendant 4 longues et interminables heures.
Déjà, je suis restée dans mon ancienne fac. Probable grosse erreur. A chaque fois que j'arrive là-bas, j'ai l'impression de régresser et de me revoir en P2, à faire semblant de connaître toute la médecine sur le bout des doigts. De longues et riches années sont passées, mais non, je me retrouve une nouvelle fois sur les mêmes chaises, dans les mêmes salles à regarder par la même fenêtre.
De la théorie. Encore. Toujours. Eternellement ?

    Je me plais à croire qu'un jour peut-être, j'arrêterais de venir dans cette fac, m'asseoir pour assister à des cours.
Qu'un jour je me baserais essentiellement sur de la pratique, et je ne ferais appel à de la théorie que pour réactualiser mes connaissances.
Qu'un jour, enfin, je ne serais plus étudiante.

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03 décembre 2008

Le pouvoir de la cré-débilité

   J'ai passé la blouse d'interne depuis déja un mois, et j'ai le sentiment d'avoir emmagasiné pas mal de connaissances. J'apprends au jour le jour, à mon rythme, au rythme des patients, selon leur pathologie, selon mes chefs, selon ma motivation du moment.
Pourtant, mon faible bagage ne suffit pas à sauver des vies. J'ai un énorme chemin à parcourir, après tout l'internat dure 3 ans, ce n'est pas pour rien.
On apprend, doucement mais sûrement. On arrive à reconnaître et à gérer des situations qu'on n'avait vues que dans les bouquins jusqu'alors. On réalise que tout ce qu'on nous a enseigné est typique, clair, carré ; alors que dans la vraie vie, c'est toujours foireux.
Un infarctus ? Chaque étudiant en médecine peut citer la fameuse phrase-clé : "douleur thoracique rétrosternale constrictive, continue, intense..." En pratique, ça peut se révéler comme une vague douleur abdominale foireuse, à type de brûlure, ou alors elle est intermittente et on se dit que, non, ça ne peut pas être grave ce que le petit monsieur nous décrit...

    J'ai examiné une jeune patiente pour céphalées. Enceinte de 7 semaines, elle avait déjà consulté aux urgences la semaine précédente pour le même motif, avec des difficultés respiratoires. Comme elle a un antécédent d'embolie pulmonaire, l'urgentiste ne s'est pas posé beaucoup de questions, et l'a hospitalisée, en se disant qu'il ne fallait pas passer à côté d'une seconde embolie.
La patiente est sortie 2 jours plus tard, l'embolie pulmonaire ayant été éliminée.
2 jours après sa sortie, elle revient car elle a toujours d'intolérants maux de tête. Elle essaie de se soulager tant bien que mal avec du paracétamol, et elle n'ose pas prendre d'autres médicaments vu qu'elle est enceinte.

    Je mène l'enquête à l'image d'un interrogatoire policier : "où se trouve la douleur exactement ?" "êtes-vous gênée par la lumière, le bruit ?" "la douleur a commencé progressivement ou brutalement ?" "la douleur est permanente ou survient par accès ?" "avez-vous d'autres symptômes, comme des nausées...?"
...
Je l'examine attentivement, parce que, souvenez-vous, je ne suis guère à l'aise sur des céphalées.
Je me souviens des étiologies auxquelles il fallait penser pour l'ECN, en me disant que, finalement, tout ce que j'avais ingurgité pour ce concours allait peut-être me servir en pratique.
Alors je me les récite dans la tête : hémorragie méningée, HTA, Horton, HTIC, méningite, sinusite, thrombophlébite cérébrale, glaucome aigu, dissection d'une artère cervicale...
Pas de fièvre, pas de signe d'irritation méningée. Mon examen neurologique est strictement normal, elle n'a aucun trouble visuel.
Elle se plaint de nausées et surtout de photo et phonophobie (gênée par la lumière et le bruit).
Je ressors le compte-rendu de sa précédente hospitalisation pour savoir ce qu'elle a reçu comme traitement pour ces maux de tête. Le compte-rendu n'est pas bavard et me livre seulement que les céphalées avaient diminué sous paracétamol.

    Bon, ok. Je ne suis pas à l'aise parce qu'elle est jeune, enceinte et qu'elle se plaint de céphalées.
Tout mon examen est normal, et la douleur qu'elle me définit correspond à une crise migraineuse. Mon chef semble d'accord avec mon diagnostic et ma jeune patiente rentre chez elle sous traitement antalgique avec la consigne de revenir si la douleur ne cède pas ou si elle a de la fièvre ou d'autres symptômes.

    Hier soir, au moment de quitter le service et de rentrer chez moi, j'apprends que cette jeune femme est revenue aux urgences. Une deuxième fois, où le médecin retrouvait un examen normal et ne l'a pas gardée. Une troisième fois, où l'interne qui l'a vue a trouvé des petites anomalies à l'examen clinique et n'a pas beaucoup hésité à réaliser un scanner.
Hémorragie méningée.

...
C'est comme si j'avais reçu un grand coup sur la tête. J'ai mis du temps à revenir dans la réalité et à regarder mon chef.
Je sais bien que je ne peux rien faire, et que lorsque je l'ai vue, je n'avais aucune raison de m'inquiéter et de lui faire passer un scanner. Elle fait partie de ce genre de patient qui ne corresponde absolument pas au beau cas clinique typique qu'on nous sort dans tous les bouquins.
Il faut oublier ces situations parfaites, où le patient arrive avec son diagnostic écrit sur le front.
"Bonjour, je viens vous voir parce que depuis ce matin, j'ai très mal en fosse iliaque droite, j'ai un peu de fièvre et je commence à avoir une défense abdominale. Vous ne pensez pas que je suis en train de faire une crise d'appendicite quand même ?"
Cela n'arrive jamais. C'est toujours flou, il y a toujours un détail qui cloche, rien ne va ensemble. Les patients ne peuvent rentrer dans des cases définies.
On doit sans cesse creuser, examiner, palper, sentir et se poser constamment des questions. Comme on m'a déjà dit plusieurs fois, le doute est mon plus fidèle allié.

    Bon, déjà que je doute, disons, tout le temps, je ne vais pas le perdre tout de suite mon fidèle compagnon...
Ma crédibilité qui ne dépasse pas le niveau des chaussettes ne grandira pas maintenant.
Et la confiance qui ne me rend pas souvent visite, risque de faire un bon bout de chemin sans moi !

Posté par docmarie à 17:02 - Exercice quotidien - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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